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Gard : chez Sandrine Gallon et Alain Coudrillier, la luzerne a supplanté le riz

Sandrine Gallon et Alain Coudrillier ont abandonné la culture du riz, pourtant emblématique de la Camargue, car elle dégradait trop la teneur en MO et la structure du sol. Ils ont ensuite orienté leur exploitation, située à Beaucaire, dans le Gard, initialement en grandes cultures, vers la production de fourrages qualitatifs, en majeure partie certifiés AB. Depuis 18 ans, toutes les cultures sont conduites en SD et les intercultures sont couvertes comme il se doit, maintenant avec des biomax.

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gesse, féverole, pois et radis fourrager.
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Le couvert biomax est constitué de seigle forestier, vesce, gesse, féverole, pois et radis fourrager.Le sorgho fourrager au 15 septembre, à gauche la partie conservée pour produire de la semence fermière après une première récolte en foin, à droite, 20 jours après la deuxième coupe.
© S. Gallon et A. Coudrillier

Alors que l’exploitation était à l’origine céréalière, Sandrine Gallon et Alain Coudrillier, installés à Beaucaire dans le Gard, se sont orientés vers la production de fourrages pour les éleveurs voilà une dizaine d’années. Bien sûr, toutes les cultures sont toujours implantées en semis direct et, s’il y a parfois un peu de travail du sol, c’est uniquement pour reniveler lorsqu’il y a de trop grosses taupinières. À part la lame niveleuse datant de la période rizicole de l’exploitation, le parc de matériel de travail du sol se limite à un cover-crop, conservé uniquement au cas où il faudrait circonscrire un incendie.

« Nous sommes devenus opportunistes. Il suffit d’avoir les semences sous le hangar et nous décidons de ce que nous allons semer en fonction de la météo. » Il n’y a donc pas vraiment de rotation fixe, mais une adaptation aux conditions du moment. C’est ainsi que, cette année, après un début de printemps sec, il s’est mis à pleuvoir le 9 mai. Il n’en fallait pas plus pour se décider à implanter 14 ha de sorgho fourrager multicoupe derrière un couvert biomax (composé de seigle forestier, vesce, gesse, féverole, pois et radis fourrager) détruit par simple roulage : deux coupes de foin (8 tonnes MS/ha) ont été vendues à un éleveur local tandis qu’un hectare a été conservé pour produire de la semence fermière après une première récolte en foin. Et s’il n’avait pas plu ? « Il nous arrive de moissonner notre couvert multi-espèces ! »

L’assolement 2023 comprend 70 ha de luzerne bio, vendue sous forme de foin (cultivée pendant quatre à cinq ans), 22 ha de prairie temporaire bio (composée de fétuque, dactyle, ray-grass anglais, trèfle violet et d’un peu de luzerne), 1 ha d’orge d’hiver bio (multiplication de semences fermières), 25 ha de féverole d’hiver, 14 ha de sorgho fourrager, 5 ha de colza, 2 ha de vesce velue et 1 ha de trèfle incarnat (implanté après un sainfoin ; la première coupe a été exportée en foin, ensuite, si le trèfle est propre, il sera dédié à la production de semences pour les couverts, sinon il sera récolté en foin). Il n’y avait donc quasiment pas de céréales cultivées cette année, à cause du prix élevé des engrais. La production de fourrage ne nécessite aucun intrant, seuls des herbicides sont utilisés sur les parcelles non certifiées AB.

« Nous avons commencé la culture de la luzerne à la demande d’un éleveur du Cantal qui fait également du commerce de paille et de fourrage, et qui livre jusqu’à la Haute-Loire et la Haute-Savoie. Nos conditions pédoclimatiques sont très favorables à la productivité (en moyenne, 19 tonnes MS/ ha/an !) et à la longévité de la luzerne, davantage qu’à celles du sainfoin. Nous sommes passés rapidement de 10 ha à 70 ha de luzerne, et ainsi la moitié de la SAU est cultivée en luzerne depuis dix ans. À la demande des clients, elle est conduite en AB depuis 2020. Nous faisons cinq coupes par an en moyenne, parfois jusqu’à 7, de début avril à début octobre. La dernière coupe est laissée au sol. Nous nous sommes équipés de tout le matériel de fenaison nécessaire: faucheuse, faneuse, andaineuse, presse à balles parallélépipédiques. De novembre à début avril, des brebis d’un berger viennent paître les ray-grass adventices dans les luzernes sales et nous fument les parcelles. Les campagnols sont régulés par une irrigation par submersion dans l’été », précise Alain.

L’orge d’hiver bio a été semée en direct derrière une luzerne. Elle n’a bénéficié d’aucune fertilisation azotée, ce qui était permis par les reliquats post-luzerne, chose appréciable avec le prix élevé des engrais cette année. Bien que fortement concurrencée par les repousses de la légumineuse, faute de pouvoir procéder à une régulation chimique, elle a tout de même produit 53 q/ha. Après triage, il sera semé 25 ha d’orge pour la moisson 2024. « Il est hors de question de revenir au travail du sol; il est aussi hors de question de laisser les parcelles se salir, affirment les agriculteurs. Par conséquent, s’il faut sortir les parcelles de la certification AB pour pouvoir utiliser des herbicides, nous le ferons. »

Après 18 ans de pratique du semis direct et des couverts, les sols ont retrouvé une structure et une infiltration que le tassement des passages répétés sur les rizières avait dégradées. La modification de l’assolement, l’abandon de la culture du riz (et du brûlage de ses pailles), la limitation de l’irrigation par submersion qui engendrait une forte minéralisation et, depuis dix ans, une production notable de fourrages, ont conduit à un redressement significatif des taux de matières organiques, qui atteignent désormais 4 à 4,5 %. Une opportunité commerciale a en effet permis à Sandrine et Alain de faire évoluer leur exploitation, de la production de grandes cultures vers la production de fourrages qualitatifs, en majeure partie certifiés AB, dans un contexte pédoclimatique très favorable à la luzerne. Cela simplifie la conduite des parcelles, avec un résultat économique plus que pertinent, les charges se limitant au renouvellement des semences, au semis direct et ensuite à la récolte des fourrages. Et si c’était à refaire ? « Nous regrettons seulement de ne pas être passés au semis direct dix ans plus tôt. L’époque que nous traversons avec le changement climatique donne tout son sens à l’agriculture de conservation ! »

Il y a 14 ans…

Sandrine Gallon et Alain Coudrillier avaient fait l’objet d’un reportage dans TCS n° 53 de juin/juillet/ août 2009 (https://agriculture-de-conservation.com/S-Gallon-et-A-Coudrillier-ils-o…). Leur exploitation s’étend sur 150 ha et est située à seulement quatre mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle est conduite en semis direct depuis 2005. Les sols, au pH de 7,5 à 8, profonds d’une quinzaine de mètres, ont une teneur en argile comprise entre 15 et 20 % à proximité du Rhône (à 200 m du fleuve pour les parcelles les plus proches, qui ont reçu beaucoup d’alluvions), et jusqu’à 40 % d’argile pour les plus éloignées du fleuve. La nappe phréatique n’est située qu’à 1,50 m de profondeur. Toutes les parcelles sont drainées par des fossés.

Le Mistral pouvant souffler très fort ici, l’irrigation par enrouleur n’est pas adaptée. Les champs peuvent être irrigués par submersion, pratique locale depuis Napoléon III, avec l’eau du Rhône qui coule à proximité. Les agriculteurs ne paient pas la consommation d’eau, seulement une taxe fixe pour l’entretien des canaux d’irrigation. Les contraintes liées à l’irrigation par submersion, au vent et à l’ensoleillement font que les parcelles sont de petite taille, 1 à 10 ha. Lorsque l’exploitation était gérée par le père de Sandrine, le maïs et le riz, quasiment conduits en monoculture, se partageaient l’assolement avec un peu de blé dur et de tournesol. Le riz était irrigué par submersion pendant plus de cinq mois, favorisant une forte minéralisation. La paille de riz, riche en silice et quasiment imputrescible, était brûlée. Ces pratiques ont conduit à un taux de MO de l’ordre d’1,5 %. « Nous avions toujours labouré, il fallait labourer pour que les cultures poussent. Nous étions sur-mécanisés. Mon père avait acheté un Bima articulé de 285 ch en 1988, il pesait 15 tonnes… Il fallait pouvoir réaliser plusieurs opérations en un seul passage… Mais nous avons tassé nos sols plus vite que les voisins. Nos pratiques sont redevenues intéressantes à partir du moment où nous nous sommes mis à regarder nos sols. », témoigne Sandrine.

Sandrine a en effet découvert le semis très simplifié lors d’un séjour en Australie en 1992. L’intérêt pour le semis direct sous couvert est venu en 2004 lors d’une rencontre avec Claude Bourguignon: « Il nous a présenté des profils de sols dans des parcelles conduites en labour, en TCS et en SD, ça a été le déclic. Ensuite, nous sommes allés voir tous les pionniers : Hubert Charpentier, Jean-Claude Quillet…, témoignent Sandrine et Alain. En avril 2005, nous avons acheté un semoir Semeato TDNG 300E en bénéficiant de la subvention associée à un contrat agriculture durable, qui demandait de ne plus labourer ; cela venait à point nommé. Nous nous sommes équipés également d’un éparpilleur de menue paille pour la moissonneuse-batteuse. Et en 2006, nous avons acheté un semoir SD monograine Sola Prosem K. Nous sommes alors passés du labour au SD du jour au lendemain. À partir de 2006, Lucien Séguy nous a fait faire un bond en avant. Nous nous sommes mis à tester des variétés de riz pluvial qu’il avait rapportées de Madagascar et qui ne nécessitaient que deux à trois mois de bains, contre cinq à six mois pour un riz classique. Cela fonctionnait très bien, mais la submersion affectait trop rapidement le taux de MO et la culture du riz augmentait le salissement de nos parcelles alors, petit à petit, nous avons abandonné cette céréale. »

C’est ainsi que l’assolement s’est transformé avec l’introduction d’orge d’hiver, de colza, de féverole d’hiver, de sorgho, de millet, de soja et de luzerne, tout en conservant le blé dur. Pour les couverts, après quelques essais permettant de sélectionner les espèces adaptées aux conditions locales, l’avoine des débuts avait été remplacée par des mélanges de seigle forestier, vesce, gesse, féverole, pois et radis fourrager.

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