Sept facteurs favorisent la déprise laitière en France
La démographie et le prix du lait n'expliquent pas tout dans le phénomène de baisse du nombre d'exploitations laitières et de cheptel de vaches laitières dans l'Hexagone. La concurrence pour le foncier et la main d'oeuvre, la lourdeur des capitaux à transmettre, jouent aussi, analysent Idele et le Ceresco.
Une grosse majorité de l'Hexagone est marquée par une baisse du nombre des fermes laitières et du cheptel de vaches laitières. Une étude du Ceresco (cabinet d'études et de conseil) et d'Idele pour le Cniel identifie plusieurs facteurs qui entraînent des arrêts de l'activité laitière, avec des différences selon les territoires. Ce qui plaide pour des actions adaptées à chaque territoire, estiment les auteurs de l'étude.
1 - La démographie. Avec une population vieillissante des chefs d'exploitation et une grosse vague de départs en retraite qui a démarré dans les années 2010 et se poursuivra encore quelques années, la démographie pèse sur la dynamique laitière. Dans le Finistère et le Morbihan, c'est un facteur clé, avec une proportion plus élevée qu'ailleurs d'éleveurs âgés de plus de 55 ans en 2023. Les arrêts « prévisibles » (dans les structures où les coexploitants ont de 55 ans) représentent plus de 60% des arrêts. Mais à l'inverse, en Vendée, les arrêts « prévisibles » ne pèsent que sur 47% des arrêts. Par contre, les arrêts de production laitière dits « effet domino » y sont sur-représentés par rapport aux autres types d’arrêts. C’est le cas lorsque le départ d’un associé de plus de 55 ans provoque l’arrêt du lait par tous les autres associés.
Plusieurs faiblesses expliquent cette évolution : une concurrence d’autres productions agricoles qui entraîne une végétalisation de la région ; la concurrence d’autres secteurs économiques qui attirent la main d’œuvre ; le changement climatique qui fragilise et renchérit les systèmes fourragers ; des difficultés de transmission de fermes de taille importante.
Des contraintes et des charges trop lourdes pèsent sur la dynamique laitière
2 - Les mauvais signaux de certains transformateurs. Le prix du lait est un facteur clé de la dynamique laitière. Au-delà du prix, si des transformateurs qui n'investissent pas dans leurs sites industriels et n'accompagnent pas par des volumes les projets des éleveurs, cela pèse aussi sur la dynamique de production.
3 - La concurrence d’autres productions agricoles et d'autres activités économiques attirent de la main d'oeuvre et captent du foncier. Des agriculteurs peuvent arrêter l'élevage de vaches laitières pour se consacrer à d'autres productions, voire changer de métier.
4 - Le changement climatique, avec des aléas plus fréquents et extrèmes fragilisent les systèmes fourragers. Pour les sécuriser, il faut davantage de foncier et de capacités de stockage de fourrages.
5 - Les capitaux trop lourds peuvent empêcher des transmissions. Avec plus de foncier, plus de stockage, des agrandissements et de l'automatisation : les structures sont plus difficiles à transmettre.
6 - Des contraintes du territoire et de l'environnement (zones protégées, polluées, extension urbaine ...) peuvent freiner les projets, empêcher des transmissions.
7 - La mauvaise image du métier, la difficulté à améliorer les conditions de travail et à équilibrer vie professionnelle et vie privée nuisent à la dynamique laitière.
L'interprofession se soucie de la déprise continue du lait, car certaines régions arrivent à un point de non retour, comme dans le sud de la France. Une faible densité laitière entraîne un cercle vicieux, avec plus de difficulté d’accès aux services et des surcoûts pour les éleveurs, qui entraîne de nouveaux arrêts du lait, qui peuvent conduire au retrait du collecteur (l'exemple de Danone dans le sud-ouest). La situation de la Vendée est peut-être irréversible : « elle est préoccupante », commente l'Idele.