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La reconquête de la qualité de l’eau est bien engagée

Dans les régions d’élevage situées en zone vulnérable, l’indicateur nitrates de l’Institut de l’élevage continue à baisser. L’analyse de cinq campagnes de mesures le démontre.

Une première étude d’évaluation du PMPOA1 en 2007 montrait que là où les travaux de mise en conformité des bâtiments d’élevage avaient été menés, une réponse sur la qualité de l’eau était nettement perceptible. Une nouvelle étude, présentée lors de la journée Grand angle lait le 4 avril dernier, confirme cette tendance. Dans les zones d’élevage où la situation était critique dans les années 90, la qualité de l’eau s’améliore. Une bonne nouvelle qui mérite d’être mise en avant face aux attaques que subit l’élevage.

Cette étude, réalisée à la demande de la Confédération nationale de l’élevage (CNE), s’appuie sur un indicateur nitrates construit par l’Institut de l’élevage. « Cet indicateur affecte à chaque canton une valeur reflétant à la fois la qualité des eaux souterraines et la qualité des eaux superficielles. Plus que le chiffre en lui-même, c’est son évolution qui est intéressante, explique Vincent Manneville de l’Institut de l’élevage. Nous avons utilisé cinq campagnes de mesures réalisées entre 1992 et 2010 au titre de la surveillance de la directive Nitrates, ceci sur près de 6 000 points de mesure dont près de 3 000 situés en zone vulnérable (1). Et nous avons superposé cette base de données à celle de l’activité agricole (issue du Recensement agricole 2010) et à des données type enquête culturale. »

Les efforts doivent malgré tout se poursuivre

Les évolutions, en zone vulnérable, sont contrastées suivant les territoires.

Les zones d’élevage s’en tirent bien avec soit des améliorations fortes sur vingt ans (évolution de l’indicateur supérieure + 4,5 points pour un indicateur moyen en zone vulnérable à 34,2 en 2010-2011) soit une stagnation (évolution de l’indicateur entre - 2 et + 2). Cette amélioration est liée à l’impact de la mise aux normes de 90 000 élevages dont 90 % sont situés en zone vulnérable. « Les deux PMPOA ont permis de supprimer les pollutions ponctuelles liées au rejet direct d’effluents dans le milieu. Mais ils ont surtout permis, grâce à des ouvrages de stockage plus adaptés aux besoins agronomiques, de limiter très fortement les pollutions diffuses par une meilleure utilisation des fertilisants organiques. »

Cette meilleure valorisation a eu pour conséquence de faire chuter les livraisons d’engrais azotés dans les régions laitières. La Bretagne et les Pays de la Loire ont ainsi quitté le top cinq de la consommation d’engrais : les livraisons y ont baissé respectivement de 38 % et de 23 % entre 2010-2011 et 1990-1991 (source Unifa). D’après les données issues de 159 exploitations bretonnes, la meilleure gestion de la fertilisation s’est traduite par une réduction du solde du bilan de l’azote de 35 % en vingt ans (résultats sur 159 exploitations). Les zones qui ne montrent pas d’évolution, sont celles qui, comme l’Est de la Bretagne et le Nord des Pays de la Loire sont en train de se « céréaliser ». « Les efforts doivent toutefois encore être maintenus pour une reconquête significative, au vu de la concentration en nitrates des eaux dans ces territoires », souligne Vincent Manneville.

Un rôle favorable des prairies permanentes

Dans les zones de polyculture élevage, deux situations se présentent. L’indicateur nitrates s’est faiblement détérioré en 2010-2011 (en référence à 1997-1998) dans les territoires où des prairies permanentes ont été retournées au profit des grandes cultures. C’est par exemple le cas en Charentes et dans l’Artois-Picardie. En revanche, l’indicateur s’est amélioré dans l’Est de la France où l’essentiel des conversions de surfaces en herbe en céréales s’est fait il y a plus de vingt ans.

Dans les zones de grandes cultures, qui il est vrai partent de concentrations sensiblement plus faibles en nitrates, l’indicateur nitrates se dégrade en revanche partout. « Cette dégradation, faible à forte suivant les régions, est liée à la perte de matière organique des sols cultivés depuis près de 40 ans, combinée à une progression des apports d’azote minéral. » Ceux-ci ont progressé de + 2 à 24 % dans ces zones entre les campagnes 1990-1991 et 2010-2011.

Pour ce qui est des zones non vulnérables, la concentration en nitrates y est en moyenne deux fois moins importante qu’en zone vulnérable. L’indicateur nitrates met en évidence un maintien de la qualité de l’eau. Ces zones représentent globalement moins de 25 % des consommations d’azote minéral (pour 42 % de la SAU) et la part de l’azote organique produit pèse 35 % du total national. La situation favorable est aussi très liée à l’importance des surfaces occupées par les prairies permanentes et les forêts.

(1) Réexaminer la délimitation des zones vulnérables et les programmes d’actions nitrates. La dernière campagne réalisée sur la période 2014-2015 n’était pas encore disponible.

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