Prix du gaz en hausse : la facture grimpe de 3 €/t pour l’alimentation animale
Le surcoût global induit par l’augmentation du prix du gaz pourrait se chiffrer à 3 € par tonne d’aliments en raison de la hausse de la facture énergétique chez les agro-industriels français. Un renchérissement qui pose la question de la capacité à transférer cette augmentation à l’aval, et risque de grever un peu plus la compétitivité française.
Le surcoût global induit par l’augmentation du prix du gaz pourrait se chiffrer à 3 € par tonne d’aliments en raison de la hausse de la facture énergétique chez les agro-industriels français. Un renchérissement qui pose la question de la capacité à transférer cette augmentation à l’aval, et risque de grever un peu plus la compétitivité française.
Un surcoût de 3 euros par tonne (€/t) d’aliment : telle est l’évaluation de l’impact pour les fabricants d’aliments du renchérissement du gaz lié à la guerre au Moyen-Orient. Cette dernière a propulsé à la hausse le prix du gaz néerlandais TTF, prix de référence européen du gaz naturel, passé de 38 €/MWh fin février à environ 54 € /MWh au début du mois de mars, son niveau le plus haut depuis septembre 2021. Le prix oscille depuis autour des 55 € /MWh, avec un pic à presque 62 €/MWh le 19 mars.
Les experts s’accordent sur le fait que le prix du gaz européen devrait rester élevé même en cas d’apaisement de la guerre au Moyen-Orient. Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL et fournisseur de l’Union européenne, a vu son site de Las Laffan Industrial City fortement endommagé par les frappes iraniennes. Les réparations pourraient demander cinq ans. StanChart prévoit un prix du gaz TTF supérieur à 90 $/MWh (environ 78 €/MWh) d’ici l’été si le conflit n’est pas résolu d’ici là. Plusieurs analystes spécialistes du gaz anticipent, selon différents scénarios, un prix atteignant jusqu’à 240 €/MWh. Et ce, malgré la hausse des capacités mondiales de production du GNL de 300 milliards de mètres cubes d’ici 2030 prévue par l’Agence Internationale de l’Energie.
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Le prix du gaz néerlandais TTF perdait toutefois 17 % ce mercredi 8 avril à 44 €/KWh après l’annonce d’un cessez-le-feu de 15 jours entre l’Iran et les Etats-Unis, laissant espérer un retour du prix à un niveau plus acceptable.
Cette évolution complique encore la situation de la France, un des pays d’Europe où le gaz à destination des entreprises est le plus cher, du fait de la substitution du gaz russe par le GNL. En septembre 2025, le site spécialisé Globalpetrolprices.com estimait à 0,113 $/kWh le prix moyen en France pour une entreprise consommant 1000 MWh par an, contre 0,088 $/kWh en Espagne et 0,023 $/kWh en Argentine.
Des coûts de production en hausse dans les usines de trituration
Le gaz est utilisé à différents maillons de la filière. Dans les usines de trituration fabriquant les tourteaux oléagineux, il constitue la principale énergie pour la production de vapeur, premier poste de coût. L’augmentation récente de son prix implique une hausse des coûts de production des tourteaux proche de 10 $ par tonne. Une fois répercutée aux fabricants d’aliments, cela se traduirait par une hausse moyenne de 2 € par tonne d’aliments.
Yvon Pennors, directeur de Bunge France, fait part de ses craintes : « Au Brésil et en Argentine, le coût du gaz est moins cher qu’en Europe. C’est un nouvel élément de la perte de compétitivité de l’industrie française. » Si les opérateurs peuvent acheter à terme leur gaz et se protéger quelques mois contre la hausse de prix, elle finira par frapper les industriels.
Un surcoût de 20 millions d’euros pour les usines de fabricants d’aliments composés
En 2022, Tecaliman estimait à 1300 GWh/an la consommation annuelle d’énergie par les 310 usines d’aliments en France (60 % d’énergie électrique, 40 % thermique, soit 520 GWh/an de gaz). Avec 57 % des consommations, la granulation représente le plus gros poste. Elle représente à elle seule 44 % du coût de fabrication. Le séchage et le refroidissement des aliments humides après la granulation sont également des processus énergivores. Les séchoirs requièrent généralement l’utilisation de gaz naturel.
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Selon nos estimations, une augmentation du prix du gaz de 38 €/Mwh entraînerait chez les fabricants d’aliments un surcoût du process de production de près de 20 millions d’euros, soit un peu plus de 1 € par tonne d’aliment, qui s’ajouterait aux 2 €/t liés à la trituration. Ce calcul ne prend toutefois pas en compte le surcoût du séchage du maïs de cet automne.
Intérêt croissant des entreprise pour réduire la facture énergétique
Fabrice Putier, directeur technique de Tecaliman, relève que le niveau de consommation globale a baissé mais faiblement depuis 2022. Il constate néanmoins un intérêt croissant de la part des entreprises pour réduire leur coût énergétique, ce qui passe par une bonne connaissance de la consommation de gaz à chaque étape de production. « Nous avons aujourd’hui plus de 70 usines inscrites à notre Observatoire de la performance énergétique lancé en 2004, un nombre qui ne cesse de croître », souligne-t-il.
Pour Denis Olivry, directeur de Cooperl Nutrition, la question est désormais la suivante : « Les distributeurs accepteront-ils d’augmenter leurs prix d’achat des viandes avec toutes les conséquences sur le comportement des consommateurs ? » Sans oublier d’intégrer dans l’équation les surcoûts liés aux autres métiers, comme l’emballage des viandes, les prix des plastiques ayant explosé dans le sillage des matières premières énergétiques.