Dérobées : « Avec l’association ray-grass et légumineuses couplée aux méteils, nos silos d’herbe sont remplis pour toute l’année dès le printemps », en Saône-et-Loire
Le Gaec de la Verne, en Saône-et-Loire, récolte depuis vingt ans des dérobées avant maïs pour sécuriser le stock d’herbe. Des associations ray-grass-trèfles-vesce et un méteil sont réalisés pour apporter à la fois quantité, MAT et fibres.
Le Gaec de la Verne, en Saône-et-Loire, récolte depuis vingt ans des dérobées avant maïs pour sécuriser le stock d’herbe. Des associations ray-grass-trèfles-vesce et un méteil sont réalisés pour apporter à la fois quantité, MAT et fibres.
« Les dérobées nous permettent d’avoir de l’herbe de qualité pour augmenter notre autonomie. Au printemps, notre stock d’herbe pour l’année est réalisé grâce aux dérobées », témoigne Francis Fatet, un des quatre associés du Gaec de la Verne, en Saône-et-Loire. Les rendements de maïs sont de 10-12 tonnes de matière sèche en moyenne mais assez irréguliers car sensibles aux conditions du secteur, soit trop sèches, soit trop humides.
Alors pour assurer la production de lait, les éleveurs misent sur l’herbe. 30 hectares de ray-grass italien associé avec des trèfles et de la vesce velue sont conduits en dérobées avant maïs. Une association de plusieurs espèces permettant d’avoir du volume et une teneur en MAT importante. En complément, pour ajouter de la fibre dans la ration, 10 hectares de dérobées sont implantés en méteil.
Les méteils sont ensilés et mélangés au silo avec les ray-grass-légumineuses. « Nous faisons une première couche de ray-grass-trèfles-vesce, puis une de méteil et à nouveau du ray-grass-trèfles-vesce pour avoir la même proportion toute l’année », complète les éleveurs.
« Cela nous permet d’avoir un ensilage en quantité avec de bonnes valeurs alimentaires et de pouvoir limiter notre dépendance au maïs et au correcteur azoté », complète Francis Fatet.
Le ray-grass dans les parcelles drainées
L’exploitation est située à la fois sur des sols en limon blanc séchant, mais aussi sur des sols sableux qui sont séchants ou très humides en fonction de la météo. Aussi, 80 % des surfaces sont drainées.
L’association des ray-grass-légumineuses est surtout privilégiée dans les parcelles drainées car l’objectif est de faucher de bonne heure et de les libérer tôt. Les méteils sont implantés dans les parcelles non drainées même s'ils n’aiment pas trop l’eau. « Cela nous impacte beaucoup moins de louper un méteil », justifient les éleveurs. Ils sont récoltés un mois plus tard que les ray-grass pour leur laisser davantage de temps pour se développer.
Fiche élevage
4 associés
504 ha de SAU dont 351 ha en culture (maïs, blé, orge, triticale, soja, colza, tournesol) et 153 de prairies (dont 100 ha inondables).
130 vaches laitières montbéliardes et croisées
8 500 l de lait produit en moyenne
AOP crème et beurre de Bresse
L’association ray-grass-légumineuses affiche 8 tonnes de matière sèche
Sur l’exploitation, le ray-grass en dérobées n’a jamais été implanté en pur. Le mélange utilisé cette année compte 30 % ray-grass italien alternatif 2n, 10 % ray-grass italien alternatif 4n, 25 % vesce velue, 15 % trèfle squarrosum, 12,5 % trèfle incarnat et 7,5 % trèfle de Micheli.
« La diversité d’espèce dans le mélange nous permet de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier » justifient les éleveurs. Cette composition a évolué au fil des années et des résultats. « Au tout début, nous utilisions seulement du trèfle incarnat. Puis on a incorporé au mélange du trèfle flèche, aussi appelé vésiculé. Mais cette espèce s’apparente à un trèfle nain. Il avait du mal à se développer et à être présent dans le fourrage final. »
La vesce velue a été introduite en 2025 dans le mélange. L’objectif est d’augmenter le volume de légumineuses et le taux de MAT. « Elle démarre rapidement en sortie d’hiver et elle est plutôt agressive et se développe bien vis-à-vis du ray-grass. » Cependant, elle est sensible au froid, « s’il y a une semaine à -10 °C, ce qui peut être le cas dans notre secteur, la vesce velue est impacté. D’où l’importance de l’associer aux trèfles ».
Le semis a été réalisé le 2 septembre avec une dose de 35 kilos par hectare. Celui-ci n’est pas réalisé trop tôt pour ne pas avoir de coupe automnale. Les éleveurs en réalisent quand même deux au printemps. « Cela nous permet d’optimiser la qualité en fauchant au meilleur stade sans dégrader la quantité grâce aux deux coupes. » Cette année, lors de la première coupe, il y avait peu de vesces et de trèfles, puis tout est apparu pour la seconde coupe. Le rendement est de 8 tonnes de matière sèche pour les deux coupes pour une moyenne de 19,8 de MAT et 0,96 UF. « Avec 16 de MAT, nous apportons 1-1,5 kilo de soja. Avec ces résultats, nous espérons pouvoir diminuer », ajoutent les éleveurs
Au niveau de la fertilisation, 30 m3 de lisier, avec une teneur de 3 unités d’azote par mètre cube sont apportés avant le semis. Ensuite, 90 unités d’azote sont apportées en deux passages avant la première coupe puis 50 unités d’azote avant la deuxième coupe.
Le méteil pour apporter de la fibre dans la ration
Les méteils ont été implantés en dérobées pour apporter de la fibre dans la ration. Le mélange est composé de blé ou de triticale selon la disponibilité sur l’exploitation. Le triticale a l’avantage d’être moins précoce ce qui laisse le temps aux légumineuses de se développer. À cela s’ajoutent deux vesces, du trèfle incarnat et du pois. Le seigle forestier a été utilisé pendant deux ans mais a été écarté. « Cela permettait de faire du volume, mais la qualité était moins bonne. Il arrive trop rapidement à maturité par rapport aux autres espèces du mélange », complète les éleveurs.
Pour la fertilisation, un apport de 30-40 unités d’azote est réalisé autour du 15 mars. Le rendement en méteil est de 3,3 tonnes de matière sèche pour une valeur azotée de 12 MAT et 0,7 UF.
Autre avantage du méteil : la terre est plus meuble ensuite. Le travail du sol est simplifié avec un déchaumage et l’implantation du maïs est facilitée.
Un coût de semences plus élevé mais maîtrisé
Le coût des semences du mélange ray-grass-légumineuses est de 140 euros par hectare. « Nous rentabilisons aussi le coût de semences à faire deux coupes. En ray-grass pur, on avoisinerait 100 euros par hectare », justifie Francis Fatet.
Pour le méteil, le coût des semences est d’environ 170 euros par hectare sans prendre en compte la céréale. « Pour limiter les coûts, nous avons tenté de moissonner les méteils. Mais s’il était trop sec, les graines de pois et de vesce avaient tendance à se casser. Et dans le cas contraire, l’humidité dégradait la conservation. »
Ces charges de semences plus élevées permettent quand même une efficience économique du troupeau. Le coût de ration, qui intègre les coûts des semences et d’implantation, est de 104 euros pour 1000 litres quand celui du groupe est à 160 euros pour 1000 litres.