Moissonneuses-batteuses - Faut-il opter pour des chenilles ou des pneumatiques ?
Avec des moissonneuses-batteuses de plus en plus grosses, les trains de roulement à chenilles sont souvent plébiscités pour limiter la largeur au transport, réduire le tassement et améliorer la stabilité. Toutefois, les pneumatiques, plus économiques à l’achat comme à l’utilisation, restent pertinents grâce au développement de nouvelles dimensions adaptées aux automoteurs de récolte.
Avec des moissonneuses-batteuses de plus en plus grosses, les trains de roulement à chenilles sont souvent plébiscités pour limiter la largeur au transport, réduire le tassement et améliorer la stabilité. Toutefois, les pneumatiques, plus économiques à l’achat comme à l’utilisation, restent pertinents grâce au développement de nouvelles dimensions adaptées aux automoteurs de récolte.
Le montage de chenilles sur l’essieu avant des moissonneuses-batteuses s’est longtemps cantonné aux régions récoltant des cultures d’automne en conditions humides, le plus souvent via des trains adaptables venant se substituer aux roues. Avec la montée en gabarit des machines non conventionnelles, des montages d’usine ont vu le jour, donnant naissance à des gammes déclinées en version à roues ou à chenilles. Au moment d’investir, la question du choix entre ces deux types de train roulant s’impose donc naturellement, d’autant que la conversion reste, dans la plupart des cas, impossible. « Sur nos machines, la transformation demeure toutefois envisageable en changeant les réducteurs de pont et en effectuant une réception à titre isolé auprès d’une DREAL », précise Pascal Pelaud, spécialiste récolte chez John Deere.
Le choix entre pneumatiques et chenilles doit se raisonner au regard des caractéristiques agronomiques, économiques et logistiques de chaque exploitation. Si les chenilles conservent une longueur d’avance pour intervenir en conditions humides, garantir la stabilité de la moissonneuse-batteuse et de sa barre de coupe, et satisfaire aux exigences de gabarit routier, les pneumatiques demeurent plus avantageux économiquement, aussi bien à l’achat qu’à l’utilisation.
Le montage de chenilles pas systématique sur les grosses moissonneuses-batteuses
Du côté des constructeurs, les statistiques de ventes révèlent un taux d’équipement en chenilles très contrasté selon les marques de moissonneuses-batteuses. Chez Massey Ferguson, seules 10 % des Ideal sont vendues avec des chenilles. Chez New Holland, un tiers des moissonneuses-batteuses CR en sont dotées. À l’opposé, trois quarts des Claas Lexion 8000 partent en version Terra Trac : le constructeur allemand promeut fortement sa solution chenillée, qu’il fait évoluer depuis de nombreuses années. Près de la moitié des Claas Lexion 7000, pourtant plus petites, en sont également équipées. Chez John Deere, si près de 80 % des moissonneuses-batteuses X9 sont chaussées de chenilles, ce taux tombe à 10 % sur les moissonneuses-batteuses S7. « Il y a trois ou quatre ans, nous étions autour de 20 %, mais la conjoncture économique dégradée pousse désormais les clients vers la solution la plus économique des pneumatiques », observe Pascal Pelaud.
À noter que dans le cas de Massey Ferguson, Fendt et Claas, la trémie de plus grande capacité en option (17 000 ou 18 000 litres) est réservée aux moissonneuses-batteuses à chenilles. Une contrainte absente chez New Holland, dont la moissonneuse-batteuse CR11 peut recevoir indifféremment roues ou chenilles. Elle est pourtant dotée d’une trémie de 20 000 litres et d’une barre de coupe de 15,20 m pesant près de 5 tonnes, le tout pour une charge sur l’essieu avant pouvant atteindre 36 tonnes. Le constructeur le justifie par le montage d’un pneumatique Michelin CerexBib 2 aux dimensions exclusives (900/65 R46), affichant un diamètre de 2,32 m et une capacité de charge temporaire maximale de 19 t à 10 km/h grâce à la technologie CFO +. Cette monte est également disponible sur la moissonneuse-batteuse Axial-Flow AF10 de Case IH.
Chenilles et pneumatiques préservent les sols avec les grosses moissonneuses-batteuses
Grâce à une surface au sol plus étendue, la chenille répartit mieux la charge et limite les risques de compaction superficielle par la moissonneuse-batteuse. À titre d’exemple, sur une moissonneuse-batteuse New Holland CR, des chenilles de 28,5 pouces (710 mm) de large affichent une surface de contact 52 % supérieure à celle des pneus Michelin CerexBib 2 en 900/60 R38, pourtant sensiblement plus larges. L’avantage est d’autant plus marqué lors des récoltes tardives en conditions humides ou sur des sols très sensibles au tassement. En revanche, pour une moissonneuse-batteuse intervenant majoritairement en été sur terrain sec, le pneumatique n’induira pas d’impact supplémentaire notable.
La technologie VF (Very High Flexion), qui permet d’abaisser la pression des pneumatiques de 40 % à charge identique ou d’augmenter la charge de 40 % à pression constante par rapport à un pneu standard, a sensiblement réduit l’écart avec les chenilles. Certains essais semblent même indiquer que, selon sa conception, la chenille peut provoquer davantage de tassement en raison de pics de charge localisés au niveau des barbotins. « Un phénomène absent avec notre chenille Terra Trac suspendue à barbotins actifs », nuance Bertrand Neuville, chef de produit moissonneuses-batteuses Claas.
Dans tous les cas, il convient de garder à l’esprit que le poids d’une moissonneuse-batteuse, qu’il soit supporté par des chenilles ou par des roues, aura un impact sur les horizons profonds du sol.
Davantage de traction avec les chenilles sur les grosses moissonneuses-batteuses
La capacité de traction en conditions dégradées reste un argument de poids en faveur des chenilles. Cet avantage prend toute son ampleur lors des saisons perturbées par les pluies, ce qui les rend incontournables dans les exploitations récoltant de grandes surfaces à l’automne. Leur meilleure motricité et leur stabilité supérieure séduisent également les agriculteurs dont le parcellaire est très vallonné.
Les moissonneuses-batteuses à chenilles plus stables et plus confortables
Grâce à leur longue bande de roulement associée à des systèmes de suspension, les chenilles des moissonneuses-batteuses absorbent efficacement les irrégularités du terrain, aussi bien aux champs que sur route. Les manœuvres en fourrière sont plus sereines, notamment au franchissement des ornières. Les pneus, en comparaison, sont bien plus exposés au phénomène de tangage. « Notre système de direction sans volant, proposé sur les moissonneuses-batteuses Ideal, n’est disponible que sur les modèles à chenilles, seuls à offrir une stabilité suffisante pour le maintien de cap précis qu’exige la gestion électronique de la direction », illustre Bruno Villette, responsable produits récolte chez Massey Ferguson.
Au-delà du confort en cabine des moissonneuses-batteuses, la stabilité des chenilles contribue à une meilleure qualité de fauche. Un bénéfice d’autant plus perceptible avec des barres de coupe dépassant 12 mètres d’envergure. La réduction des oscillations latérales facilite le maintien d’une hauteur de chaume régulière, résultat difficile à atteindre avec des pneus, en dépit des dispositifs de correction de hauteur. Certains constructeurs de moissonneuses-batteuses ont néanmoins trouvé la parade en recourant à des plateformes de coupe à tapis articulées, équipées de roues de jauge assurant un suivi de sol précis indépendamment des mouvements de la machine.
Chenilles et pneumatiques ont chacun leurs avantages sur la route
Le respect du gabarit routier (largeur inférieure à 3,50 m) est souvent avancé par les utilisateurs de moissonneuses-batteuses à chenilles, contraints par des infrastructures de plus en plus restrictives. Sur les machines de grande taille, s’y conformer avec des pneus impose de recourir à des dimensions étroites, au risque d’accentuer le tassement du sol. Sur une moissonneuse-batteuse Claas Lexion 8000, la largeur de pneu ne peut excéder 680 mm pour rester dans le gabarit. Une moissonneuse-batteuse New Holland CR à canal large se limite à 710 mm. Seule la moissonneuse-batteuse Ideal, grâce à son châssis étroit, peut accueillir du 800 mm dans cette catégorie. La chenille s’impose donc comme la seule solution permettant de concilier surface au sol et contraintes de gabarit.
Si les systèmes de suspension ont largement amélioré le comportement routier des chenilles, ces dernières restent bien plus sensibles à l’usure que les pneus sous l’effet combiné de la chaleur et du poids. Par fortes températures, une réduction de la vitesse d’avancement s’impose. À l’automne, c’est le poids du bec à maïs qui vient accroître les contraintes sur l’essieu.
Les chenilles sont donc à privilégier pour les utilisateurs contraints par le gabarit, tandis que les pneus restent la valeur sûre pour ceux parcourant de nombreux kilomètres avec leur moissonneuse-batteuse.
Les pneumatiques de moissonneuses-batteuses plus économiques que les chenilles
L’écart de prix à l’achat constitue un argument de poids en faveur des pneumatiques. Chez Claas, le surcoût d’une moissonneuse-batteuse en version Terra Trac varie de 20 000 à 45 000 euros selon la taille des chenilles et le type de pneu de référence retenu. Chez Agco, l’option chenilles sur une moissonneuse-batteuse Ideal se situe entre 75 000 et 85 000 euros au catalogue. John Deere nuance toutefois cet écart selon la monte pneumatique retenue : il atteint 60 000 euros face à un pneu standard 800/65 R38, mais peut descendre à 30 000 euros en comparaison d’un Michelin VF 900/60 R38. New Holland, sans communiquer de chiffre précis, reconnaît une différence significative sur les moissonneuses-batteuses CR10 et CR11, pourtant chaussées de pneumatiques exclusifs signés Michelin.
Il convient donc de calculer le retour sur investissement en intégrant les gains permis par ailleurs par les chenilles, mais aussi la valeur de revente. Un sujet qui fait débat : certains estiment qu’une machine à chenilles sera plus difficile à céder sur le marché de l’occasion, quand d’autres en font au contraire un argument commercial. « Nos grosses machines issues d’une location de trois ans trouvent plus facilement preneur en version Terra Trac », illustre Bertrand Neuville.
De grosses différences en termes d’entretien entre les pneumatiques et les chenilles des moissonneuses-batteuses
Les chenilles de moissonneuses-batteuses impliquent un entretien plus contraignant : vidanges supplémentaires de boîtiers et graissage rigoureux sont indispensables pour prévenir toute usure prématurée, même si certains trains de chenilles s’affranchissent désormais des graisseurs. Le remplacement des bandes de roulement, dont l’intervalle dépend des conditions d’utilisation, représente un investissement conséquent pouvant atteindre 20 000 euros, parfois accompagné d’un changement des galets. À cela s’ajoute un surcoût à l’usage : plus lourdes que les pneus et affichant une résistance au roulement plus élevée, les chenilles se traduisent par une consommation de GNR supérieure.