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MHE : « Nous avons perdu 90 000 euros en un an »

Dans les Pyrénées-Atlantiques, Christophe Labasse témoigne des difficultés auxquelles il fait face encore un an après que la MHE ait touché son troupeau de vaches laitières. Aux pertes financières s’ajoute l’abattement moral.

Vaches à l'auge
Un après la MHE, la ferme subit toujours des avortements et les inséminations des génisses se sont tous soldés par des échecs.
© C. Labasse

« Un matin, fin octobre 2023, il manquait une génisse de deux ans dans le troupeau qui pâturait à un kilomètre du site principal, se souvient Christophe Labasse, éleveur laitier à Serres Sainte Marie dans les Pyrénées-Atlantiques. Elle était couchée dans une pente, elle ne parvenait pas à se relever. »

Avec le tracteur, il parvient à la relever et à la charger dans la bétaillère pour « la ramener à la maison ». Cela ne sera malheureusement pas le cas d’un autre animal aux pattes enflées qui devra être euthanasié.

Le vétérinaire venu en renfort réalise une prise de sang. Trois jours plus tard, le diagnostic tombe par un mail de la DDPP arrivé à 19h30 : c’est la maladie hémorragique épizootique, MHE. Le foyer est déclaré. « Et là c’est parti en cascade. Toutes les bêtes ont été contaminées. Nous avons eu vraiment deux mois dans le dur. »

Un amaigrissement très important des vaches à cause de la MHE

Le signe le plus marquant a été l’amaigrissement des vaches. Sur l'exploitation, les génisses sont particulièrement affectées par la MHE. « La perte de poids a été incroyable, elles ne mangeaient plus du tout. » La production de 26 kg habituellement pour les primipares arrivant en lactation chute à 16 kg par jour. La moyenne d'étable dégringole de 9000 kg à 7000 kg.

Cinq génisses, sur un troupeau de 120 animaux, ont succombé entre le début de la contamination et mi-janvier 2024. Presque un an après l’épisode, le troupeau ne s’en remet toujours pas.

Des conséquences de la MHE à très long terme sur la repro

« Les génisses n’accrochent pas », témoigne l’éleveur. Alors qu’il utilisait en moyenne 1,1 semence pour les génisses et 1,3 pour les vaches, les chiffres atteignent aujourd’hui plus de 4 pour les génisses et 1,5 pour les vaches. Conséquences : les 25 génisses qui avaient un an au moment de la MHE sont au taureau pour du croisement. Avant l'arrivée de la MHE, l’âge au premier vêlage avoisinait les 24 mois, il sera de 36 mois pour ce lot.

La perte est considérable, tant économiquement avec des animaux qui sont improductifs plus longtemps, que sur le renouvellement : l’élevage comptait agrandir son troupeau de 60 vaches en lactation avec les 60 génisses de renouvellement présentes sur l’exploitation au moment de l'épidémie, pour augmenter sa production à compter du printemps 2024. « C’est de l’argent perdu. »

Encore aujourd’hui, la ferme subit des avortements « des bêtes qui sont pleines de sept mois ».

90 000 euros de pertes économiques à cause de la MHE

Sur l’exploitation, les pertes de lait se chiffrent à 35 000 euros. En y ajoutant les pertes indirectes (repro, avortements…), les frais supplémentaires (semences...) ou vétérinaires restant à la charge de l’éleveur, le montant des pertes subies à cause de la MHE avoisine plutôt 90 000 euros sur un an. L’aide d’urgence de 12 000 euros touchée début 2024 et celle pour les vaches mortes ne permettent pas de compenser les dégâts.

« Nous travaillons à deux sur l’exploitation avec ma femme, nos résultats ont complètement plongé. Malgré l’arrêt de tous nos investissements, la fin de l’année va être dure. Nous venons de remplir une demande de RSA », lâche Christophe Labasse qui regrette le manque de communication et de transparence des autres éleveurs laitiers touchés. « Aujourd’hui, nous sommes seuls face à notre combat, déplore-t-il. Si la FCO passe par là, je ne m’en remettrai pas. Nous n'avons pas la trésorerie pour payer les vaccins. »

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