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Fertilisation des prairies : ne faites pas l’impasse sur la fumure de fond

Dans les élevages, la fertilisation des prairies repose beaucoup sur la valorisation des déjections : c’est souvent l’azote qui détermine les doses et les minéraux sont parfois oubliés. Pourtant, les prairies ont besoin d’apports réguliers.

<em class="placeholder">prairie en hiver</em>
La fertilisation de fond vise à créer une bonne disponibilité des minéraux du sol pour les racines.
© A. Legendre

« Il arrive régulièrement que des éleveurs voient certains de leurs paddocks ou parcelles décrocher sans savoir pourquoi, explique Jean-Philippe Turlin, conseiller agronomique en Finistère. En analysant les pratiques, on constate que la fumure de fond n’est pas suffisante. Les omissions certaines années compliquées, avec des prix du lait bas, ont des répercussions sur les années suivantes ».

La fertilité des sols a été acquise au cours du temps et dépend de l’histoire de chaque parcelle. Le sol est le premier fournisseur de minéraux aux cultures, mais il est aussi le premier consommateur des minéraux apportés par la fertilisation et la fixation aux particules du sol. Les apports excédentaires passés ne sont pas facilement disponibles pour les cultures. Ainsi, la fertilisation de fond vise à créer une bonne disponibilité des minéraux du sol pour les racines. On ne cherchera pas une précision dans les doses mais un ordre de grandeur.

Faire des apports réguliers en phosphore et potassium

Plus la teneur en minéraux d’un sol est faible, plus les minéraux sont fortement retenus par celui-ci. Or, toutes les cultures ne sont pas égales face à un même niveau de disponibilité d’un nutriment dans le sol et on les classe en trois niveaux « d’exigence ». Cette notion d’exigence est liée à la capacité des racines à extraire les minéraux retenus par le sol. Mais il est important de ne pas confondre « l’exigence » avec les « besoins » d’une culture qui représentent une quantité d’éléments absorbés. Des cultures de faible exigence, comme un blé par exemple, peuvent avoir de forts besoins. L’herbe a une exigence moyenne en phosphore (P) comme en potassium (K). Les légumineuses sont gourmandes en potasse et nécessitent des apports réguliers.

La fertilisation de fond prend aussi en considération deux seuils de teneur du sol : un seuil haut au-delà duquel un apport n’est pas nécessaire, et un seuil bas en dessous duquel il faut apporter au sol sensiblement plus que ce que la culture exportera. Dans l’idéal, il faut se reporter aux valeurs indicatives du Comifer, régionalisées par Arvalis. En première approche, des moyennes d’apports de 70 à 80 kg P2O5 et de 100 à 150 kg K2O sont des bases acceptables.

 

 
<em class="placeholder">vaches dans pâture</em>
Pour une prairie pâturée, l’essentiel des minéraux ingérés par les animaux est restitué, il y a peu d’exportations. © Chambre d’agriculture de Bretagne

Dans les sols pauvres où il est nécessaire de renforcer cette dose, on ne cherchera pas à « redresser » rapidement la teneur du sol. Pour la plupart des cultures, au-delà d’une fois et demie la dose d’entretien, on n’observe pas de supplément de rendement, l’enrichissement du sol jusqu’à la teneur souhaitée se fera progressivement.

Recommandations d’apports P et K supplémentaires sur prairie 
si les pratiques de fertilisation par effluents sont régulières (unité/ha)
 2 fauches puis pâturage1 fauche puis pâturagePâturage
Potentiel de rendementPKPKPK
Élevé (> 8 t MS/ha)5090307000
Moyen (6 - 8 t MS/ha)307004000
Faible (< 6 t MS/ha)0400000
Avec la fauche, on exporte du phosphore et de la potasse sans avoir de restitutions par les animaux.

Inversement, dans les sols riches, on ne fera pas plus de deux impasses de suite pour les cultures à moyenne ou forte exigence. On réalisera donc des apports réguliers en phosphore et potassium, même si la teneur du sol n’a pas sensiblement baissé.

Le saviez-vous ?

Le phosphore est peu mobile dans le sol. Ainsi, même en sol riche, des carences en P peuvent être induites par des problèmes d’obstacle à l’enracinement tels que tassements, températures basses, pH faible, etc. Ceci est d’autant plus vrai aux stades jeunes de la culture. Un apport localisé sera plus efficace qu’un apport en plein.

Ne pas oublier le magnésium

Le magnésium (Mg) est aussi un élément à surveiller, notamment lorsqu’un apport d’amendement basique est envisagé. En effet, en cas de carence, on pourra apporter de la chaux magnésienne, bien moins chère que les apports de magnésie seule. Attention toutefois à ne pas surdoser l’apport. Une trop forte teneur en magnésium dans le sol peut entraîner une déstructuration du sol et d’autres carences.

Enfin, au-delà du raisonnement de la dose à l’année et à la culture, il est bon de réfléchir à l’échelle de la rotation. En effet, selon la succession de cultures (présence de résidus de récoltes ou non), la productivité et le mode d’exploitation, les exportations de minéraux peuvent être très différentes. Pour une prairie pâturée par exemple, l’essentiel des minéraux ingérés par les animaux est restitué : il y a donc peu d’exportations. Si cette même prairie est seulement fauchée, comme pour les autres fourrages récoltés, les exportations sont 8 à 10 fois plus fortes.

Jean-Philippe Turlin, conseil agronomique en Finistère

« Ceux qui réfléchissent bien leur fumure de fond sont forcément gagnants »

 
<em class="placeholder">Jean Philippe Turlin</em>
© Chambre d’agriculture de Bretagne

« La gestion de la fertilisation des prairies peut être est complexe, surtout lorsqu’elles sont pâturées et fauchées. Il faut d’abord savoir observer : quelqu’un qui sait gérer la fertilisation azotée pour favoriser le trèfle, mais qui voit que sa répartition n’est plus homogène ou que des trous se forment, c’est souvent le signe d’un manque de minéraux. Les analyses de sols ou foliaires sont très utiles, mais présentent les résultats moyens d’une parcelle… et pas ceux de chaque paddock. On verra notamment des différences entre les paddocks proches des bâtiments et ceux plus éloignés qui sont débrayés. La quantification des vers de terre est également un bon indicateur. Enfin, le plan de fumure est un super outil, à condition qu’il soit bien renseigné, il encourage à se poser une fois par an pour réfléchir à la gestion globale de sa fertilisation. Certains font le choix de la simplicité en apportant tous les ans des doses restreintes sur toutes les prairies, c’est une bonne solution si on n’oublie pas d’apporter d’avantage aux parcelles fauchées. »

Mise en garde

Lors d’un labour profond, les fertilisants qui sont concentrés en surface vont être dilués dans un grand volume de sol, le stock sera le même mais leur disponibilité sera plus faible.

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