Aller au contenu principal

Renouveler ses prairies sans glyphosate avec du colza-RGI

Intercaler une interculture entre deux prairies permet de garder la parcelle dans le circuit de pâturage, en « gelant » la parcelle le moins longtemps possible. La ferme de Trévarez l’a testé entre 2011 et 2020, en bio et conventionnel.

La succession prairie sur prairie ne fonctionne pas très bien pour les prairies avec des légumineuses, l’azote libéré par le retournement de la vieille prairie favorisant trop les graminées au détriment du trèfle. Alors, comment renouveler les prairies situées à proximité des bâtiments, sans les sortir trop longtemps du circuit de pâturage ? Une solution est possible en intercalant entre les deux prairies une interculture fourragère, qui va valoriser cet azote, tout en fournissant rapidement un fourrage de qualité. La ferme expérimentale de Trévarez, dans le Finistère, teste depuis dix ans l’introduction d’une dérobée à base de colza fourrager, qui se révèle un excellent précédent pour prairie.

Pour que l’interculture joue pleinement son rôle, elle doit couvrir le sol en hiver. « D’où l’idée de recourir, dans les zones à été correctement arrosé, à un mélange à deux étages associant colza et ray-grass d’Italie que l’on peut semer début juillet », propose Pascal Le Cœur, de la chambre d’agriculture de Bretagne. La prairie à refaire est pâturée en début de saison, puis détruite, avant d’implanter le mélange qui sera pâturé sur l’été et l’automne. Le couvert reste implanté tout l’hiver et le semis de la prairie intervient au printemps suivant. « Pour que ça fonctionne, il faut qu’à l’entrée de l’hiver, le colza ait été pâturé et que le RGI soit suffisamment développé pour jouer son rôle de piège à nitrates. »

Le colza doit couvrir le sol avant le risque de sécheresse

Côté itinéraire technique, la destruction de la prairie ne pose pas de difficulté en conventionnel. La prairie à refaire est détruite au glyphosate – ce qui règle les problèmes de vivaces, chiendent et agrostis –, avant de réaliser un passage d’outil et de semer quinze jours plus tard. En bio, c’est moins rapide. « Cela peut prendre trois semaines à un mois avant de semer, après deux, voire trois, passages d’outils à dents ou à disques », prévient Pascal Le Cœur, en recommandant de « bien scruter la météo pour profiter pleinement de l’effet des périodes sèches ». Le pire scenario, c’est un mois de juillet pluvieux : l’ancienne prairie n’est pas longue à repartir et concurrence vite le colza.

Le semis (6 kg colza-15 kg RGI) se fait à la volée la première quinzaine de juillet, suivi d’un passage de rouleau packer, sans herse. « En général, le colza lève bien et pousse rapidement, mais c’est toujours un pari sur le climat de juillet. En dix ans, nous n’avons pris qu’un seul bouillon. L’an dernier, la chaleur et l’absence de pluie dans les quinze jours qui ont suivi le semis, ont été fatals. » Il faut vraiment semer quand on est certain d’avoir une pousse active.  

« Entre 2011 et 2020, les treize semis sont intervenus au plus tôt le 4 juillet, et le 14 août au plus tard. C’est arrivé une fois, justement pour attendre des conditions plus favorables. »

Plus le colza est pâturé tard, moins il repousse

Le couvert est pâturé, au fil, cinquante jours après le semis. Attention, le colza fourrager est appétent, il faut bien garder l’œil sur les vaches. « Dans les systèmes à base de maïs et de pâturage, il permet souvent de rallonger la période de pâturage à un moment où la pousse de l’herbe ralentit. » Ce premier pâturage donne de la lumière au RGI sous le colza. Le ray-grass se montre un peu plus présent lorsque les vaches font leur deuxième passage à l’automne. Puis, il assure ensuite la couverture du sol pendant l’hiver et permet un pâturage précoce en début de printemps. En moyenne, entre juillet et mars, les vaches valorisent 4 tMS/ha en conduite conventionnelle. En bio, c’est plutôt 3 à 3,5 t MS/ha, en raison de semis plus tardifs.

Rassurez-vous, même sans bénéficier de conditions aussi poussantes qu’à Trévarez, rien n’est perdu pour autant ! « Le recours au colza reste possible entre deux prairies, mais l’associer au RGI perd son intérêt en contexte plus séchant. » Privilégiez alors plutôt un simple semis de colza autour du 5-10 mai pour qu’il puisse profiter de trois semaines d’implantation avant qu’il ne fasse trop chaud. Passé ce stade critique, c’est gagné. Le colza fera du stock sur pied, valorisé en été, et vous pourrez semer une nouvelle prairie en septembre au retour des pluies.

Les règles pour réussir

- Anticiper la destruction de l’ancienne prairie début juin en privilégiant une période sèche.

- Prévoir un mois entre le dernier pâturage et le semis du colza-RGI.

- Semer tôt dès début juillet, et impérativement avant fin août.

- Pâturer dès 50 jours après le semis.

Le saviez-vous ?

Le colza fourrager repousse mieux s’il est pâturé 50 jours après le semis, plutôt que 60. À Trévarez, on compte 1 ha consommé par semaine pour 50 vaches, soit 30 m2/VL/j. Mieux vaut entrer dans la parcelle quand il ne dépasse pas une hauteur de botte pour ne pas se laisser dépasser. Ou alors semer en deux fois, à dix jours d’intervalle.

Rédaction Réussir

Les plus lus

<em class="placeholder">Camille Lefeuvre</em>
Recruter un salarié agricole : « Je ne veux pas d’un exécutant, je veux un collègue de travail », en Ille-et-Vilaine

Au Gaec du Guesneau en Ille-et-Vilaine, Camille Lefeuvre a choisi de faire appel à des salariées pour l’aider dans le travail…

<em class="placeholder">Jean-Yves Guémin, éleveur laitier</em>
« J’ai fait tout mon travail d’astreinte en deux heures et demie », sur mon élevage laitier bio en Ille-et-Vilaine

En Ille-et-Vilaine, Jean-Yves Guémin a grandement simplifié son système d’exploitation pour alléger sa charge de travail. En…

<em class="placeholder">Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, sur son escalier fait maison</em>
Astuce d'éleveur : Une passerelle surélevée pour incorporer de l’eau dans la mélangeuse

Gilles Bonnet, éleveur dans le Tarn, a bricolé un escalier et sa plateforme avec une arrivée d’eau pour pouvoir apporter, en…

Nicolas et Christelle Braux dans la stabulation devant des vaches simmental
Eleveur lâché par Lactalis : « J’étais prêt à arrêter le lait », en Haute-Marne

Fin 2024, Lactalis a décidé de dénoncer le contrat de 290 éleveurs laitiers. Pour Nicolas Braux, aussi naisseur-engraisseur en…

<em class="placeholder">Le banque de travail agricole de Saint-Clément, dans le Maine-
et-Loire</em>
« Nous ensilons 250 ha de fourrage en 10 jours sur notre commune grâce à la banque de travail agricole », dans le Maine-et-Loire

​​​​​Vincent Tessier, éleveur à Saint-Clément dans le Maine-et-Loire, réalise tous ses chantiers d’ensilage d’herbe et de maïs…

<em class="placeholder">Bastien Charré à droite avec les deux salariés du Gaec, Baptiste (nom ?) et Charline Bonnevin</em>
« Avec mes salariés agricoles, nous cultivons une relation gagnant-gagnant », en Charente-Maritime

Le Gaec Le Grand Pré en Charente Maritime a basculé d’une ferme familiale à un fonctionnement patron-salariés : Bastien…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière