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La prairie de fauche permet d’allier production fourragère et préservation de l’eau

Dans le marais du Cotentin en Normandie, les prairies de fauche ont donné de bons rendements et de bonnes valeurs alimentaires, et rempli leur rôle de lutte contre les pollutions diffuses de l’eau.

L'année climatique a été favorable à l'implantation de la prairie temporaire et sur toute la campagne.
L'année climatique a été favorable à l'implantation de la prairie temporaire et sur toute la campagne.
© Bastien Ribot

« La double performance, c’est possible ! », ont résumé la chambre d’agriculture de la Manche et le syndicat des eaux de la Manche SDeau50. Les résultats de deux essais, présentés aux Prairiales, montrent qu’une prairie de fauche permet de produire un fourrage de qualité pour les vaches laitières, tout en limitant le lessivage des nitrates, et donc en préservant la qualité de la ressource en eau.

Le premier essai portait sur une prairie temporaire après orge. Le deuxième essai concernait une prairie permanente renouvelée. Les mélanges prairiaux comportaient tous des légumineuses, ce qui a permis de ne pas apporter d’azote minéral durant les deux années de suivi 2021 et 2022, ni d’apport organique.

Des reliquats d’azote faibles sous les prairies

« Les deux essais montrent que le reliquat d’azote entrée d’hiver, après la minéralisation d’automne (mi-novembre 2021), est peu élevé sous prairie comparé à des cultures : 37 kg d’azote par hectare, contre 67 kg. Idem pour le reliquat sortie d’hiver (fin février 2022) : 28 kg d’azote sous la prairie, contre 34 kg sous les cultures. La différence entre les deux reliquats, entrée et sortie d’hiver, est faible sous la prairie (9 kg d’azote, contre 33 kg sous le couvert entre deux cultures), traduisant un lessivage d’azote limité sous ces deux prairies », résume Bastien Ribot, de la chambre d’agriculture de Normandie.

Les mélanges riches en luzerne se distinguent

Lors de l’essai sur prairie temporaire, les quatre mélanges testés (1), affichent de très bons rendements moyens en 2021 et 2022, avec quatre coupes par an : en moyenne 15 tMS/ha. Et de très bonnes valeurs alimentaires. Ils affichent plus de 0,9 UFL en moyenne, soit des valeurs énergétiques comparables au maïs ensilage en Normandie. Pour la MAT, les valeurs sont différentes selon les coupes. En moyenne sur les deux années, les deux mélanges les plus riches en luzerne dépassent 19 % de MAT. Les deux mélanges les moins riches en légumineuses étaient un peu en deçà (17,5 à 18,3 % de MAT). Pour produire un fourrage riche en protéine, les fauches sont positionnées à un stade précoce : début bourgeonnement.

(1) 1er mélange : 3 kg de dactyle, 5 kg de fétuque élevée, 10 kg de luzerne et 7 kg de trèfle violet. 2e mélange : 10 kg de fétuque élevée, 15 kg de luzerne et 3 kg de trèfle violet. 3e mélange : 5 kg de fétuque élevée, 20 kg de luzerne et 2 kg de trèfle violet. 4e mélange : 4 kg de dactyle, 5 kg de RGA diploïde, 10 kg de fétuque élevée, 8 kg de trèfle violet et 3 kg de trèfle blanc.

Mise en garde

Comme les légumineuses exportent beaucoup de potassium et d’oxyde de calcium (CaO), et que la prairie n’est exploitée qu’en fauche, une analyse de sol doit être réalisée tous les quatre ans, pour éventuellement fertiliser en phosphore et potassium, et amender si le pH baisse. Dans ces deux essais, vue l’analyse de sol, aucune fertilisation n’a été réalisée en 2021 et 2022. En 2023, un apport de chaux a été réalisé, ainsi que de phosphore et potassium.

Après une prairie, le problème du salissement

L’essai sur prairie permanente renouvelée a souffert d’une qualité d’implantation insuffisante, qui a conduit à un salissement de la parcelle par des repousses de la prairie précédente. Les rendements et la valeur alimentaire sont bons mais en ont pâti : en moyenne 12,4 tMS/ha en 2021, et 11,9 t en 2022 pour les deux mélanges. Et environ 14 % de MAT en 2021 et 2022.

La destruction de la prairie précédente a été réalisée sans traitement chimique et sans labour, avec un travail du sol superficiel au déchaumeur, comme l’exigeait le bail environnemental de cette parcelle. « Avec une prairie sur prairie, il faudrait pouvoir labourer. Sans labour, il faut casser la pression des adventices avec une culture intermédiaire, ce que ne permet pas non plus le bail environnemental », précise Bastien Ribot. Résultat : les espèces semées ont été fortement concurrencées par les repousses de pâturin, surtout la luzerne et la fétuque élevée qui sont plus lentes à s’installer. « La luzerne a quasiment disparu au profit des trèfles blancs et violets », pointe Bastien Ribot.

Itinéraire d’une implantation idéale de prairie multi-espèces

La qualité d’implantation est primordiale pour donner toutes ses chances aux différentes espèces du mélange.

1 - Réaliser un faux semis un mois avant le labour, avec un déchaumage superficiel.

2 - Labourer pour détruire la prairie précédente. Un travail superficiel suffit quand le précédent est une culture et qu’il n’y a pas de résidus. Réaliser l’implantation dans les deux jours qui suivent.

3 - Émietter finement le sol à la herse rotative.

4 - Rouler avant le semis pour tasser le sol et éviter que les petites graines descendent trop en profondeur.

5 - Semer à la volée, concrètement avec un petit semoir à céréales, sans herse, en ayant retiré les tubes descendant les graines. Recouper le passage précédent du semoir pour être sûr qu’il ne reste pas des bandes sans graines.

6 - Rouler encore pour un bon contact entre la graine et le sol.

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