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Industrie de la fertilisation française
Les besoins en nitrates de la ferme France devraient être couverts en 2021/2022, selon l’Unifa

Sur le long terme, l’Union des industries de la fertilisation (Unifa) travaille à la décarbonation de la filière des engrais azotés pour s’affranchir des turbulences du marché du gaz naturel.

Renaud Bernardi, président de l’Unifa et directeur général de Borealis LAT France
© Unifa

L’Union des industries de la fertilisation (Unifa) s’est montrée rassurante concernant la couverture pour la campagne culturale en cours des besoins en nitrates (produits en France et dans les Etats membres voisins), lors de sa conférence de presse annuelle, qui s’est déroulée le 3 novembre à Paris. En revanche, s’agissant de l’urée et des solutions azotés, largement importées, leur disponibilité est davantage problématique.

 

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Triplement du coût du gaz naturel, doublement des prix des engrais azotés

« Le gaz naturel a commencé à fortement renchérir au début de l’été, pour atteindre des niveaux jamais vus en septembre. Cette flambée des prix a conduit certains fabricants d’engrais azotés, à travers le monde, à prendre des mesures drastiques, à savoir l’arrêt de leur unité de production d’ammoniac plus ou moins couplé à l’arrêt de leur unité de production de produits finis. Dans l’UE, ce sont 40 % des capacités de production d’ammoniac qui ne fonctionnent pas », affirme Renaud Bernardi, président de l’Unifa et directeur général de Borealis LAT France. Et de préciser : « En France, les cinq unités de production d’engrais azotés simples tournent soit avec de l’ammoniac produit localement, soit avec de l’ammoniac importé ».

Les industriels hexagonaux maintiennent leurs unités de production de nitrates en fonctionnement « pour fournir la ferme France et assurer un approvisionnement des agriculteurs hexagonaux en 2021/2022 au même niveau que celui enregistré en 2020/2021 », assure Renaud Bernardi. Cependant, « le prix du gaz ayant plus que triplé, les prix des engrais azotés ont doublé par rapport à la référence historique », précise-t-il, non sans ajouter : « Les industriels n’augmentent pas le prix des engrais par plaisir, ils le font car le prix du gaz naturel a flambé. Un retour à la normale ou, tout au moins, une détente du marché des engrais azotés passera par la baisse du prix du gaz naturel, qui en est le driver ». Pour l’heure, les capacités de stockage européennes de gaz naturel se remplissent, « tout le monde mettant de la bonne volonté à approvisionner l’UE ».

Un taux de couverture des organismes stockeurs à 60 %

Si les besoins des agriculteurs français en nitrates – qui représente 60 % de la consommation d’engrais azotés en France ­– sont couverts à 100 % par la production européenne (en l’occurrence de France et pays limitrophes), ceux en urée et solutions azotées proviennent pour plus de la moitié de pays tiers. « Ces importations de produits azotés sont directement impactées par leur mise à disposition par les fabricants et la logistique maritime, longue et aléatoire. D’où un questionnement sur les disponibilités de ces produits azotés lors des 2e et 3e apports, où la demande est importante sur un laps de temps limité », s'inquiète Renaud Bernardi.

Ce que l’on peut dire à l’heure actuelle, c’est que « les organismes stockeurs, par tradition, prennent des positions précocement s’agissant de leur approvisionnement en engrais, avec des commandes qui débutent en mai-juin-juillet. Aujourd’hui, le taux de couverture du marché français est légèrement supérieur à 60 %. Ce chiffre est bon par rapport à nos voisins européens et raisonnable en termes de sécurisation des approvisionnements ». Ces commandes sont en train d’être honorées. « S’il on a des incertitudes sur un pourcentage limité des livraisons, l’industrie de la fertilisation doit être en mesure de fournir la majorité de ses clients français. L’avance prise par la France va s’avérer déterminante pour la suite de la campagne », temporise Renaud Bernardi.

L’hydrogène pour s’affranchir du gaz naturel

« Face à la volatilité des prix des engrais, l’industrie de la fertilisation souhaite dialoguer avec les pouvoirs publics sur les leviers d’amortissement de long terme afin de pérenniser une industrie locale et ne pas dépendre des pays tiers pour nourrir les Français », indique l’Unifa.

« L’objectif est de ne plus subir la mondialisation du marché des minéraux - pour les engrais phosphatés et phosphorés - et de l’énergie - en l’occurrence du gaz naturel pour la production d’engrais azotés -, de faire en sorte que la pression sur les matières premières soit moins forte voire de s’en affranchir à l’horizon de dix à quinze ans », affirme Florence Nys, déléguée générale de l’Unifa. Et d’ajouter : « si les pouvoirs publics expriment une volonté à sécuriser la filière, rien n’est pour l’heure acté ».

L’industrie de la fertilisation se positionne comme un acteur de la décarbonation de la filière agricole, en proposant « la production d’ammoniac bas carbone dans un premier temps, puis d’ammoniac vert, produit selon deux procédés : en décarbonant le procédé par stockage du CO2 et en partant d’électricité bas carbone ou renouvelable [via des éoliennes ou des panneaux solaires]», précise l’Unifa.

« La décarbonation de la filière est basée sur la substitution du gaz naturel (méthane, CH4) par l’hydrogène (H2). Si la technologie existe, sa mise en œuvre, dans les dix à quinze prochaines années, reste à définir, notamment en ce qui concerne son prix », tempère Florence Nys. Le coût structurel de production d’hydrogène par électrolyse (58 mégawatt-heure par tonne d’hydrogène) est de fait trois à quatre fois plus cher que le vaporeformage du méthane (48 MWh/t H2), rappelle l’Unifa.

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