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Produire du lait avec peu d’intrants en montagne

Les chercheurs de l’Inra sont arrivés au terme d’une étude sur des systèmes laitiers bas intrants en Auvergne. Des systèmes capables de produire du lait au pâturage mais pas faciles à gérer.

Produire un lait de qualité dans des systèmes herbagers bas intrants, c’est possible », a affirmé Dominique Pomiès, lors d’une journée sur l’herbe de montagne, qui s’est déroulée cet automne sur le site I’Inra de Laqueuille dans le Puy-de-Dôme. Mais, ajoute-t-il aussitôt : « c’est difficile ». Le chercheur de l’Inra tire ces conclusions d’une étude qu’il conduit depuis 2011 sur des systèmes laitiers de montagne peu consommateurs d’intrants (engrais minéraux, concentré…). L’idée était d’identifier les « verrous techniques » et d’évaluer la durabilité de tels systèmes. L’étude a été menée grandeur nature sur le site Inra de Marcenat dans le Cantal, situé à 1 100 mètres d’altitude, avec deux minifermes de 24 vaches (moitié Prim’Holstein, moitié Montbéliarde) répondant aux cahiers des charges des AOP d’Auvergne. Les deux troupeaux ont été conduits de façon très contrastée, mais tous deux avec des vêlages de printemps très groupés (70 jours) afin de produire le maximum de lait à la pâture.

75 à 80 % du lait produit au pâturage

Le premier troupeau (dénommée Pépi) restait assez classique mais relativement extensif : chargement de 1,1 UGB/ha ; apport de 40 unités d’azote/ha en moyenne ; fauche précoce et séchage en grange ; 4 kg de concentré par jour (800 kg/VL) ; pâturage tournant simplifié…
Le deuxième troupeau (Bota) était conduit en quasi-autonomie et de manière très extensive : prairies permanentes (0,66 UGB/ha) ; pas d’azote minéral ni de concentré ; vêlage à 3 ans ; tarissement de 3 mois ; pâturage tournant lent ; fauche tardive et foin séché au sol…

La production moyenne des deux troupeaux sur les quatre premières années n’est pas très différente (+ 8 % en faveur de Pépi), soit 4 100 et 4 433 kg/VL. Ramenée à l’hectare, en revanche, l’écart est très important (1 630 et 3 650 kg/ha). Mais, les deux troupeaux ont été capables de produire, comme souhaité, 75 à 80 % du lait sur les sept mois de pâturage. Si le niveau du pic de production est assez semblable d’un troupeau à l’autre, la persistance laitière est meilleure avec les vaches conduites plus classiquement. Le troupeau Bota s’épuise plus vite mais la production remonte quand les vaches passent sur les repousses des prés de fauche.

Question sur les races adaptées aux systèmes bas intrants

Les taux présentent également des courbes atypiques. Ainsi, le TB est très faible (38,6 g/kg en moyenne) au pâturage pour le cheptel Pépi (herbe jeune riche en sucres et concentré) et le TP chute au cœur de l’été pour le troupeau Bota. « On est clairement sur un des problèmes des systèmes zéro concentré : les vaches sont en bilan énergétique très négatif par rapport à celles de Pépi », constate Dominique Pomiès. Ces déséquilibres alimentaires se sont traduits aussi par de mauvais résultats de reproduction. Les deux races étudiées sont-elles adaptées à des systèmes bas intrants ?, s’interroge le chercheur.

Avec ses collègues, il a voulu savoir si ces laits spécifiques avaient des répercussions sur la transformation fromagère. Des petits cantals ont été fabriqués à plusieurs reprises, pendant la période de pâturage, en lait cru et pasteurisé. Les fabrications se sont toujours bien déroulées et le rendement est normal. Seul l’extrait sec des fromages Bota est plus élevé que pour Pépi, eu égard à un TB supérieur. Des différences ont été observées également sur la composition fine des fromages (profil d’acides gras), la couleur, la texture et l’odeur.

« Une courbe de production très irrégulière »

« Le problème de ce pâturage tournant en fabrication fromagère, c’est qu’il induit une courbe de production laitière très irrégulière, indique Dominique Pomiès. À chaque changement de parcelle, la production baisse puis rebondit lors de la rentrée des animaux dans la parcelle suivante. » L’écart de production pouvait atteindre 15 % d’un jour à l’autre dans le système Pépi où les animaux changeaient de paddock tous les sept jours. Les taux sont tout aussi chahutés. Ce qui n’est pas facile à gérer en fabrication fermière.

Ces modes de production sont-ils transposables dans des exploitations commerciales ? « Ils ne sont pas à prendre clés en main », prévient le chercheur. Les recherches vont se poursuivre sur les réponses les plus intéressantes de ces essais, le changement de race notamment. L’analyse économique de ces systèmes reste aussi à faire. Mais, en tout état de cause, si ces systèmes herbagers bas intrants et pourvoyeurs de services environnementaux restent à peaufiner, ils pourraient être une voie de différenciation porteuse de plus-value pour les zones de montagne. Parmi les deux systèmes étudiés par l’Inra, le plus extensif présente ainsi une plus grande biodiversité (composition botanique, espèces d’abeilles sauvages).

Mieux maîtriser le coût alimentaire

° La chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme a réalisé une analyse des coûts de production (méthode Institut de l’élevage) de 46 exploitations laitières. Sur la campagne 2014, le coût moyen de production est de 545 €/1 000 litres de lait. Mais, il varie de 418 à 780 €/1 000 l. Une forte variabilité qui interroge et s’explique en grande partie par les écarts de coût alimentaire, qui vont du simple au double : de 95 à 160 €/1 000 l pour les rations à base d’herbe, de 87 à 196 €/1 000 l pour les systèmes mixtes (herbe et maïs). Et, il n’y a aucun lien entre la production par vache et le coût alimentaire.

° « Le principal facteur de variation du coût alimentaire est la qualité de la ration de base », explique Clémentine Lacour, ingénieure à la chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme. Les écarts de coût alimentaire s’expliquent en effet par les coûts de concentrés et de minéraux et par les achats de fourrages. Le coût des concentrés est lié aux quantités distribuées, mais pas seulement. Pour une même quantité de concentré par kilo de lait, le coût peut varier fortement (de 50 à 120 € pour 220 g/kilo). Le coût des minéraux pose aussi question (15 €/ 1 000 l d’écart), avec des prix à la tonne qui vont du simple au double. Clémentine Lacour pointe du doigt « de gros écarts sur les additifs distribués » et « des quantités souvent mal maîtrisées ».

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