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Agriculture de conservation : des exemples fructueux en bio présentés lors des Rencontres nationales de l’ABC en 2025 dans le Nord

L’édition 2025 des Rencontres nationales de l’ABC, qui se sont tenues dans le Nord, a permis de partager des expériences d’agriculteurs venus des quatre coins de la France qui tentent de concilier agriculture de conservation des sols et agriculture bio.

Avec Quentin Sengers et Océane Espin

Les Rencontres nationales de l’ABC (agriculture biologique de conservation des sols) ont été enrichies cette année de la longue expérience en matière d’ABC de la région des Hauts-de-France où collaborent depuis 2019 Bio en Hauts-de-France, l’Apad 62 et la Fredon Hauts-de-France autour des projets Abac puis Abac II. Un sujet fort de cette session a donc été l’hybridation des systèmes AB/AC, notamment avec la conférence de Frédéric Thomas, conseiller et agriculteur en ACS qui a partagé ses analyses et perspectives. Pour ces Rencontres, c’est la biodiversité fonctionnelle des sols qui était mise à l’honneur avec la présentation de Philippe Hinsinger, chercheur en écologie des sols à l’UMR Eco & Sols (Cirad-Inrae-Institut agro-IRD). Enfin, Simon Dierickx, coordinateur de Greenotec et Aline Fockedey, responsable d’étude de la CRA-W, ont partagé les retours d’expérience d’une collaboration innovante entre agriculteurs, conseillers et chercheurs autour de l’ABC en Wallonie, le réseau ABC étant riche de réunir toute la francophonie. De la journée d’intelligence collective ont émergé des enjeux communs et de grands messages comme le besoin de l’appui de la recherche qui commence à travailler de plus en plus avec les agriculteurs, mais aussi sur le besoin de reconnaissance de l’expertise des agriculteurs et de l’engagement dans des expérimentations de recherche et développement pour des systèmes de rupture comme l’ABC.

Une nouveauté cette année a été l’organisation en marge de la journée de conférences, d’une rencontre avec les acteurs politiques du département pour leur présenter ce qu’est l’ABC et faire émerger des synergies à l’échelle territoriale.

Voici quelques récits thématiques des présentations terrain des Rencontres…

L’autoconstruction et la solidarité pour passer en semis direct

Pour mettre en place un itinéraire en semis direct, Christophe Barois s’est d’abord rapproché de sa Cuma qui n’a pas pu prendre en charge l’investissement dans le semoir. Il s’est donc lancé dans l’autoconstruction avec l’aide de ses deux voisins et beaucoup d’engagement. Leur choix s’est porté sur le modèle à dents JPC Drill de 3,40 mètres et ils ont fait le choix de dents Stripel, de roues de jauge Otico, de portes-pointes Bourgault et de pointes fines de 16 centimètres pour un prix de revient d’un peu plus de 26 000 euros, temps de travail compris. La conclusion de Christophe est que l’autoconstruction est possible et accessible surtout en s’y mettant à plusieurs, mais aussi qu’il n’y a pas de semoir idéal dans l’absolu mais plutôt un semoir adapté à chaque pratique. Preuve en est que dans le cadre du projet SOL’iflore (semis direct sans herbicides), c’est le semis à la volée de couverts d’interculture avant moisson qui a montré le meilleur développement de biomasse et une réduction de la pression adventice par rapport au semis à dents. « Ce n’est pas le semoir qui fera la réussite du système, il y participe, mais d’autres leviers doivent être d’abord activés », résume Christophe Barois.

L’augmentation de la matière organique des sols en TCS-BIO

Depuis qu’Alain Goubet a arrêté le labour en 2010, c’est son appartenance à un groupe Dephy pour la réduction de 50 % de l’utilisation des produits phytosanitaires qui a marqué une étape importante pour son passage en bio en 2018. Cela a été également le déclencheur d’une accélération de la quantité de matières organiques dans ses sols limono-argileux du Pas-de-Calais, avec un résultat de 4,2 % dans les premiers 7 centimètres du profil contre seulement 2 % en 2012. Cet objectif lui demande de restituer un tiers de sa rotation au sol et l’apport d’engrais organiques d’origine animale.

L’avantage de l’élevage dans les systèmes ABC

Daniel Paulien accorde une grande importance à la qualité de ses sols, ce qui le conduit à faire évoluer son système continuellement, depuis l’arrêt du labour en 1998 jusqu’au passage en bio en 2016. Situé en Haute-Saône, son troupeau de 60 montbéliardes est un de ses atouts qui lui permet un apport de fertilisants organiques et un retour simple à la prairie en cas d’échec de ses essais. Il a atteint l’autonomie fourragère, énergétique et protéique pour ses vaches grâce à ses 110 hectares qui y sont pleinement consacrés. Ses dernières avancées sont l’utilisation de couverts multi-espèces avec forte production de biomasse, de méteils adaptés aux fortes chaleurs ou de méteils d’été semés directement dans la luzerne.

Gérer des couverts sans glyphosate avant une pomme de terre

Alexis Ammeux a identifié trois bonnes pratiques pour conduire ses couverts en TCS dans un système avec des cultures de betteraves, de pois et de pommes de terre. Il préconise un semis précoce en couvert relais avant récolte pour favoriser l’implantation. La destruction est ensuite tardive en mai, car même si à cette période le couvert peut atteindre les 2 mètres de haut, il est aussi plus fragile et donc facile à gérer. Il utilise pour cela la technique du scalpage venant de la production biologique, avec un broyeur à l’avant et une fraise à l’arrière. Cette destruction tardive permet aussi la production d’un maximum de matière sèche qui sert à la construction des buttes végétales pour les pommes de terre dans une logique de passer du « lutter contre » à « vivre avec ».

Enfin l’utilisation de couverts multi-espèces garantit un bon développement car chaque année, c’est une espèce différente qui prend le dessus.

Deux témoignages du projet Abac II

Aude Charlier conduit 10 % de son assolement en bio depuis 2019 et 75 % en ACS semi-direct depuis 2021 avec comme déclencheur une MAE Sol. Elle a participé au voyage d’étude du projet Abac dans les Ardennes, la Marne, la Haute-Saône, la Côte-d’Or et la Nièvre, et en conserve des rencontres marquantes, notamment celle de Daniel Paulien. Les ateliers de coconception lui ont apporté des pistes de stratégies pour mettre en place un système ABC. Elle compte par exemple investir dans un trieur et lancer un partenariat élevage pour faire pâturer ses couverts. Les clés selon elle sont de bien s’entourer localement pour échanger entre pairs, se former et expérimenter, tout en cultivant l’ouverture aux autres systèmes pour découvrir ce qui se fait ailleurs.

Mathys Miguet a présenté un essai annuel mené en 2022-2023 dans le cadre du projet Abac II chez Jean-François Langlet situé dans le département du Nord. L’objectif était de gérer l’enherbement d’un triticale bio à l’aide de couverts vivants sur l’interrang. L’essai a été construit sur des bandes de 120 mètres par 12 mètres avec cinq itinéraires techniques différents et du triticale pur semé à 350 grammes par mètre carré. Cette technique appelée intensification végétale permet, grâce à un couvert dense en interrang, d’exercer une concurrence vis-à-vis des adventices sachant que la difficulté principale réside dans la gestion du couvert. L’essai a montré des résultats plus ou moins positifs en fonction des modalités avec un rendement qui est allé de 41 à 55 quintaux par hectare. Il devrait être reconduit avec comme piste prometteuse un semis de trèfle dans une céréale à l’automne et un besoin de poursuivre les expérimentations en relay-cropping.

Aller vers des systèmes ABC pas à pas

Chez Jean-Luc Bongiovanni dans les Hautes-Pyrénées, il n’y a plus de labour depuis l’an 2000. C’est l’étape en ACS avec utilisation d’engrais verts et l’évolution progressive des pratiques qui lui ont permis de passer en bio en 2018. Cette transformation durable s’est faite dans un état d’esprit d’expérimentation en ABC qui tient compte des réalités économiques et qui nécessite d’adapter les pratiques en fonction des conditions annuelles. Ce qui contribue grandement à la rentabilité de l’exploitation, c’est la forte baisse de charges en frais de séchage, d’engrais, de semences et de produits phytosanitaires. Dans les pratiques constitutives du système, il y a la stratégie de destruction des couverts type féverole avec le passage d’un rouleau lisse puis d’un déchaumeur à disques en perpendiculaire le même jour ou de type seigle-pois avec un déchaumeur à ailettes. Pour le désherbage mécanique, il y a également la réalisation de faux-semis, le passage d’une houe rotative et du nettoyage à la herse étrille dans la foulée.

Ressortir la méthode Bonfils des archives

Frédéric Barbot est installé en Indre-et-Loire où il a développé un système robuste en ABC grâce à l’implantation de prairies de fabacées en tête de rotation et au mulching de surface au printemps. Un article sur son système est déjà paru dans le numéro TCS 130 de novembre-décembre 2024. Son système est un des plus poussé en ABC. Nous vous renvoyons vers ce numéro pour en savoir plus. Entre 2016 et 2020, il a mené des essais avec la méthode de l’agronome Marc Bonfils, développée en 1985 autour de la culture du blé d’hiver. Les nombreux objectifs poursuivis avec la reprise de cette méthode étaient de maximiser le potentiel génétique des céréales à taller et le rendement par épis, de diminuer le nombre de passages avant semis avec du semis direct sous couverts et ainsi de déplafonner les marges et les rendements en bio. Un autre avantage recherché consistait à gagner en résilience par rapport au climat en adaptant les périodes de semis pour éviter les périodes trop humides où le travail est impossible. Si la première année, des records de rendement et de réduction du nombre de passages ont été atteints avec du seigle, les années suivantes se sont montrées insatisfaisantes avec des rendements convenables en petit épeautre mais beaucoup de salissement. Ces résultats demandent de revoir les itinéraires techniques avec une reprise des essais en juin 2025.

Connaissez-vous les Rencontres nationales de l’ABC ?

Depuis huit ans, les Rencontres nationales de l’ABC rassemblent le réseau constitué autour de l’ABC (agriculture biologique de conservation des sols) pour innover, expérimenter et enrichir les connaissances sur le sujet. Des agriculteurs, acteurs du monde agricole, de la recherche, des citoyens curieux… se réunissent trois jours pour échanger et proposer de nouveaux horizons.

Ces Rencontres se composent d’un premier jour d’accompagnement des agriculteurs à l’évolution de leur système avec des outils d’intelligence collective développés sur-mesure, d’un deuxième jour de conférences et de retours d’acteurs de terrain et enfin, d’un troisième jour de visite.

Ayant lieu chaque année dans un département différent, elles ont posé leurs valises au centre Le Channel de Calais du 21 au 23 janvier 2025, co-organisées par les membres du projet Abac II et les Décompactés de l’ABC. Plus de 90 agriculteurs et conseillers ont coconstruit le futur des systèmes ABC le premier jour et presque 200 personnes étaient présentes le lendemain.

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