« Nous n’avons pas dérapé sur les concentrés en passant au robot de traite », en Saône-et-Loire
Le Gaec de la Chagne en Saône-et-Loire a réussi à contenir l’augmentation de concentrés suite à la mise en place des robots de traite. En intégrant davantage d’herbe de qualité dans le régime, et grâce à un réglage fin des tables d’alimentation au robot.
Le Gaec de la Chagne en Saône-et-Loire a réussi à contenir l’augmentation de concentrés suite à la mise en place des robots de traite. En intégrant davantage d’herbe de qualité dans le régime, et grâce à un réglage fin des tables d’alimentation au robot.
« Quand nous avons investi dans nos deux premières stalles de robots en 2021, nous étions alertés sur le risque d’augmentation de notre coût de concentrés, relate Benoît Rodot, l’un des associés au Gaec de la Chagne en Saône-et-Loire. Nous sommes de nature économe et nous nous sommes montrés particulièrement vigilants sur ce point. » Sur cet élevage de 150 laitières, en majorité de montbéliardes, l’augmentation de concentrés par vache s’est limitée à 200 kg par vache suite à l’installation des robots, passant de 1 048 à 1 250 kg par vache et par an. Ramenées au litre de lait, les quantités sont restées inchangées, à 140 g/kg de lait, en lien avec l’augmentation de production.
Les éleveurs reconnaissent aussi qu’ils ont eu la chance d’être suivis par un conseiller d’élevage « qui a les toujours accompagnés de près pour contenir le coût de concentrés et trouver le bon compromis pour exprimer le potentiel laitier mais sans gaspillage ».
Traquer tout risque de dérive sur les concentrés
Les laitières à 9 000 l de moyenne reçoivent à l’auge une ration mélangée équilibrée en azote et énergie pour produire 27 kg, sans aucun concentré. Elle se compose de 20 kg bruts de maïs ensilage, 24 kg d’ensilage d’herbe (mélange de RGI et de méteil), 5 kg d’enrubannage de trèfle violet-luzerne, 2,5 kg de maïs épi, 5 kg de drêches de brasserie, 200 g de CMV, 150 g de carbonate de calcium, 80 g de sel et du bicarbonate de sodium à volonté. Le Gaec travaille avec des matières premières. Au robot, en moyenne, les vaches reçoivent 2,1 kg de tourteau de soja et 2 kg de céréales (50 % orge, 50 % mais) en granulés.
Le Gaec suit le litrage produit par vache, la consommation de concentrés et traque tout risque de dérive. « Et s’il arrive que nous ayons à forcer un peu plus sur les concentrés, nous le faisons par choix délibéré lorsque la conjoncture est bonne par exemple », poursuit Benoît.
Plusieurs leviers ont été actionnés dans la gestion de l’alimentation pour limiter l’explosion du coût de concentrés. À commencer par la progression de la part d’ensilage d’herbe dans la ration, qui est passée d’un tiers à 50 %. « Notre objectif est d’apporter 50 % d’herbe dans le régime, tout en intégrant des fourrages dotés d’une bonne teneur en fibres pour ne pas avoir à en rajouter dans la ration, développe Benoît. Le RGI est un fourrage super riche mais il ramène peu de fibres pour favoriser une bonne rumination. » Auparavant, les éleveurs apportaient un complément de foin mais, mal coupé, il était boudé par les vaches. Aujourd’hui, la fibrosité de la ration est assurée par un apport de luzerne et de méteil qui s’associe au RGI à 50-50 dans un silo sandwich. « Cela suppose de multiplier les chantiers de récolte et de bâchage-débâchage mais cette solution nous convient. »
Intégrer plus d’herbe en quantité et en qualité
Le travail réalisé sur la qualité de l’herbe se révèle un deuxième axe fort, essentiel pour sécuriser la base protéique de la ration. « Auparavant, nous ne récoltions que du RGI, se remémore Benoît. Cela pouvait fournir un très bon ensilage mais selon la météo, cela pouvait aussi se révéler catastrophique et nous en supportions les conséquences toute l’année. » L’intégration du méteil dans l’assolement permet de mieux répartir les risques climatiques et apporte beaucoup de protéines. À base de 20 kg d’avoine, 30 kg de féverole, 30 kg de pois et 25 kg de vesce par hectare, il ressort en moyenne à 20 % de protéines. « En 2025, il titrait même à 24 % mais l’année était exceptionnelle. »
Les valeurs de l’ensilage d’herbe se sont révélées aussi très bonnes avec 21 % de MAT en première coupe et 18 % pour la deuxième. « En moyenne, il tourne plutôt entre 16 et 18 % de MAT, nuance Benoît en insistant sur l’intérêt de disposer de prairies de bonne qualité. Les prairies comportent du ray-grass anglais, de la luzerne, du trèfle blanc et du trèfle violet. Et désormais, nous renouvelons les prairies au bout de quatre ans maximum. »
L’éleveur estime aussi que le fait de ne plus labourer a contribué à l’amélioration de la vie du sol et à la valeur des fourrages.
Ne pas chercher à tout prix à produire plus
La ration à l’auge est équilibrée à 27 litres. Les concentrés ne sont distribués qu’au robot. Le réglage des tables d’alimentation, fonction de la production des vaches, connaît deux bascules durant la lactation, avec des seuils qui s’ajustent selon l’année (cf. encadré).
« Notre priorité pour ne pas déraper sur les concentrés reste évidemment de s’adapter à la qualité des fourrages de l’année, insiste Benoît. Nous ne voulons pas aller chercher les derniers kilos de lait, si chers à produire en cas de mauvaise année fourragère. Il faut l’accepter et chercher la meilleure adéquation entre la valeur de ce dont on dispose dans le silo et les concentrés que l’on est prêt à distribuer. »
Deux bascules dans les tables d’alimentation
- Après vêlage, toutes les vaches reçoivent la même complémentation au robot moitié céréales, moitié tourteau de soja : 3,5-4 kg pour les multipares et 3 kg pour les primipares.
- La première bascule intervient à vingt jours de lactation pour les montbéliardes et quinze jours pour les prim’Holstein. La complémentation s’ajuste à la courbe de production : + 1 kg de concentré (40 % tourteau de soja et 60 céréales) tous les 5 l de lait supplémentaire. Jusqu’à 9 kg pour les vaches à 60 l et plus, et jusqu’à 8 kg pour les primipares.
- La seconde bascule a lieu à soixante jours de lactation. Les quantités de céréales sont diminuées de 1 kg et les vaches entre 15 et 30 l n’en reçoivent plus. « Je m’adapte à ce que je vois, commente Anthony Grandmougin, conseiller Acsel conseil élevage. Si une vache graisse après soixante jours, je réduis, voire retire, la céréale surtout en Montbéliarde. Et inversement dans l’été, s’il manque un peu d’état, je recharge en céréales. »
Fiche élevage
370 ha de SAU dont 130 de cultures de vente, 70 de maïs fourrage, 170 de prairies
152 vaches à 9 100 l de moyenne éco, 10 500 l de moyenne technique
1 650 000 litres
3,6 UMO (dont 1,6 salarié)
3 stalles de robot
3,1 traites/VL/j (2,8 au pâturage)
Avis d’expert : Anthony Grandmougin, conseiller Acsel conseil élevage
« Le concentré n’est apporté qu’au robot »
« Avant la robotisation, l’élevage se situait à 140 g de concentrés/l, quand les autres sur sa zone tournaient à180 g/l. Aujourd’hui encore, il reste bien placé par rapport au groupe robot d’Acsel conseil élevage, avec le même niveau de concentrés par litre produit.
Le Gaec mise sur d’excellents fourrages avec des ensilages d’herbe-méteil à 20 % de MAT, un ensilage de maïs à 400 g d’amidon et 1 UFL/kg MS. Cela permet, sans concentrés à l’auge, d’obtenir une ration équilibrée autour de 24-25 kg de lait. L’apport de drêches de brasserie à 28 % de MAT permet de renchérir l’apport en protéine et d’équilibrer la ration à 27 kg. Je déconseille les rations trop riches en protéines à l’auge car cela risque de pénaliser la fréquentation du robot. Nous visons au moins 7 kg d’écart entre lait produit avec la ration à l’auge et le lait produit au robot.
La complémentation au robot n’a rien d’exceptionnel, la différence se joue au niveau de la qualité de la ration de base. Pour les concentrés, nous privilégions les matières premières (tourteau de soja, maïs, orge en granulés).
Au robot, les quantités augmentent assez tôt. Je me suis rendu compte que certaines vaches produisaient déjà 50 l à dix jours. L’objectif est de s’adapter rapidement à la production de chaque vache. Nous couvrons les besoins de celles qui montent à 60 l et complémentons les autres en restant sur la courbe de production, sans gaspiller de concentrés. Rien ne sert de distribuer 9 kg de concentrés à trente jours de lactation si les vaches n’expriment pas leur potentiel.
En période de pâturage, j’approche les quantités d’herbe ingérées via les données distribuées par l’automotrice. Je diminue le tourteau au robot de 300 à 500 g par vache par jour. Et, si l’herbe est de très bonne qualité, je peux encore le réduire de 500 g, ainsi que les drêches à l’auge. Pour tout changement, je me fie au taux d’urée, aux bouses, à ce que remarque Benoît sur l’état des vaches et la fréquentation des stalles. Je veille aussi à de vraies transitions alimentaires en anticipant la fin des silos trois semaines à l’avance pour laisser au rumen le temps de s’adapter.
Tous ces petits rajustements effectués sur les tables au fil des jours se révèlent payants. Il ne suffit pas de regarder que la quantité de lait produite, mais toujours la mettre en parallèle des quantités de concentrés apportés, c’est la marge qui compte. »