Grands troupeaux : maintenez-vous le pâturage de vos vaches laitières ?
Souvent, lorsque la taille du troupeau augmente, le pâturage est arrêté pour des questions de disponibilité de surfaces pâturables ou d’organisation du travail. Mais certains éleveurs le maintiennent pour garder de l’autonomie alimentaire.
Souvent, lorsque la taille du troupeau augmente, le pâturage est arrêté pour des questions de disponibilité de surfaces pâturables ou d’organisation du travail. Mais certains éleveurs le maintiennent pour garder de l’autonomie alimentaire.
Arthur Danière – Éleveur dans l’Orne
OUI. En plus de l’obligation de pâturage de l’AOP Camembert, j’ai toujours eu la conviction que faire pâturer mes vaches, c’est essentiel pour l’autonomie du système. Nous avons 240 vaches à la traite, essentiellement des normandes. Le pâturage vient en complément de la ration à l’auge en offrant une herbe de qualité au meilleur stade. Ce fonctionnement permet d’avoir une ration équilibrée et homogène tout au long de la période de pâturage, de limiter les variations alimentaires en cas de conditions compliquées pour l’herbe et ainsi d’assurer la quantité de lait livrée. Le pâturage est composé de 70 hectares de prairies temporaires divisées en paddocks de 1,5 hectare. Les vaches disposent d’un paddock par jour. Elles rentrent à une hauteur d’herbe de 20 cm environ et ressortent à 7-10 cm. Il n’y a pas de surpâturage. Au début du printemps, elles vont sortir la journée, puis progressivement aussi la nuit. L’été, on inverse : elles sortent seulement la nuit pour profiter des conditions plus fraîches. Nous sommes situés dans une vallée humide, la portance des sols est limitante à certaines périodes. Nous débutons le pâturage plus tard vers la mi-mars pour finir au 15 novembre.
Clément Nédellec – En Gaec dans le Gers
OUI. Quand nous avons créé notre atelier laitier, nous sommes partis sur un système en monotraite où tout est basé sur le pâturage avec des vêlages groupés de printemps. En partant de zéro, nous avons pu choisir la race qui correspondait. Nous avons actuellement 160 jersiaises à la traite. Nos sols sont peu portants, son petit gabarit est un atout pour allonger la saison de pâturage. Mon père élevait des charolaises, il les rentrait un mois plus tôt et les sortait un mois plus tard. Nous voulions aussi une vache avec de bons pieds car nos parcelles les plus lointaines sont situées à 1,8 kilomètre. Elle a aussi des atouts côté fertilité, comme ici 90 % des vêlages s’étalent sur six semaines, pour faire du lait quand il y a de l’herbe sur pied disponible. Dès qu’une vache vêle, on ne lui distribue plus aucun aliment à l’auge jusqu’à son tarissement. Si la météo le permet, nous faisons pâturer aussi l’hiver et nous complétons avec de l’ensilage d’herbe et du foin. Nos prairies sont en partie irriguées, sinon dans notre secteur du Gers cela serait difficile d’avoir de l’herbe toute l’année.
Jean-Baptiste Brossat – En Gaec dans le Rhône
NON. Nous avons arrêté le pâturage pour nos 190 vaches laitières pour nous faciliter le travail. Le nombre de vaches dans le troupeau a progressivement augmenté afin de produire plus de lait. Au début, nous maintenions le pâturage pour un lot d’une quarantaine de vaches. C’était chronophage car nous devions faire deux mélangeuses différentes. Notre exploitation est située à 700 m d’altitude et le parcellaire est souvent en pente, cela nous prenait du temps d’aller chercher les vaches pour la traite. La surface d’herbe disponible depuis la stabulation est de 17 hectares, ce qui n’est pas suffisant pour le troupeau. Maintenant, l’ensemble du troupeau est élevé dans une stabulation en logettes paillées. Mais l’herbe garde une place importante : elle représente 40 % de la ration des vaches. Nous avons 50 hectares de prairies temporaires que nous fauchons et nous faisons des dérobées avant les maïs pour assurer le stock en herbe. Cela nous permet d’avoir un fourrage de qualité pour produire en moyenne 8 500 l par vache.