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Pâturage hivernal : « Nous ne voyons que des bénéfices dans notre élevage en bio et en monotraite en Mayenne »

Le Gaec du Ballon en Mayenne, en bio et en monotraite, profite de conditions pédoclimatiques privilégiées pour pâturer en hiver. À la clé, des bénéfices sur le travail, les résultats économiques et le bien-être des animaux.

<em class="placeholder">Nathalie et Michel Daguer, éleveurs en Mayenne avec leurs vaches</em>
Nathalie et Michel Daguer : « Le pâturage hivernal trouve naturellement sa place dans notre système herbager simple, autonome et rentable. »
© E. Bignon

Au Gaec du Ballon, dans le bocage mayennais, les vaches ont toujours beaucoup pâturé. Un pas de plus est franchi depuis deux ans. Désormais, les laitières sortent non-stop toute l’année, même en hiver où elles pâturent de 11 h du matin après leur repas de foin et d’enrubannage (9 kg MS/VL) jusqu’à la traite suivante du lendemain matin à 6 h. L’herbe pâturée représente 7 kg MS/VL/j, soit entre 40 et 50 % % de leur ration hivernale.

« Dans notre système, nous ne voyons que des bénéfices à cette pratique aussi bien sur le travail que sur les économies de charges », se félicitent Nathalie et Michel Daguer, à la tête d’un troupeau de 85 vaches croisées, en bio et en monotraite.

 

 
<em class="placeholder">chemin de pâturage pour vaches laitières</em>
Le chemin le moins accessible a été refait cet été. Il est surélevé par rapport aux parcelles et bien bombé pour évacuer suffisamment l’eau. © E. Bignon

Il faut dire que l’élevage présente de sérieux atouts pour s’engager dans cette voie. À commencer par un parcellaire groupé et des sols limono-sableux assez portants. Le fait d’avoir des animaux aux besoins limités et un chargement globalement peu important contribuent aussi à sa mise en œuvre. D’autant que beaucoup de vaches se trouvent taries à cette période de l’année, une bonne partie des vêlages étant groupés au printemps. Le nombre de vaches traites se limite à cinquante en moyenne entre début novembre et fin février. Elles tournent sur 46 hectares, découpés en 76 paddocks de 60 ares.

Chaque paddock dispose au moins d’une haie

La présence de huit kilomètres de haies constitue un autre bon point. « Nous avons replanté un kilomètre d’arbustes pour que les vaches disposent au moins d’un côté abrité dans chacun des paddocks », souligne Nathalie. Et, pour pâturer dans de bonnes conditions, il va sans dire que le parcellaire est aménagé avec des clôtures, un réseau d’eau et des chemins dignes de ce nom. « L’entrée des paddocks est distincte de la sortie. Un seul passage par jour limite fortement le risque d’abimer les accès », apprécie Michel.

« Pâturer en hiver ne s’improvise pas, pointe Antoine Guérin, de PatureSens. Il convient d’anticiper en adaptant la conduite des prairies en amont. » Le Gaec arrête notamment de faucher à partir du 15 août, voire fin juillet si l’été est sec. « Début septembre, nous allongeons les rotations à 60 jours. Entre décembre et janvier, elles ralentissent jusqu’à 120 jours en subdivisant les paddocks en deux. Puis, les rotations reviennent à 60 jours au 1er février, dépeint l’éleveur. Une parcelle pâturée début décembre ne sera pas repâturée avant début mars. »

 

 
<em class="placeholder">haie plantée entre deux paddocks</em>
Un kilomètre de haies a été planté pour que chaque paddock dispose d’un abri pour les vaches. © E. Bignon

Entre novembre et février, les vaches réalisent 1,5 tour par paddock (et entre 7 et 9 tours par an). Le choix des parcelles dans le circuit de pâturage se décide en fonction de la quantité d’herbe disponible. « S’il pleut vraiment beaucoup, nous privilégions les plus vieilles prairies et ajustons les horaires de sortie. »

Une belle densité et du trèfle au printemps

Nathalie mesure toutes les semaines les hauteurs d’herbe à l’herbomètre. Celui-ci est relié au logiciel de gestion de pâturage qui traduit en deux clics la quantité de matière sèche produite sur les parcelles, son évolution, et la pousse journalière. « La hauteur d’entrée approche les 12-13 cm, soit 3 000 kg MS/ha, et 5 cm en sortie, soit 1 500 kg MS/ha », avance Nathalie en précisant que le pâturage est ras avec une herbe toujours feuillue. Il n’y a pas de matière morte sénescente.

 

 
<em class="placeholder">vaches croisées au pâturage</em>
Le troupeau est issu d’un croisement trois voies (prim’Holstein, montbéliarde, jersiaise). « Nous voulons de petites vaches légères et fonctionnelles, qui marchent bien. » © E. Bignon

Au printemps, les éleveurs sont satisfaits de la qualité des repousses. « J’ai trouvé certaines parcelles encore plus belles au début du printemps, très denses, témoigne Michel. Sans doute parce qu’elles reçoivent une fertilisation naturelle que je n’aurais pas pu apporter avec un tracteur. Et le trèfle profite de la lumière dès le début du printemps. »

Si le couple avait un seul conseil à donner, c’est d’oser sortir les vaches en hiver dès que les conditions le permettent. « Nous nous sommes fait peur parfois, avec des parcelles pas très jolies présentant des zones marron et souillées, grosses comme un poing, rapporte Michel. Mais finalement, en quinze jours, la prairie reprend le dessus. »

La motivation des éleveurs est intacte. Ils affectionnent de voir leurs vaches dehors en toutes saisons. « C’est top pour le bien-être animal. C’est simple, à peine ont-elles fini de manger à l’auge en hiver qu’elles réclament pour sortir devant la barrière ! », concluent-ils, heureux d’être le plus autonomes possible en valorisant le fourrage le moins cher qui soit.

Chiffres clés

• 85 vaches croisées à 3 500 l

• 290 000 l de lait livrés

• 67 ha de prairies permanentes

• 1,8 UGB/ha

• 11 à 13 t MS valorisés par hectare

Côté éco

•15 €/1 000 l de coût alimentaire sur l’année

• 120 000 € d’EBE pour 2 UMO

 
<em class="placeholder">Antoine Guérin de PâtureSens</em>
Antoine Guérin de PâtureSens © E. Bignon

« Les chemins sont la colonne vertébrale des systèmes pâturants. Encore plus si les vaches sortent en hiver. Ils doivent être praticables par tous les temps, sans surcharge de travail » - Antoine Guérin, PâtureSens

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