Aller au contenu principal

Méthanisation:« Grâce aux digestats, nous avons supprimé la quasi-totalité de l’ammonitrate »

Au Gaec Moulins de Kerrolet, dans le Morbihan. Grâce à une gestion très fine des digestats, l’exploitation n’utilise quasiment plus d’azote minéral et produit des luzernes très riches en matière azotée.

Bruno Calle, éleveur. « Le méthaniseur est alimenté avec 60 % d'effluents et 15 % de produits d'exploitation et 25 % de produits extérieurs. » © V. Bargain
Bruno Calle, éleveur. « Le méthaniseur est alimenté avec 60 % d'effluents et 15 % de produits d'exploitation et 25 % de produits extérieurs. »
© V. Bargain

« Les personnes défavorables à la méthanisation disent souvent qu’elle va tuer l’élevage. Dans notre exemple, elle a permis de le développer », affirme Bruno Calle, un des trois associés du Gaec Moulins de Kerrolet, à Arzal dans le Morbihan. La première installation de méthanisation, en 2012, avait une puissance de 250 kWe. Depuis, elle a été portée à 700 kWe. Les cultures de vente classiques ont été supprimées et la quasi-totalité de la surface (250 ha) est désormais consacrée à l’élevage laitier (230 vaches). Les effluents  fournissent 60 % de la ration du méthaniseur (20 m3 de lisier et 10 t de fumier par jour). Elle est complétée par des produits de l’exploitation (refus d’alimentation, fourrages de moins bonne qualité en périphérie des silos, excédents de stocks) et des produits extérieurs (sous-produits de la laiterie, pulpe de citron, marc de pomme, poussière de céréale), qui assurent respectivement 15 et 25 % de la ration.

130 unités d’azote sur le maïs

L’installation de méthanisation est équipée d’un séparateur de phases. La fraction solide du digestat  est très riche en phosphore (5 N, 8 à 10 P, 5 K) car les perméats de laiterie, la pulpe de citron et le marc de pomme sont fortement pourvus. La fraction liquide affiche des valeurs plus faibles (3 à 3,5 N, 2 P, 4 K). « Équilibrer la fertilisation est quelquefois un peu compliqué. Nous avons des prêteurs de terre pour équilibrer le phosphore. En revanche, grâce au digestat, nous n’avons pas besoin des 170 unités d’azote organique permises par la réglementation pour fertiliser nos cultures parce que le coefficient d’efficacité de la fraction liquide est très favorable. En balance azotée, nous sommes à 120 unités totales. Sur des maïs à 14 tMS/ha, nous n’apportons pas plus de 130 unités d’azote. Nous gérons le digestat de la manière la plus optimale possible. Sur nos 200 hectares, avant la méthanisation, nous utilisions 50 tonnes d’ammonitrate par an. Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’à une tonne pour des parcelles non épandables. »

Des luzernes à 23-24 % de protéine

L’exploitation est équipée d’un épandage sans tonne avec un tuyau de 1,2 km raccordé au réseau d’irrigation de 6 km. Sur les parcelles non desservies, l’épandage est effectué avec une tonne avec rampe à pendillards. Mais, au printemps, dès que la température dépasse 25 °C ou que l’hygrométrie descend au-dessous de 80 %, un enfouisseur à disque remplace le pendillard. Le digestat solide est épandu avec une table d’épandage en fin d’été-début d’automne sur les luzernes et les prairies riches en trèfle et après la première coupe sur les luzernes (20 t/ha/an en deux fois). Après la deuxième coupe, les luzernes peuvent recevoir en complément 60 UN de digestat liquide pour booster la teneur en protéine.

Le dérobé (ray-grass d’Italie) est fertilisé avec 80 UN. Trois passages de digestats sont effectués sur les prairies de fauche. « Sur la luzerne, nous sortons entre 12 et 14 t MS/ha les bonnes années et entre 10 et 11 tonnes les années plus normales, assure l’éleveur. Elle a peu de nodosités mais elle exprime complètement son potentiel. Elle est conduite de manière intensive sur trois à quatre ans. Séchée avec la chaleur de la méthanisation, elle oscille entre 23 et 24 % de protéine à partir de la deuxième coupe. Nous avons économisé 400 kg/VL/an de correcteur azoté, à performance laitière égale. »

A lire aussi: Le Gaec Moulins de Kerrolet est l'une des premières exploitations laitières certifiées HVE

                        Avec le digestat, on gagne 20 à 40% d'azote

Les plus lus

<em class="placeholder">Le banque de travail agricole de Saint-Clément, dans le Maine-
et-Loire</em>
« Nous ensilons 250 ha de fourrage en 10 jours sur notre commune grâce à la banque de travail agricole », dans le Maine-et-Loire

​​​​​Vincent Tessier, éleveur à Saint-Clément dans le Maine-et-Loire, réalise tous ses chantiers d’ensilage d’herbe et de maïs…

Tableau avec les prix de revient et coût de production de l'atelier lait de vache de 2024
Le prix de revient du lait publié en 2025 par le Cniel augmente de plus de 4%

Les indicateurs de coût de production et de prix de revient du lait de vache pour l’année 2024, publiés par l'interprofession…

quad dans une prairie avec du matériel pour entretenir et déplacer les clôtures et les fils.
Prairie : un gain de temps avec un atelier et un quad bien rangés pour clôturer avec efficacité

Dans l'Orne, Estelle et Sylvain Quellier sont à la tête d'un troupeau de 80 vaches laitières qui pâturent 9 à 10 mois de l'…

<em class="placeholder">groupe d&#039;éleveurs assistant à une démonstration d&#039;entretien de la végétation autour des clôtures. </em>
Prairie : de nouveaux matériels pour l’entretien autour des clôtures
La gestion de la végétation sous les clôtures électriques est essentielle en système herbager. Des outils utilisés dans d’autres…
« Suite à la FCO, il va manquer de femelles de renouvellement dans 30 % des élevages laitiers », d’après Innoval

La reproduction des troupeaux laitiers a été mise à mal avec le passage de la FCO 3 et 8, particulièrement marqué dans le…

<em class="placeholder">Benoit Chamagne, éleveur laitier</em>
Eleveur lâché par Lactalis : « J'arrête le bio et je rejoins une petite coopérative laitière », en Haute-Saône

Après avoir vu son contrat dénoncé par Lactalis, Benoit Chamagne, éleveur laitier en agriculture biologique en Haute-Saône,…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière