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« Je me suis réassocié avec deux voisins, après avoir délégué l'alimentation et les cultures en Vendée »

Le Gaec Les 3 B, en Vendée, s’est constitué le 1er avril 2024. Daniel Rondeau s’est de nouveau associé, après avoir travaillé seul et délégué pendant cinq ans.

Depuis le 1er avril 2024, Daniel Rondeau, 57 ans, Amaury Bourgeois, 30 ans, en polyculture-élevage, dont le père vient de partir en retraite, et Raymond Papin, 57 ans, se sont associés au sein du Gaec Les 3 B, en Vendée. Daniel est responsable de l’atelier lait et de l’engraissement des génisses. Amaury assure tout ce qui concerne les cultures et gère un poulailler. Raymond s’occupe des vaches allaitantes.

« Je suis soulagé de ne plus être seul à tout décider, assure Daniel Rondeau. Économiquement, les années où j’ai été seul ont été les meilleures pour moi. Mais humainement, c’était très dur d’avoir toutes les responsabilités et de garder de la motivation. Je suis aujourd’hui plus serein. Les tâches difficiles le sont moins à plusieurs. » L’éleveur est aussi beaucoup plus optimiste. « J’ai 57 ans. Si j’étais resté seul, je n’aurais pas investi. L’outil aurait vieilli. L’association avec Amaury, qui a 30 ans, redonne de la dynamique. Je sais que l’exploitation aura un avenir après moi. Et nous avons désormais un objectif de trois à quatre semaines de vacances par an et de ne travailler qu’un week-end sur quatre. »

Pendant vingt-trois ans, de son installation en 1994 jusqu’en 2017, Daniel Rondeau, éleveur à Bournezeau, en Vendée, a travaillé en Gaec à trois, avec un cousin et un tiers. En 2017, ses deux associés quittent la société. « L’exploitation produisait alors un million de litres de lait sur 135 hectares, explique Daniel Rondeau. J’ai proposé, si les banques me suivaient, de racheter leurs parts et de continuer seul en déléguant l’alimentation et les cultures. » Les banques ont suivi, Daniel Rondeau s’est alors retrouvé seul à la tête de l’exploitation.

Fiche élevage

Gaec Les 3 B

3 associés, 1,5 salarié, 1 apprenti

110 vaches

1 million de litres de lait

350 ha

60 génisses d’engraissement

50 vaches allaitantes

1 poulailler

L'affouragement en Cuma, une priorité

« Avec un salarié, je ne pouvais m’occuper seul des cultures et de l’élevage, souligne-t-il. Les cultures prennent du temps et nécessitent des compétences. L’alimentation implique une heure de travail par jour, sans compter l’entretien du matériel. La traite, avec 100 vaches et une salle de traite 2x7 postes, dure deux heures et demie matin et soir avec les nettoyages. Il y a aussi pas mal de travail avec les logettes sur paille. » Daniel Rondeau a d’abord engagé un deuxième salarié, pour assurer notamment l’alimentation. Il a aussi un peu réduit la production à 950 000 litres. Et il a embauché pour la traite le week-end, pour pouvoir prendre un ou deux week-ends par mois. « La première année, j’ai travaillé beaucoup de week-ends et pris peu de vacances », se rappelle-t-il.

Il a aussi cherché un nouvel associé. « Je me suis inscrit au répertoire départ installation, mais je n’ai vu personne. J’ai engagé deux BTS en apprentissage, en espérant que l’un d’eux voudrait s’associer, mais là non plus ça n’a pas abouti. »

Déléguer l’alimentation est alors apparu comme une priorité. « En plus du temps que cela prend, la mélangeuse était fatiguée. Il aurait fallu la changer. » Daniel Rondeau choisit de relancer la réflexion sur un groupe mélangeuse, initiée quelques années auparavant. « Avec trois autres exploitations laitières, nous avons créé la Cuma L’Imprévue pour la distribution d’ensilage. » Désormais, l’affouragement des vaches et génisses de l’exploitation est assuré par la Cuma : six jours sur sept pour les vaches et un jour sur deux pour les génisses. « L’alimentation par la Cuma revient à environ 20 euros pour 1 000 litres », calcule l’éleveur.

Daniel Rondeau choisit aussi de déléguer les cultures. « Je ne suis pas très intéressé par les cultures », avoue-t-il. L’ensilage du maïs et l’épandage se faisaient déjà avec la Cuma La Vallée du Lay, avec entraide entre voisins par une banque de travail. « Ce travail en Cuma a continué, mais j’ai dû payer les voisins, car je ne pouvais pas rendre les unités de travail », précise Daniel Rondeau. L’éleveur délègue également les semis de maïs, les semis et récoltes des céréales à paille et les traitements. « J’ai d’abord fait appel à un céréalier bien équipé qui intervenait déjà dans la commune. Mais comme il est basé à vingt kilomètres, il fallait s’organiser pour qu’il ne se déplace pas pour peu de choses. »

En 2023, Daniel Rondeau se rapproche de deux voisins : Amaury Bourgeois et Raymond Papin. « Nous nous côtoyions déjà, précise Daniel Rondeau. Amaury est président de la Cuma La Vallée du Lay et moi président du groupement d’employeurs des deux Cuma. Il venait aussi pour l’entraide sur les chantiers d’ensilage. Et il avait renouvelé son matériel en 2017 et intervenait déjà dans d’autres exploitations. »

« Nous avons étudié la complémentarité de nos métiers »

Amaury Bourgeois assure alors les travaux de culture chez Daniel Rondeau. « Je devais quand même m’occuper des assolements, du choix des variétés, de l’enregistrement des traitements, du plan de fumure, de la déclaration PAC… », souligne Daniel Rondeau. Les trois voisins réfléchissent à une association. « Nous nous connaissions, nous avions les mêmes partenaires et nos outils se ressemblaient. Nous avons étudié la complémentarité de nos métiers et décidé d’arrêter l’atelier lait d’Amaury, plus intéressé par les cultures, pour se concentrer sur l’élevage laitier de mon exploitation. »

Partager les responsabilités

Tout l’élevage laitier est désormais concentré sur l’exploitation de Daniel Rondeau. « Amaury produisait 500 000 litres de lait, précise Daniel Rondeau. Nous pourrions donc en produire 1,5 million de litres. Mais le bâtiment est plein et nous n’allons pas dépasser 1,1 million de litres. » Pour remplacer les 500 000 litres de lait et parce qu’il y avait assez de surface pour nourrir plus d’animaux, les éleveurs se sont donc demandé comment valoriser le bâtiment vaches laitières d’Amaury sans le modifier. « Nous avons eu une opportunité avec la coopérative Cavac qui lançait une nouvelle filière d’engraissement de génisses croisées issues du troupeau laitier, explique Daniel Rondeau. L’objectif est de fournir des petites carcasses bien conformées pour les rayons libre-service de la grande distribution. » Les éleveurs reçoivent désormais à 3,5-4 mois des génisses issues de différents croisements (limousin, blanc bleu belge, charolais…). Ils les engraissent jusqu’à 18-20 mois, en bâtiment, avec du maïs et du correcteur azoté. Le Gaec a encore d’autres projets : aménager la cour de ferme d’Amaury pour que l’alimentation y soit assurée par la Cuma et investir peut-être un jour dans un nouveau bâtiment.

 

« Ce que j’aurais pu mieux anticiper »

• « Savoir que déléguer un atelier implique de s’en occuper quand même »

• « Déléguer les cultures à quelqu’un qui travaille à vingt kilomètres n’est pas si simple »

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