« Avec le DirectInject, j’apporte l’herbicide en localisé lors des traitements fongicides »
À Cologne en Allemagne, Bernhard Bulich, céréalier, utilise le système de pulvérisation DirectInject d’Amazone pour appliquer de l’herbicide sur des zones précises dans les parcelles lors des traitements fongicides opérés en plein. Cette pratique lui permet de réduire ses applications de produits phytos et de faire des économies.
« Lorsque j’ai découvert le dispositif de pulvérisation DirectInject d’Amazone autorisant l’application localisée ou en plein d’un produit phyto pur en complément de la bouillie contenue dans la cuve principale, j’ai aussitôt trouvé comment valoriser ce procédé sur mon exploitation. Cette solution embarquée sur le pulvérisateur et pilotée indépendamment permet, par exemple, lors du traitement fongicide, de cibler certaines zones de mes parcelles avec un herbicide, dispensant ainsi d’appliquer le désherbant en plein, gage d’économie », indique Bernhard Bulich, gérant de l’exploitation Margarethenhof à Cologne en Allemagne. Ce céréalier, dirigeant également une unité de méthanisation en cogénération de 550 kW, cultive en non-labour 550 hectares se situant dans une boucle du Rhin, à 15 km du centre-ville. Le siège de son exploitation est à deux kilomètres au plus près du fleuve et à cinq kilomètres au plus loin. Vu sa situation urbaine, l’exploitant est particulièrement contraint dans l’utilisation des produits phytosanitaires, d’autant plus qu’il se trouve dans une zone de captage d’eau potable desservant la ville allemande de 1,1 million d’habitants.
L’herbicide en localisé lors des traitements fongicides
Le système DirectInject est apparu à Bernhard Bulich comme un outil supplémentaire pour limiter l’emploi de phytos, mais aussi pour faire des économies. Ce dispositif coûte environ 15 000 euros et équipe le pulvérisateur Amazone UX 7601 Super doté d’une rampe de 33 mètres, acquis en 2024 par l’agriculteur pour un montant total de 200 000 euros. « Comme je compte garder mon appareil dix ans, cela ne représente qu’un surcoût annuel de 1 500 euros, un montant à relativiser par rapport aux 150 000 euros de produits phyto que j’applique chaque année. Ma récente expérience ne me permet pas encore de chiffrer précisément le retour sur investissement, mais cette technologie va dans le bon sens sur le plan des attentes environnementales et sociétales. »
Le céréalier valorise le dispositif principalement lors des applications de fongicides. Sur betteraves, il l’utilise pour pulvériser de l’herbicide sur les ronds infestés de graminées. Sur céréales, il traite les zones de chardons. Il lui suffit de mettre le désherbant pur dans la réserve de 45 litres située sur le côté droit du pulvérisateur et le mélange s’effectue automatiquement avec la bouillie principale dans le circuit d’alimentation des buses, lorsqu’il active le procédé DirectInject depuis la cabine. Pour faciliter la conduite, Bernhard Bulich a paramétré un des boutons du joystick du tracteur Fendt 728 Vario pour engager et stopper cette fonction, plutôt que d’agir sur l’écran tactile du terminal Isobus Amatron 4.
80 % d’herbicides économisés
Si la dose par hectare de bouillie principale contenant le fongicide est modulée en permanence à partir des cartes de préconisation fournies par Xarvio, le produit complémentaire est appliqué à l’œil par l’agriculteur sur toute la largeur de la rampe. Bernhard Bulich doit donc anticiper le temps d’amorçage (environ 30 à 40 mètres à parcourir), afin que le produit arrive bien aux buses dès l’entrée dans la zone à traiter. « Comme je roule entre 12 et 14 km/h pour appliquer 250 litres par hectare, j’active le DirectInject cinq à six secondes avant. C’est très facile à gérer vu l’allure limitée. » En moyenne, grâce à cet équipement, l’agriculteur ne pulvérise que 20 % de la surface avec de l’herbicide et en économise ainsi 80 % par rapport au traitement en plein qu’il pratiquait auparavant. Il pense qu’une gestion automatique pilotée par cartographie permettrait d’être plus précis, mais cela n’est pas encore disponible chez Amazone.
Le produit phyto en trop récupéré
Un des autres avantages du système DirectInject est la récupération du produit phyto pur non utilisé, grâce à une vanne et un tuyau déversant dans le bidon d’origine. Ce dispositif n’oblige d’ailleurs pas forcément à utiliser une formulation liquide, car sa cuve comporte un agitateur qui permet de conserver la solution homogène. Toutefois, dans ce cas, la préparation concentrée doit être appliquée. La principale limite relevée par Bernhard Bulich est le débit de la pompe électrique qui dose le produit pur pour l’injecter dans la bouillie en provenance de la cuve principale. Lorsqu’il applique, par exemple, 2,5 litres par hectare d’antigraminée, il est obligé de réduire sa vitesse d’avancement à 10 km/h pour respecter cette valeur cible. Autre inconvénient, la réserve de 45 litres lui paraît trop petite comparativement aux 7 600 litres de la cuve principale de son appareil. Cependant, ces points faibles n’empêchent pas l’exploitant d’envisager de le valoriser pour d’autres applications, comme l’ajout d’un régulateur de croissance à dose constante au moment des traitements sur les céréales ou le traitement des fourrières au glyphosate lors de la fertilisation liquide en présemis.
550 ha de SAU en fermage, dont :
- 150 ha de blé (100 q/ha),
- 100 ha d’orge (100 q/ha),
- 100 ha de maïs récolté en grain (110 q/ha) ou ensilé pour la méthanisation (58 t/ha à 30 % de MS)
- 100 ha de betteraves (85 t/ha),
- colza, seigle, soja (selon les années) et prairies.
Exploitation pilote pour Xarvio Field Manager
Bernhard Bulich, âgé de 45 ans, est un passionné de nouvelles technologies et est attiré par les innovations. Son exploitation sert d’ailleurs de support à Xarvio (BASF), dont le siège est à Cologne en Allemagne, pour développer l’outil d’aide à la décision (OAD) Field Manager. Depuis plusieurs années, le céréalier module, à partir de cartes réalisées par satellites, les doses lors du semis, de la fertilisation et de la pulvérisation. « Les sols de la plaine du Rhin sont très hétérogènes et la modulation intraparcellaire nous permet de travailler correctement. Je considère que l’OAD de Xarvio me rapporte entre 3 et 5 %. » Les 45 exploitations qui cultivent les 4 000 hectares concernés par la zone protégée sont par ailleurs suivies par un technicien dédié, qui les conseille sur leurs pratiques, afin d’entretenir de bonnes relations entre les agriculteurs et la collectivité. L’objectif est de mettre en place des solutions pour garantir de bons rendements tout en préservant l’eau, dans le cadre d’une approche gagnant-gagnant.
Le télégonflage sur le pulvérisateur traîné
Bernhard Bulich, exploitant à Cologne dans une boucle du Rhin, est très sensible au respect des sols. Il a systématisé le télégonflage sur ses matériels, y compris sur le pulvérisateur traîné Amazone de 7 600 litres. Il gonfle à 2,1 bars sur la route et descend entre 1,1 et 1,3 bar au champ les pneumatiques VF 580/85R42 de cet appareil, selon le produit chargé : bouillie ou azote liquide. En fin de cuve ou lors du changement de parcelle, il doit patienter 10 minutes pour retrouver la pression adaptée au transport, comme il utilise le compresseur embarqué de son tracteur Fendt 728 Vario, chaussé de VF 600/70R30 à l’avant et de VF 580/85R42 à l’arrière. L’attention à ne pas compacter les sols s’applique aussi lors de l’épandage en chantier décomposé des 15 000 mètres cubes de digestat de l’unité de méthanisation. La tonne à lisier dispose d’un essieu télescopique pour élargir la voie au champ et le Claas Xerion qui la tracte évolue en crabe pour répartir la charge, afin qu’aucune des roues ne passe au même endroit.