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Au Gaec Héluard, les effluents couvrent la moitié des besoins en azote

Dans le Morbihan, Rozenn et Gilles Héluard valorisent au mieux les engrais organiques pour réduire la facture des engrais minéraux. Le plan de fumure, imposé par la réglementation, est l’outil de cette optimisation.

« En Bretagne, les éleveurs sont de plus en plus conscients que leurs effluents ont de la valeur. Ils cherchent à les valoriser au mieux, quitte à en importer sur l’exploitation, pour réduire les achats d’engrais minéraux », témoigne Louis-Marie Léopold, conseiller agronomie au sein des chambres d’agriculture de Bretagne. Cette optimisation de l’usage des effluents, c’est exactement ce que recherche le Gaec Heluard (Rozenn et Gilles), à Ploërmel dans le Morbihan. Le couple élève 80 vaches laitières, exploite 165 ha et produit 700 000 litres de lait. L’exploitation se situe en zone séchante (moins de 60 cm de profondeur de sol, 700 mm d’eau/an). Les logettes des laitières sont abondamment paillées (4 kg/VL/jour). Les génisses sont logées sur litière accumulée. L’exploitation dispose ainsi de 950 tonnes de fumier mou (valeurs : 4,6 N/2,5 P/7 K) et de 300 tonnes de fumier pailleux (6 N/4 P/11 K). Les eaux blanches et vertes sont récupérées dans une fosse avec bassin tampon de sédimentation relié à un asperseur. Cela représente 440 m3 d’effluent par an, mais de faible valeur (0,4 N/0,2 P/0,5 K). Le Gaec achète 150 tonnes de fiente sèche de volaille (45 €/tonne), un engrais organique normé, complet, très riche (37 N/27 P/21 K) et « qui n’a aucune odeur », précise Gilles Héluard. Il récupère également 220 tonnes de boues de station d’épuration (10 N/8 P/1 K).

 

 
Les logettes sont paillées avec 4 kg de paille ce qui permet d’avoir un fumier mou qui se tient bien. © Gaec Héluard

 

« Respecter l’équilibre à la parcelle »

Située dans la zone de captage de la ville de Ploërmel, l’exploitation est en zone d’action renforcée (ZAR) vis-à-vis de la directive nitrates. Plutôt que de considérer le plan de fumure prévisionnel uniquement comme une obligation réglementaire, les éleveurs se le sont appropriés pour en faire un outil d’optimisation de la fertilisation. « Nous le construisons ensemble, apprécie le conseiller, avec la volonté d’éviter des apports inutiles d’engrais minéraux. » Le plan de fumure repose avant tout sur la gestion de l’azote. La première étape consiste à construire l’assolement de la future campagne et à définir les besoins en azote sur chaque parcelle. L’objectif de rendement doit être cohérent par rapport à la moyenne olympique (sans compter le plus faible et le plus fort) des cinq années passées. « Ensuite, nous évaluons le volume prévisionnel d’effluents, à partir de l’effectif animal, et les prévisions d’achats et de mise à disposition. Puis, nous les répartissons au mieux sur l’exploitation de façon à respecter l’équilibre à la parcelle », explicite le conseiller agronomie. La directive nitrates impose de ne pas dépasser 170 unités d’azote organique total par hectare. Mais, les boues et les fientes étant des produits normés, elles n’entrent pas dans le calcul de ce seuil. Pour définir les doses d’effluents nécessaires à la couverture des besoins en azote, seules sont prises en compte les unités d’azote efficace (uN), c’est-à-dire la fraction qui sera disponible l’année de l’apport. Il reste ensuite à calculer les doses d’azote minéral nécessaires en complément pour couvrir les besoins des cultures. Ce plan de fumure est réajusté en fin d’hiver selon les reliquats d’azote des sols évalués par les organismes techniques.

 

 
Mis en tas de 3 à 4 mètres de haut, le fumier mou est épandu sans difficulté avec un épandeur à hérissons verticaux. © Gaec Héluard

Fumier mou, fientes et boues sur le maïs

Trois rotations principales se côtoient sur l’exploitation. L’une avec légumes/blé/maïs/blé et Cipan (culture intermédiaire piège à nitrates). L’autre avec blé/maïs et dérobée de RGI et trèfle incarnat entre les deux. Et, enfin les prairies, qui sont renouvelées tous les six ou sept ans en intercalant un maïs avant de réimplanter de l’herbe. La fumure du maïs est calculée pour un objectif de rendement de 15 tMS/ha. Au cours de la campagne 2019, il a été fertilisé avec 30 t/ha de fumier mou (ou 13 t/ha de boues) et avec 2 à 3,5 t/ha de fientes de volaille. Ces dernières ont une efficacité azote de 65 % sur maïs. Épandues à faible dose, elles permettent d’ajuster les apports d’azote aux besoins. Un engrais stater est apporté au semis (23 kg de 11-50). Au total, il reçoit de 75 à 105 unités d’azote efficace/ha et, quand il est précédé d’un ray-grass italien, 130 unités en comptant la fertilisation du dérobée. Quand il s’intercale entre deux prairies, il n’est pas fertilisé. Le maïs absorbe la totalité des boues et quasiment tout le fumier mou dont l’azote est un peu plus efficace l’année d’apport (25 %) que celui du fumier pailleux (10 %). L’efficacité azote des boues est intermédiaire (20 %). Une petite partie des fientes est destinée aux haricots. Les eaux blanches et vertes sont épandues par asperseur toute l’année sur les pâtures proches du corps de ferme. Quant au fumier pailleux, il est réservé aux prairies de fauche (30 t/ha à l’automne). Les céréales ne sont fertilisées qu’avec de l’azote minéral. La dose est ajustée à l’aide de l’application Farmstar basée sur des images satellites. En 2019, l’exploitation a acheté 28 tonnes d’urée dont 4 tonnes pour les prairies - 37 uN/ha sur toutes les prairies en fin d’hiver - et le reste pour les céréales ainsi que 4 tonnes de chlorure de potasse et 4 tonnes de nitrate de chaux pour les pois de conserve. Les effluents d’élevage assurent la moitié des apports d’azote. Et, la balance azotée (apports – exportations), qui ne doit pas dépasser + 40 uN/ha en zone d’action renforcée, est ici parfaitement respectée.

Chiffres clés

• 165 ha de SAU dont 30 de maïs ensilage, 37 de prairies (ray-grass anglais et trèfle blanc), 63 de céréales, 20 de maïs grain, 15 de légumes de plein champ (pois de conserve et haricot vert en double culture annuelle)
• 80 vaches laitières pour une production de 700 000 litres de lait

L’épandage est délégué

Les effluents d’élevage et les fientes sont épandus par une ETA et immédiatement enfouis par l’éleveur. « L’entreprise est équipée d’un épandeur à table d’épandage avec DPA et autoguidage qui permet de faire des dosages à moins d’1 t/ha sur 12 m de largeur », précise Gilles Héluard. Les boues sont épandues par une entreprise mandatée par la communauté de communes.

Les fumiers remplacés par du digestat

Depuis cet hiver, le Gaec Héluard apporte les fumiers à une unité de méthanisation construite par un agriculteur. Elle ne reçoit que des effluents d’élevage. Le Gaec récupérera sous forme de digestat l’équivalent en azote des effluents qu’il amène. Ce qui devrait représenter 1 850 m3. Le digestat n’a pas encore été analysé mais il devrait afficher une valeur azote d’environ 3,5 unités. Son avantage : il est beaucoup plus riche en azote efficace (70 % sur le maïs) que le fumier. Pour éviter les pertes d’azote ammoniacal, il sera épandu avec une rampe à pendillards et enfoui immédiatement. Les pratiques de fumure vont être fortement modifiées. Ne nécessitant pas d’être épandu à l’avance comme le fumier, cela donnera beaucoup plus de souplesse dans son utilisation. Le digestat sera épandu sur le maïs à la dose de 25 m3/ha, ce qui représentera 61 uN efficaces. Le complément sera apporté par des fientes à des doses inférieures à celles des années passées (de 0,9 à 2,2 t/ha). Comme beaucoup d’agriculteurs, Gilles Héluard n’a pas pu implanter toutes ses céréales à l’automne dernier. Il prévoyait de les remplacer par de l’orge de printemps, qui sera fertilisée au semis avec des fientes (50 uN/ha). Il devrait rester du digestat pour les prairies de fauche.

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