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« Avant d'installer le robot, j’ai dû investir dans un déferriseur d’eau », en Mayenne

Face à un taux de fer vingt fois supérieur aux préconisations, Benoît Aubry éleveur laitier en Mayenne a fait installer un système de traitement de l’eau permettant d’assurer la qualité et le débit nécessaires pour les robots de traite.

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« L’eau, en termes de débit, pression et qualité, fait partie du projet robot à part entière » estime Benoît Aubry.
© V. Bargain

Pour Benoît Aubry, de l’EARL Haute Chevalerie, l’anticipation est un maître mot dans tout projet. « Avant l’arrivée de mes deux robots fin 2024, j’ai regardé en amont tout ce qui pouvait être important pour leur fonctionnement et le confort de travail, explique-t-il. Des robots coûtent cher. Il faut qu’ils fonctionnent bien. En termes de débit, de pression et de qualité, l'eau fait partie du projet robot à part entière. » L’exploitation de 130 vaches laitières pour 1,5 million de litres de lait utilise l’eau d’un forage de 69 mètres de profondeur créé en 2012. « Son débit est suffisant, mais l’eau est très riche en fer. En salle de traite, il n’y avait pas de problème, mis à part de la rouille aux robinets, le carrelage qui rougissait. Un taux de fer trop élevé peut par contre encrasser un robot et gêner son fonctionnement. »

Une mesure de la qualité de l’eau réalisée par Seenovia a montré le jour de la visite un taux de fer de 4 mg/l, très supérieur aux préconisations de 0,2 mg/l, et un taux de manganèse de 0,5 mg/l, dépassant les préconisations de 0,05 mg/l.

Déferriseur et cuve de stockage

Benoît Aubry a donc décidé d’investir dans un système de traitement de l’eau. Il a fait appel pour cela à Damien Bellanger, spécialiste du traitement de l’eau, basé non loin de là et très réactif. Le choix s’est porté sur un déferriseur constitué d’un filtre à sable colonisé par des bactéries qui tirent leur énergie de l’oxydation du fer, avec injection d’air pour favoriser le développement des bactéries. La nuit, un nettoyage automatique est réalisé pour évacuer les oxydes de fer. « Il n’y a pas de consommables, qui ont un coût et qu’il faut gérer » apprécie l’éleveur. Le déferriseur, qui capte aussi un peu de manganèse, est complété par un apport de chlore, les analyses ayant montré qu’un traitement bactériologique de l’eau était également nécessaire.

 

 

L’éleveur a aussi investi dans une cuve de stockage de 7500 litres permettant un fonctionnement régulier du déferriseur et une alimentation continue des robots, indépendamment de la demande en eau. L’eau est mise sous pression en sortie de cuve grâce à une pompe à débit variable, avec une consigne de 4,2 bars. Enfin, Benoît Aubry s’est équipé de compteurs d’eau en sortie du déferriseur et à différents endroits de l’élevage.

Un investissement de 19 000 euros

L’ensemble a été installé dans l’agrandissement créé au bout de la stabulation, qui abrite aussi la partie technique des robots, un vestiaire et la laiterie. « Le ballon recevant l’eau du forage était dans la partie privée, dans un ancien local trop petit pour y installer le système de traitement de l’eau, indique l'éleveur. Nous en avons profité pour le ramener près du bâtiment. Ainsi, tout est regroupé au même endroit et nous pouvons voir facilement s’il y a un problème sur l’installation. »

 

 
<em class="placeholder">Une pompe à débit variable assure une pression de 4 bars pour les robots.</em>
Une pompe à débit variable assure une pression de 4 bars pour les robots. © V. Bargain

Au total, 19 000 euros ont été investis pour traiter l’eau. Le seul problème restant est l’encrassement de la pompe du forage, qui peut entraîner une baisse de la pression. « Nous devons la relever tous les trois mois pour la décrasser, précise Benoît Aubry. Cet entretien est assuré régulièrement avec des rendez-vous programmés à l’avance. Si la pression descend sous 3 bars, pour plus de tranquillité, je passe sur le réseau public pour quelques jours, le temps que l'intervenant vienne décrasser la pompe. »

Avis d’expert : Samuel Duval, consultant Eau chez Seenovia

« Un choix technique et économique »

 

 
<em class="placeholder">Samuel Duval, consultant Eau chez Seenovia</em>
© Seenovia

« Le facteur eau peut être majeur dans la performance et la durabilité d’un robot. Chaque fabricant a des préconisations spécifiques en termes de qualité de l’eau, avec des taux maximum de calcaire, fer et manganèse.

Un excès de calcaire entartre les systèmes de production d’eau chaude ou de vapeur du robot, mais aussi les caméras, avec à la clé une baisse de performance des équipements. Il faut alors envisager l’installation d’un adoucisseur d’eau.

Si les taux de fer et/ou manganèse sont trop élevés, cela entraîne l’encrassement des canalisations, électro-vannes, filtres, etc. et conduit à un mauvais fonctionnement du robot, occasionnant des frais de maintenance plus élevés. Il faut donc investir dans un système qui enlève le fer et/ou le manganèse. Le mieux est de contacter une société spécialisée dans le traitement de l’eau ou son concessionnaire. L’investissement peut atteindre 25 000 euros, auxquels s’ajoutent 500 euros par an minimum de maintenance et consommables.

Environ 20 % des éleveurs ayant un problème de fer ou manganèse choisissent donc de ne pas investir pour traiter l’eau de forage et raccordent le robot au réseau. Un robot consomme 35 litres d’eau pour 100 litres de lait, ce qui pour 800 000 litres de lait par an représente 280 m³ d’eau, soit un coût annuel de 170 à 620 euros. Le choix de l’une ou l’autre option est donc économique.

Un robot nécessite aussi un débit et une pression de l’eau minimum, faute de quoi il envoie une alerte à l’éleveur. Il est donc important de regarder avec ses conseillers et son concessionnaire s’il n’y a pas de problème récurrent de débit ou pression qui entraîneront des alertes intempestives. Cela peut nécessiter d’investir dans une cuve de stockage dédiée au robot, pour que l’alimentation en eau du robot ne soit pas dépendante du débit du forage ou du traitement d’eau. »

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