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Méteil en dérobées : « Nous associons le triticale, l’avoine, la vesce velue et le trèfle squarrosum » en Vendée

Après avoir cultivé du ray-grass italien pur en dérobée avant maïs, le Gaec Les bois neufs s’oriente désormais vers les méteils. Le choix des espèces et variétés est essentiel pour obtenir volume et qualité.

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Patrice Guéry (à gauche) et Fabien Guéry ont testé plusieurs espèces et plusieurs mélanges avant de parvenir au mélange actuel qui leur donne satisfaction.
© V. Bargain

Depuis quelques années, le Gaec Les bois neufs sème en dérobées avant maïs un méteil à base de triticale, avoine, vesce velue et trèfle squarrosum. « Nous en avons fait 3 hectares avant maïs cette année et 20 hectares en couvert pour du semis sous couvert, précisent Fabien Guéry et son oncle Patrice Guéry, associés du Gaec Les bois neufs, à Montaigu, en Vendée. Nous cultivons du méteil depuis longtemps pour le semis sous couvert des prairies, ce qui a permis d’affiner les mélanges et l’itinéraire technique aussi pour les dérobées. »

L’exploitation, qui élève 100 vaches prim’Holstein pour 900 000 litres de lait et 30 vaches allaitantes et qui engraisse tous les mâles et des génisses croisées, ne disposait jusqu’ici que de 126 hectares sans irrigation, avec des rendements de 10 à 11 tonnes à l'hectare en maïs. « Nous étions toujours justes en fourrages, souligne Fabien. De plus, notre lait est valorisé en beurre AOP Charentes-Poitou, qui limite le concentré. En 2026, nous avons pu reprendre 65 hectares, dont beaucoup accessibles aux vaches, ce qui va nous donner davantage de souplesse et permettre de développer le pâturage. Mais les dérobées sont très importantes pour nous. »

Historiquement, la dérobée était du ray-grass italien de 18 mois, avec un peu de trèfle incarnat pour la première coupe. Jusqu’en 2018, le RGI était fertilisé au lisier de lapin, atelier arrêté en 2018. « Pour en produire aujourd’hui, nous devons apporter 80 unités d'azote en ammonitrate. De plus, le RGI consomme l’eau et les nutriments du sol et réduit le rendement du maïs. Et il ne pousse plus en été. Nous avons donc choisi de développer les méteils, avec les mêmes mélanges que ceux utilisés pour le semis sous couvert des prairies. »

Du triticale plutôt que du seigle

Le mélange et la conduite ont été établis à partir des expériences du Gaec et des autres éleveurs du Geda dont il fait partie et des essais de la chambre d’agriculture. Le méteil est constitué de 30 kg/ha de triticale, 20 kg/ha d’avoine, 10 kg/ha de vesce velue et 6 kg/ha de trèfle squarrosum. « L’objectif est de récolter 4-5 tonnes à l'hectare à 20 % de MAT et 0,85-0,90 UF/kg MS, précise Grégoire Dufour, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Pour cela, il faut des espèces de bonne valeur alimentaire et qui arrivent à maturité en même temps et pas trop tôt pour la souplesse de récolte, pas avant mi-avril. »

 

 
<em class="placeholder">Le méteil est distribué en été ou en hiver.</em>
Le méteil est distribué en été ou en hiver. © V. Bargain

Le premier méteil testé était un mélange de seigle, avoine et trèfle incarnat. « Mais le seigle se développe beaucoup trop vite par rapport aux autres espèces et il disparaissait certaines années », observe Fabien. « Sa valeur alimentaire diminue beaucoup quand il épie, ajoute Grégoire Dufour. Il est aussi très appétent pour les limaces et favorise le piétin en rotation avec des céréales. »

À l’inverse, l’avoine est peu appétente pour les limaces et de bonne valeur alimentaire, comme le triticale. Elle supporte les excès d’eau et limite le salissement par les espèces sauvages. « Et nous pouvons produire nos semences de triticale et d'avoine à partir de nos méteils grains, ce qui réduit le coût d’implantation », souligne Fabien.

La vesce velue passe partout et produit plus de biomasse que la vesce commune. « Il faut juste être attentif aux graines dures, qui peuvent mettre un à deux ans à germer, ce qui peut poser problème si l’on fait une céréale ou un méteil grain après maïs », note Grégoire Dufour.

Enfin, le trèfle squarrosum ne fleurit qu’au 10-15 mai, est peu appétent pour les limaces, supporte l’hydromorphie à la différence du trèfle incarnat, et reste stable en qualité et quantité. « Nous avions testé le trèfle de Micheli, mais les variétés disponibles jusqu’ici étaient trop précoces », précise Fabien.

 

 
<em class="placeholder">Pour les éleveurs, la principale difficulté est le séchage du trèfle squarrosum, qui a de grandes tiges pleines d’eau. </em>
Pour les éleveurs, la principale difficulté est le séchage du trèfle squarrosum, qui a de grandes tiges pleines d’eau. © F. Guéry

Ne pas récolter trop tôt

Le méteil est semé début octobre. « Le sol doit être humide, pour favoriser le démarrage, insiste Grégoire Dufour. En septembre, il peut faire 30 °C. De plus, le risque limaces est plus faible en octobre. » Après un premier passage de déchaumeur à disque à 5-7 cm, puis un second huit jours avant semis, les graines sont semées en mélange avec un semoir simplifié, à 1 cm de profondeur. Puis le sol est roulé.

La fertilisation est apportée début mars, avec en général 30-40 unités d'azote et cette année, 30 unités d'azote et 40 unités. « L’objectif est que les céréales et les légumineuses montent en même temps, indique Grégoire Dufour. Une fertilisation trop précoce favorise les céréales qui vont monter et réduire l’accès à la lumière des trèfles et dilue la valeur alimentaire. L’idéal est de l’apporter cinq-six semaines avant la date de récolte prévue et pas moins de trois semaines avant récolte avec au moins 20 millimètres de pluie pour que l’azote puisse être assimilé par les plantes. »

La récolte a lieu vers le 20 avril, quand les céréales commencent à épier et qu’il y a quelques fleurs de vesce, pour un semis du maïs début mai. « L’objectif est un bon compromis volume et qualité », précise Fabien. Le méteil est coupé et fané le même jour, andainé le lendemain et ensilé le troisième jour, avec en 2026 l’ajout d’un conservateur à base de bactéries.

Valeurs alimentaires des dérobées récoltées en 2026 sur le Gaec Les bois neufs
 % MSMAT %UFVPDINPDIE
Valeurs alimentaires du fourrage3216,60,7910166

 

 
<em class="placeholder">Les éleveurs n’hésitent pas à organiser un chantier d’ensilage spécifique pour les méteils.</em>
Les éleveurs n’hésitent pas à organiser un chantier d’ensilage spécifique pour les méteils. © F. Guéry

Des atouts en termes de fourrages et pour le maïs

Fabien et Patrice Guéry sont aujourd’hui satisfaits des méteils. « Un méteil demande un peu plus de réflexion et d’observation qu’un RGI, admettent-ils. Mais il n’épuise pas le sol comme le RGI. Nous récoltons 4,5 à 5 tonnes à l'hectare, contre 3 à 4 tonnes pour un RGI qui nécessite beaucoup plus d’azote, et avec un fourrage plus riche en protéines. Le sol est aussi moins compacté et pourrait nous éviter de labourer avant maïs. Le coût d’implantation n’est que de 70 euros l'hectare avec nos semences fermières, un coût plus élevé qu’un RGI, mais avec ensuite moins d’engrais et moins de carburant pour le travail du sol, ce qui n’est pas négligeable aujourd’hui. Dans l’avenir, nous ne ferons peut-être plus que des méteils en dérobée avant maïs. »

Fiche élevage

2 associés

100 vaches laitières

8500-9000 l/VL

900 000 l de lait produit

30 vaches allaitantes

191 ha dont 9 ha de blé, 9 ha de méteil récolté en grain, 35 ha de maïs, 66 ha de prairies naturelles, 72 ha de prairies temporaires (ray-grass italien-trèfle incarnat, prairies multi-espèces, ray-grass hybride-trèfle violet)

Avis d'expert - Grégoire Dufour, chambre d’agriculture des Pays de la Loire

« Les méteils : un bon levier avec quelques points de vigilance »

 

 
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Grégoire Dufour, chambre d’agriculture des Pays de la Loire. © V. Bargain

« Depuis quinze ans, de nombreux essais sont menés en Pays de la Loire sur les méteils en dérobées avant maïs, dans le cadre des Geda et sur les plateformes de la chambre d’agriculture. Les méteils sont un bon levier pour sécuriser les fourrages en dérobées sans nuire au maïs, faire du maïs sans labour, limiter le salissement de la parcelle et réduire la consommation d’engrais et de carburant. Il est important de bien construire son mélange, selon ses sols, les conditions climatiques et les animaux auxquels on les distribue.

Dans tous les cas, il faut associer plusieurs espèces pour garantir que le méteil se développera quelle que soit la météo. Le trèfle squarrosum et la vesce velue ont un coût, mais elles permettent de bénéficier de l’aide PAC Légumineuses fourragères. Les conditions de semis doivent permettre une levée rapide. À partir du 25 septembre dans notre région, il faut être prêt à semer. La fertilisation est également importante. Elle ne doit pas être trop précoce, pour ne pas trop favoriser les céréales au détriment des légumineuses. Les essais montrent qu’au-delà de 40 unités d'azote à l'hectare, il n’y a plus de gain de rendement. La date de récolte est également essentielle. Il faut savoir attendre, car la biomasse se fait à partir de mars. »

Valeurs moyennes des plantes au 15-20 /04 sur 2 plateformes d'essais en Pays de la Loire  en 2025 et  2026, conduite avec 40 UN (Source : Chambre d'agriculture Pays de la Loire)
 planteprécocitéMAT %UFVPDIPDIE
GraminéesTRITICALE+/-7,850,885466
AVOINE NOIRE-8,961,075975
AVOINE BLANCHE-6,930,895069
SEIGLE FOURRAGER++5,110,634355
SEIGLE FORESTIER+11,10,726961
RGI+8,610,975862
LégumineusesTrèfle de Micheli++18,40,8910161
Trèfle Incarnat+/-17,70,859960
VESCE COMMUNE-17,80,8610264
VESCE VELUE+24,30,813464
Trèfle Alexandrie+/-170,810057
Trèfle Squarrosum- -15,70,739653

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