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[Vente directe] « La ferme, c’est mon meilleur argument de vente »

La ferme de Kéroudy, dans le Finistère, transforme son lait depuis 2005 et a ouvert un magasin de producteurs sur le corps de ferme. De la production jusqu’à la commercialisation, les associés ont su s’adapter aux attentes des consommateurs.

« Je me suis installée en 2005 avec un projet de transformation et de vente directe avec un double objectif », raconte Solenn Suc, jeune femme dynamique, installée en Gaec avec son mari Damien et sa sœur Enora à Milizac-Guipronvel, à 5 km de Brest, sur une exploitation produisant 1 million de litres de lait, dont 270 000 litres sont transformés en crème fraîche, beurre, fromages frais et tommes. « Le premier objectif était économique, je voulais mieux valoriser notre produit et en retirer une meilleure marge ; le second avait une connotation plus militante. J’en avais ras-le-bol d’entendre critiquer l’agriculture et l’élevage. Je voulais ouvrir nos portes au grand public et lui montrer que l’on travaille bien. »

Derrière, c’est toute la stratégie de l’exploitation qui a découlé de ces deux objectifs. Au niveau de la production d’abord. « Il nous a semblé logique de tendre vers un maximum d’autonomie alimentaire. C’est une question récurrente, les clients veulent savoir ce que l’on donne à manger aux vaches, explique l’éleveuse. Savoir que 95 % de ce que mange le troupeau est produit sur la ferme les rassure. » Toutes les céréales (orge, maïs grain) sont autoconsommées. Les éleveurs achètent seulement le sel, les minéraux et le tourteau - de préférence de colza pour éviter les OGM et ne pas contribuer à la déforestation. « D’ailleurs, depuis que l’on recourt à nos propres céréales, on a vu une différence au niveau de la transformation. On ne s’y attendait pas, mais l’impact a été positif sur le rendement fromager », observe Solenn. Les exploitants ont également développé le pâturage en renouvelant plus régulièrement leurs prairies. « Pour les gens, ce qui compte avant tout, c’est de voir des vaches heureuses dans les prés. Pour le reste, ils nous font confiance. »

Voir les vaches au pâturage, un passage obligé

La transformation apporte quelques contraintes pour l’alimentation. Par exemple, le colza fourrager n’est pas possible entre deux prairies, car cela donne un goût de chou trop prononcé au lait. Le silo de maïs ne ferme jamais non plus pour maintenir un même fond de cuve dans l’alimentation et assurer une certaine régularité pour la transformation… 

Sur l’exploitation, le bien-être animal et l’environnement ne sont pas en reste. Les éleveurs ont investi cette année dans des matelas pour les logettes, ainsi que dans un robot de raclage plus performant que le racleur hydraulique. Les haies et talus sont entretenus.

 

 
Gilbert Milin, père de Solenn. « L’accueil du public lors des portes ouvertes sur la ferme est une belle opportunité de montrer la réalité de nos fermes et restaurer la confiance. » © Ferme de Kéroudy
Gilbert Milin, père de Solenn. « L’accueil du public lors des portes ouvertes sur la ferme est une belle opportunité de montrer la réalité de nos fermes et restaurer la confiance. » © Ferme de Kéroudy
Au niveau de la commercialisation aussi, il faut coller aux attentes des clients. « Au départ, j’ai commencé à vendre nos produits dans une cabane de jardin installée dans la cour, et en parallèle, je faisais les marchés, explique Solenn. C’est surtout la vente à la ferme qui s’est développée. Les clients adhéraient à notre démarche mais regrettaient d’avoir à faire le tour de plusieurs fermes pour remplir leur panier… C’est comme ça que nous avons eu l’idée de rassembler les produits d’une cinquantaine d’agriculteurs sous le même toit en créant un magasin de producteurs (120 m2) sur la ferme en 2014. »

 

Une large gamme de produits de boucherie, charcuterie, épicerie, crémerie, fruits et légumes en provenance d’une cinquantaine de producteurs fermiers est désormais proposée, avec la certitude que l’agriculteur est rémunéré pour son travail. Le magasin est ouvert deux jours par semaine, le vendredi et le samedi.

Les clients recherchent le vrai et l’authenticité

« Quand ils viennent chez nous, les clients sont à la recherche du vrai, de l’authenticité, analyse Solenn, qui regrette que le terme « fermier » soit tellement galvaudé aujourd’hui. Ils apprécient particulièrement le goût des produits. C’est cela qui les fidélise. Ils nous disent qu’ils ont plaisir à faire leurs achats. C’est la plus belle récompense pour nous ! »

Depuis le début de la crise sanitaire, l’intérêt pour les produits locaux s’est renforcé. Le magasin a été dévalisé au moment du premier confinement. Si aujourd’hui, l’engouement est bien retombé, le nombre de clients et le chiffre d’affaires apparaissent néanmoins plus élevés qu’avant la crise. Signe que le local et les circuits courts sont des valeurs montantes qui parlent aux consommateurs.

Faire preuve de pédagogie

La ferme fait partie du réseau Bienvenue à la ferme et organise notamment un marché de Noël et des visites guidées de l’élevage un jour par semaine en été. « On fait le tour de la ferme en montrant les fourrages, les veaux, les fosses à lisier, la traite…, présente Solenn. Les gens veulent surtout savoir ce que mangent les vaches, pourquoi elles ont du maïs en plus de l’herbe. On a quelques questions aussi autour de la séparation de la mère et du veau, ou encore sur l’épandage du lisier dans les champs. En se montrant pédagogue, en expliquant simplement le pourquoi et le comment des choses, ils comprennent nos messages et se rendent compte de la réalité économique de notre métier. »

Chiffres clés

SAU 112 ha dont 70 ha de prairies, 12 ha de céréales, 30 ha de maïs

Lait 1 Ml produits dont 270 000 l transformés

Cheptel 120 vaches de races prim’Holstein, brune et jersiaise

Magasin 500 produits référencés

Main-d’œuvre 10 personnes dont 3 UMO sur l’élevage

 
Rédaction Réussir

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