Sécheresse 2026 : le prix du maïs non-OGM rendu inflammable par la baisse des disponibilités européennes
La baisse de la récolte de maïs en France et en Europe réduira fortement les disponibilités non-OGM dans les prochains mois, face à d’abondantes productions de maïs OGM américaines, brésiliennes et argentines. Si les ports ukrainiens de mer Noire restent sous le feu russe, l’écart de prix pourrait devenir considérable, menaçant la compétitivité de filières animales françaises.
La baisse de la récolte de maïs en France et en Europe réduira fortement les disponibilités non-OGM dans les prochains mois, face à d’abondantes productions de maïs OGM américaines, brésiliennes et argentines. Si les ports ukrainiens de mer Noire restent sous le feu russe, l’écart de prix pourrait devenir considérable, menaçant la compétitivité de filières animales françaises.
Une flambée des prix du maïs non-OGM, avec la création d’une prime très importante face au maïs OGM : le scénario est jugé aujourd’hui probable par les acteurs du marché. Et s’il devait se confirmer, il soulèverait des difficultés majeures pour la compétitivité de certaines filières animales françaises.
Plusieurs facteurs contribuent actuellement à la mise en place d'un marché du maïs à deux vitesses, à commencer par l’effondrement annoncé des récoltes européennes, en particulier en France. Agreste actait début août une récolte hexagonale à 9 millions de tonnes (Mt), au plus bas depuis les années 1980, mais plusieurs analystes la situent désormais sous les 7 Mt. À l’échelle communautaire, le cabinet Expana a récemment révisé à la baisse de 4,6 Mt sa projection en maïs, à 49,1 Mt. L’Europe de l’Est n’est pas épargnée, avec des réductions de surfaces en Hongrie, Bulgarie et Roumanie, et une récolte polonaise annoncée en net repli.
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Cette baisse est d’autant plus problématique que l’Europe constitue la principale source de maïs non-OGM sur la planète. Or, en France, l’usage de maïs non-OGM est la norme, quand il n’est pas rendu obligatoire par certains cahiers des charges, qui vont parfois jusqu’à imposer l’origine France. Une contrainte qui réduit fortement les possibilités de substitution par les disponibilités mondiales.
Car la production mondiale de maïs, elle, ne suscite pas d’inquiétude. Au 12 août, l’USDA l’estimait à 1 300 Mt, au même niveau élevé que l’an passé. Problème : cette offre est très largement OGM, et ne peut donc pas répondre aux exigences non-OGM des filières françaises.
L’Ukraine, une source essentielle mais difficilement accessible
Pour la France, la solution passera principalement par l’Ukraine, et, à la marge, par la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne. La disponibilité du maïs ukrainien sera ainsi déterminante pour l’équilibre du marché européen. Dans son dernier rapport publié le 5 août, l’attaché de l’USDA prévoit une récolte ukrainienne 2026-2027 à 33 Mt, en hausse sur un an, mais anticipe une chute des exportations de 10 Mt sur un an, à 14 Mt. Ce pessimisme est lié aux difficultés logistiques provoquées par le conflit avec la Russie, qui limitent actuellement les possibilités d’exportation par les ports de la mer Noire. Sans accès à ces ports, le marché anticipe une redirection des flux vers l’Afrique et le Moyen-Orient, au détriment de l’Europe. Des acheminements par route et par rail, notamment via les ports polonais et ceux de la Baltique, restent possibles, mais ils ne suffiraient pas à répondre à l’ensemble des besoins européens.
Conséquence de cette situation : les prix du maïs OGM pourraient rester relativement modérés grâce à l’abondante disponibilité aux États-Unis, en Argentine et au Brésil, tandis que l’écart pourrait se creuser avec le maïs non-OGM en Europe. Au 11 août 2026, le maïs FOB US Gulf cotait à 220 $/t, à parité avec le FOB brésilien, 206 $/t en Argentine et 217,5 $/t à la frontière ouest de l’Ukraine contre 197,5 $/t au départ d’Izmail,. Le maïs échéance novembre sur Euronext, lui, avoisinait les 250 €/t. Le maïs ukrainien pourrait donc être intéressant pour approvisionner l'Ouest de la France compte tenu d'un prix CAF compétitif rendu sur la façade atlantique française, en intégrant un prix du fret estimé actuellement à environ 40 $ par tonne. En cas de poursuite des attaques visant les terminaux céréaliers et de blocage durable des exportations ukrainiennes, « on ne peut pas exclure un maïs européen qui effleurerait les 300 €/t », estime un courtier.
Des importations de maïs qui démarrent fort en Europe
La tension est déjà visible dans les flux. Entre le 1er juillet et le 13 août, l’Union européenne avait importé 1,8 Mt de maïs (+ 25 % sur un an), dont 0,55 Mt pour l’Espagne. L’Ukraine représentait 55 % des importations européennes, contre un tiers pour les États-Unis. L’Espagne importe déjà massivement du maïs américain OGM. Depuis le début de 2026, elle en achète en moyenne 320 000 tonnes par mois. Les importations ont atteint près de 475 000 tonnes en juillet, tandis que près de 300 000 tonnes sont déjà planifiées pour la nouvelle campagne.
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Pour l’heure, les importations de la France restent marginales, avec 9 000 tonnes déjà enregistrées, mais, fait inhabituel, un chargement de 30 000 tonnes est déjà programmé en provenance de mer Noire, pour une livraison novembre. Le cabinet Argus Media anticipe néanmoins des importations françaises en forte croissance pour la campagne à venir, avec 1 Mt contre 0,4 Mt sur la campagne précédente.
Des ports français qui s’organisent face aux besoins d’importation
Pour la filière portuaire française, habituellement tournée vers l’export, cette situation inédite impose des adaptations. Sur les ports d’import de l’ouest (La Rochelle, Montoir, Lorient et Brest), où les stocks de tourteau de soja sont actuellement au plus haut, les opérateurs portuaires travaillent à faciliter le stockage du maïs sur des bases sécurisées en termes de contamination croisée. Selon un opérateur portuaire de Montoir, « le déchargement des navires se fera comme pour le soja via les magasins. Nous avons des capacités de stockage adaptées aux céréales sur le grand-port maritime de Nantes-Saint-Nazaire ». Certains ports peuvent pratiquer le direct de bord avec les fabricants d’aliments pour animaux. Cette pratique évite le passage en magasin, mais peut créer une congestion logistique.
« Nous avons la possibilité d’accueillir des navires de céréales à l’import pour répondre aux besoins de nos clients, assure Léopold Rinvet, Directeur des opérations maritimes chez AML. Nous pouvons décharger les navires de céréales en direct de bord, en passant éventuellement via notre silo de transit. Selon la période, nous pouvons également bénéficier de capacités de stockage disponibles sur le port ou en déporté, même si cela a un coût. La seule chose est d’anticiper la date d’arrivée du navire, qui peut être connue très tardivement, mais notre métier est de nous adapter aux clients. »
Sur les ports d’export tels que Rouen, la difficulté sera de trouver du stockage suffisant. Selon un courtier, « la seule solution pour importer du maïs est d’exporter de l’orge et de vider les stocks. Mais la demande à l’export est actuellement au point mort. »
Des craintes pour la compétitivité des filières animales
Les filières animales françaises recourent habituellement à du maïs non-OGM. Cette spécificité est même incluse dans de nombreux cahiers des charges, notamment label rouge. Si le prix du maïs non OGM venait à s’envoler, l’incidence sur les produits animaux en France et en particulier sur les produits à base de volailles pourrait être considérable. Le coût de l’aliment représente par exemple plus de 50 % du coût de production du poulet en vif.
L’équation se complique encore dans le cas des cahiers des charges imposant l’origine France, comme c’est le cas notamment pour les marques Le Gaulois et Maître Coq de LDC, acteur majeur de la volaille. Face aux craintes de perte de compétitivité des filières animales, des acteurs préconisent un assouplissement du cahier des charges pour élargir l’approvisionnement en maïs à l’Europe. Encore faut-il que cette décision soit prise à temps pour permettre aux entreprises d’anticiper les importations. Un courtier interrogé par La Dépêche Le Petit Meunier assurait que « si les cahiers des charges suppriment la contrainte de l’origine du maïs fin octobre ou courant novembre, il sera trop tard ».