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Alimentation animale : halte aux idées reçues sur les coproduits

Localement, il est possible de jouer davantage la carte des coproduits pour alimenter les troupeaux de vaches laitières. Pourtant, cette ressource reste encore souvent boudée des éleveurs, en dehors d'année avec aléas climatiques. Démêlons le vrai du faux sur les craintes que suscitent les coproduits.

silos de coproduits
Disposer de capacités de stockage adaptées est le premier frein à lever pour être en mesure de travailler avec des coproduits.
© S. Lartisant

La conservation des coproduits pose toujours problème : FAUX

« Les coproduits secs se conservent trois à quatre mois sans problème, assure Jérôme Larcelet, de Seenorest. Pour les coproduits humides, mieux vaut les stocker en mélange avec d’autres matières premières pour limiter les pertes par jus ainsi que les mauvaises odeurs. » Externalisés à des prestataires spécialisés ou réalisés directement à la ferme, ces mélanges contribuent à une meilleure stabilité de conservation. « Des mélanges complexes sont possibles mais une association simple, alliant par exemple des drêches de brasserie avec une céréale, peut très bien faire l’affaire. »

Une enquête terrain récente sur l'utilisation des coproduits dans le Grand Est a montré une absence totale de jus sur 80 % des silos et un peu d’écoulement sur 15 %. La conservation a été jugée bonne dans 77 % des silos suivis avec une bonne acidification (pH inférieur à 4,2) et peu de présence d’azote ammoniacal sur l’ensemble des silos. « L’investissement dans des silos adaptés à un avancement rapide, pas très hauts et pas trop larges, est une condition sine qua none pour un stockage dans de bonnes conditions. »

La reprise se montre plus compliquée : VRAI

Sans mélangeuse ni moyen de pesée, la reprise et la distribution des coproduits risquent de s’avérer fastidieuses et de ne pas faciliter une incorporation homogène, sans risque de déséquilibre alimentaire dans la ration. Selon le type de coproduits, l’imprécision des quantités peut se montrer préjudiciable, notamment avec ceux utilisés pour équilibrer les rations comme les drêches de brasserie ou de blé.

La qualité des coproduits fluctue : VRAI ET FAUX

« Derrière une même dénomination de coproduit se cache une batterie d’aliments différents », pointe Stéphane Lartisant, du BTPL. En raison du process de fabrication, chaque coproduit est spécifique de l’usine d’où il provient. Ses valeurs peuvent fortement varier. « C’est particulièrement le cas pour les drêches de brasserie, mais aussi pour le corn gluten feed ou le wheat feed. » Un éleveur s’approvisionnant toujours auprès de la même usine n’aura pas de grande surprise quant à la variation de qualité de produit d’une livraison à l’autre. Par contre, en passant par des négociants, mieux vaut toujours connaître la provenance. « Entre un gluten de blé de Tereos ou de Roquette, il peut y avoir deux à trois points d’écart sur la MAT et 0,1 d’UFL », illustre le conseiller.

Concernant les mélanges de coproduits, si seule la teneur en MAT et UF est garantie, la composition peut fluctuer d’une livraison à l’autre, avec des mélanges à l’aspect et au profil complètement différents, et tous les fournisseurs n’affichent pas la composition du mélange livré.

La disponibilité en coproduits est souvent limitée : VRAI ET FAUX

Beaucoup d’éleveurs ont recours aux coproduits ponctuellement pour faire face à un manque de stock suite à un aléa climatique. Face à une forte augmentation de la demande ces années-là, tout le monde ne peut pas être servi. Par contre, les clients réguliers qui commandent tous les ans sont plus sûrs d’être approvisionnés quel que soit le contexte.

« L’une des solutions pour sécuriser l’approvisionnement en coproduits est la contractualisation, relève Alice Berchoux, d’Idele. Comme cela se fait pour les drêches de brasserie avec l’Association des éleveurs de l’Est, justement créée dans l’objectif de garantir des volumes et des prix raisonnables aux producteurs en s’engageant sur plusieurs années. » D'autres schémas de contractualisation sont possibles via des négociants ou en direct avec les industriels de l’agroalimentaire.

L’offre en pulpes surpressées s’est réduite : VRAI

« Entre 2017 et 2024, le volume de pulpes surpressées produites s’est réduit de 20 % », indique Mélanie Blondiaux, de Tereos. En cause : la diminution des surfaces, des rendements et de la qualité des betteraves sucrières. Jusqu’à présent, les coopérateurs ont été peu impactés. Parmi eux, seuls quelques dizaines d’éleveurs avec un profil « petits betteraviers » et « gros » consommateurs de pulpes ont dus être rationnés en pulpes. Mais a priori, 100 % des besoins des coopérateurs devraient être honorés cette année. Par contre, les non-coopérateurs ont vu leurs volumes se réduire d’un tiers en 2023 (par rapport à la référence 2020), de deux tiers en 2024 et ils devront se passer de pulpes à partir de 2025, à moins de devenir coopérateurs (minimum 500 t/an, soit 6 à 7 hectares emblavés) pour sécuriser leur approvisionnement en pulpes.

Le prix des coproduits n’est pas compétitif : FAUX

« En comparaison du prix des aliments du commerce, les coproduits restent largement mieux placés », indique Stéphane Lartisant. Toutefois, comme les autres matières premières, leur prix suit l’évolution des cours mondiaux et fluctue en fonction de l’offre et de la demande. « L’an dernier, avec la sécheresse, la demande en corn gluten feed se révélait cinq fois plus élevée qu’aujourd’hui et son prix avait atteint 135 €/t, contre 85 €/t actuellement. » Autre exemple cet été, avec les drêches de brasserie dont le prix a bien baissé du fait d’une activité plus soutenue des brasseurs en prévision des JO.

« Les coproduits continuent de présenter un intérêt économique dans les rations, mais il serait faux de penser qu’ils sont pour autant systématiquement rentables, nuance Alice Berchoux. Si ce postulat était vrai il y a une dizaine d’années, ce n’est plus le cas. D’où l’intérêt de calculer un prix d’opportunité, possible avec l’outil Optim’Al, et de vérifier, selon les contextes, si tel ou tel coproduit vaut le coup économiquement. »

Il faut aussi veiller à comparer ce qui est comparable, en prenant la bonne référence. « Le prix d’une drêche de brasserie, par exemple, se comparera davantage à celui d’un tourteau tanné plutôt qu’à celui d’un tourteau de colza ou de soja non protégé », prévient Jérôme Larcelet.

Les plus

Riche en protéine et énergie

Ressource locale non OGM

Pas en concurrence avec l’alimentation humaine

Prix attractif par rapport aux aliments composés

Les moins

Variabilité qualitative selon l’origine

Risque sur les butyriques

Stockage adapté

Une concurrence accrue de la méthanisation

La méthanisation est un nouveau débouché apprécié des industries agroalimentaires, leur permettant d’écouler des volumes conséquents de coproduits, de façon régulière et avec une moindre exigence de qualité nutritionnelle. « Cette concurrence crée des tensions en termes d’approvisionnement et de prix, alerte Stéphane Lartisant, du BTPL. Un arbitrage des pouvoirs publics et une réelle volonté politique est nécessaire pour garantir de bonnes conditions d’accès aux éleveurs. Et, de leur côté, ces derniers doivent aussi jouer le jeu de la régularité en contractualisant des volumes dans la durée, et pas uniquement en misant sur des achats opportunistes en solution d’appoint. »

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