Prix du soja : malgré des cours élevés actuellement, une baisse est à prévoir d’ici l’automne
Le marché du soja est tiraillé entre conjoncture haussière et fondamentaux baissiers. Dans ce contexte, les fabricants d’aliments pour animaux attendent une baisse des cours de la graine de soja, et par là même du tourteau de soja, pour couvrir leurs besoins.
Le marché du soja est tiraillé entre conjoncture haussière et fondamentaux baissiers. Dans ce contexte, les fabricants d’aliments pour animaux attendent une baisse des cours de la graine de soja, et par là même du tourteau de soja, pour couvrir leurs besoins.
Le prix du soja est actuellement élevé sur le marché mondial. Conséquence : les fabricants d’aliments pour animaux attendent une baisse des cours pour passer aux achats. Dans un contexte géopolitique mouvementé, à quoi peut-on s’attendre dans les prochains mois ? Malgré une offre mondiale abondante, les prix du complexe soja (graine, tourteau et huile) ont pris une tendance haussière sur le marché mondial, dans le sillage du pétrole. La raison ? La crise pétrolière actuelle, qui stimule la filière biodiesel, tire les cours de l’huile de soja vers le haut et, par ricochet, ceux de la graine de soja et du tourteau de soja .
Un recul des prix attendu à moyen terme en raison de fondamentaux baissiers
Dans ce contexte haussier inattendu, les fabricants d’aliments pour animaux attendent que le prix du soja diminue pour compléter leur approvisionnement. « Les besoins en tourteau sur les mois de juin et juillet ne sont pas encore totalement couverts mais en ligne avec l’année passée, alors que les couvertures d'août, septembre et octobre sont en retard d’au moins 10 % à 15 % par rapport aux historiques », explique Laurent Dugué, courtier de Malouine de Courtage. Et de préciser : « une résolution du conflit entre les Etats-Unis et l'Iran au Moyen-Orient devrait entraîner une baisse immédiate des cours du soja et si les fondamentaux restent les mêmes (bon développement du soja nord-américain), ils pourraient accentuer cette baisse passé juillet-août qui sont les mois critiques de développement de la fève ».
Sans problème climatique aux Etats-Unis dans les 60 à 90 jours, le courtier anticipe une baisse tarifaire de la graine de soja à l’automne, qui correspond à la période de récolte du soja dans l’hémisphère nord. Et ce, en raison d’une offre mondiale abondante et d’un stock de report aux États-Unis actuellement correct selon les estimations de l’USDA (8.5MT approx)
Une offre mondiale en soja pléthorique
La production de soja, déjà importante à l’échelle mondiale sur l’actuelle campagne (427,6 Mt), s’alourdit sur la prochaine (441,5 Mt), ce qui devrait peser sur le niveau des prix en 2026-2027.
| Production mondiale de soja | ||
| Campagne commerciale | ||
| 2025-2026 | 2026-2027 | |
| (en millions de tonnes) | estimations | projections |
| États-Unis | 115,99 | 120,7 |
| Brésil | 180 | 186 |
| Argentine | 48 | 50 |
| Monde | 427,6 | 441,54 |
| Source : Wasde, USDA, mai 2026 | ||
Pour l’heure, on note un retard de la récolte de soja en Argentine, effectuée sur 58 % de la surface plantée contre 63 % en moyenne quinquennale (au 20 mai), mais des semis de soja aux États-Unis en avance, avec 67 % de la sole attendue ensemencée contre 55 % en moyenne quinquennale (au 20 mai).
Des stocks de report états-uniens attendus en retrait
« À la suite des droits de douane imposés par les États-Unis sur les importations de marchandises en provenance de Chine, cette dernière a accentué ses achats en origine Brésil », rappelle Laurent Dugué. Et malgré l’accord commercial conclu entre les deux pays en octobre, ces importations de fève en provenance Amérique du Sud n’ont pas cessé. Résultat : « les ventes états-uniennes de graine de soja à l’exportation s’élevaient à seulement 39 Mt [au 20 mai, NDLR] contre 47 Mt en moyenne triennale… mais avec des enlèvements réels très en retard, qui n’atteignaient que 33 Mt contre 44 Mt en moyenne triennale », souligne le courtier. Dans ce contexte, « le marché s’attend à une révision par l’USDA des exportations états-uniennes de graine de soja sur la campagne 2025-2026 et, par ricochet, à une hausse de son stock de report sur la campagne 2026-2027, avec un effet baissier sur les cours à terme », estime Laurent Dugué.
Des prix du soja qui grimpent à court terme en raison de la crise pétrolière
La guerre en Iran lancée par les États-Unis le 28 février dernier perturbe la production et l’approvisionnement mondial en pétrole, en raison des bombardements sur les infrastructures pétrolières au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, où transite 20 % du pétrole consommé à l’échelle du globe. Avec à la clef, un renchérissement du prix du baril d’or noir.
Les marchés agricoles en subissent les conséquences. Cette augmentation des prix mondiaux du pétrole tire vers le haut les prix de l'huile de soja. De fait, la hausse de la demande en biodiesel, fabriqué à partir d’huiles végétales, et notamment d’huile de soja, conduit à un renchérissement de la graine de soja et du tourteau de soja.
Une demande en biodiesel qui progresse
« En 2023-2024, les États-Unis avaient déjà recommandé aux pétroliers d’incorporer des quantités importantes de biocarburants mais ces derniers n’avaient pas donné suite en raison du faible intérêt économique de cette mesure [les prix du pétrole n’étant pas jugé assez élevés pour rentabiliser l’incorporation d’énergie renouvelable, NDLR]. Mais cette année, les États-Unis veulent obliger les pétroliers à incorporer des quantités importantes de biocarburants. Le marché états-unien s’attend donc à une très forte demande en huile de soja, qui conduit à la hausse des prix de la graine de soja », explique Laurent Dugué. Un mouvement accentué par le fait que « les fonds de pension ont investi dans le soja et détiennent des des positions d’achat record en huile de soja » sur le marché à terme états-unien du CBOT à Chicago.
Un soja états-unien plébiscité
Le raffermissement de la fève états-unienne est par ailleurs amplifié par les potentiels achats de la Chine, dans le cadre de l’accord commercial conclu en octobre dernier entre Washington et Pékin. De plus, l’Union européenne, en l’occurrence l’Italie, a tendance à privilégier l’origine États-Unis concernant leur approvisionnement en tourteau de soja OGM, après la découverte d’OGM non autorisés dans l’Union européenne dans des lots argentins. « Des achats de tourteau de soja origine États-Unis à destination européenne sont assez rares et cela met le marché en feu à chaque annonce de vente », déclare Laurent Dugué.
Des importations de tourteau de tournesol high pro en forte baisse
« Alors que le tourteau de tournesol high pro [à haute teneur en protéines] a un prix inférieur à celui du tourteau de colza sur juin-juillet, les fabricants d’aliments pour animaux ne sont pas aux achats », Laurent Dugué, courtier de Malouine de Courtage. Les importations de tourteau de tournesol high pro ont fortement baissé. En cause ? Deux mauvaises campagnes de graines de tournesol successives en Ukraine et les taxes imposées sur les marchandises russes.
« On attribue également le désintérêt sur le tourteau de tournesol high pro à l'achat de graine de canola et de tourteau de canola canadiens, entraînant des changements de formulation au détriment du tourteau de tournesol high pro », ajoute le courtier. La teneur en protéine du tourteau de canola atteint près de 38-39 % contre 35-36 % pour le tourteau de tournesol high pro. La France a importé de la graine de canola canadienne sur les ports de Rouen, Bordeaux et Montoir-de-Bretagne, et du tourteau de canola sur les ports bretons, offrant ainsi aux fabricants d’aliment du bétail une protéine de qualité et à moindre coût puisque le Canada devait trouver une destination à celui-ci. En août, la Chine avait instauré une taxe à l’importation de 77 % sur la graine de canola canadienne et de 100 % sur le tourteau et l'huile de canola canadiens. A titre d'exemple, la France a importé plus de 80 000 t des graine de canola canadien sur le port de Rouen ces deux derniers mois : une première cargaison de 40 000 t est arrivée durant la troisième semaine d’avril et une deuxième de 41 315 t durant la même période en mai.