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FranceAgriMer
Une maigre récolte céréalière en 2011 et un marché mondial bouleversé

On ne peut pas encore mesurer l’impact du retour de la pluie sur les rendements, mais une très grande hétérogénéité est prévisible.

Le conseil spécialisé Céréales de FranceAgriMer du 8 juin a présenté une hypothèse de récolte 2011 de blé tendre de 30,9 Mt, étant entendu qu’il ne s’agit pas d’une prévision formelle mais d’un calcul opéré en tenant compte des trois dernière grandes sécheresses (1959, 1976 et 2003) avec les variations de rendements reporté sur la moyenne quinquennale. Il faut donc considérer cette méthode empirique comme une appréciation plausible. FranceAgriMer, comme chaque année d’ailleurs, ne présentera pas de première estimation de récolte avant juillet et cette estimation sera révisée au moins pendant les premiers mois de la campagne au fur et à mesure, notamment de l’avancement de la moisson et des livraisons aux organismes stockeurs. On ne peut pas encore mesurer l’impact du retour de la pluie sur ces rendements ; il y aura de toute manière moins d’épis. Mais les précipitations peuvent permettre d’améliorer le poids des grains. Une très grande hétérogénéité des rendements est cependant prévisible.

Comment répartir la collecte de blé tendre entre les différents débouchés ?
    Quoi qu’il en soit, chacun s’accorde à envisager une petite récolte et le chiffre avancé par FranceAgriMer apparaît comme une base de réflexion plausible pour dessiner les contours de la prochaine campagne. Les 30,9 millions de tonnes de production de blé tendre fourniraient une collecte commercialisable (après la retenue d’une utilisation à la ferme de l’ordre de 8,5 % de la récolte) de 28,5 Mt, contre 32,9 Mt pour cette campagne et 33,2 Mt en 2009/2010 ; en 2007/2008, la collecte n’avait pas dépassé 27,2 millions de tonnes.
    Pas de panique conseille donc le président du Conseil spécialisé, Rémi Haquin. Il y aura de quoi répondre aux besoins intérieurs, notamment pour l’alimentation animale et aux ventes sur l’Union européenne (6 à 7 Mt), la pénalisation venant de l’exportation vers les pays tiers. Là aussi, les sorties pourraient se situer à 6 Mt ou 7 Mt contre un record absolu, cette campagne, de 13,2 Mt, dont 12,5 Mt chargées au 1er juin. Néanmoins, la France disposerait d’un disponible exportable de l’ordre de 14 Mt, soit la moitié de la collecte et sa vocation exportatrice de céréales ne saurait être fondamentalement remise en cause, insiste Rémi Haquin.

Le retour de la mer Noire sur le marché international
    De toute manière, nos exportateurs n’auraient pas trouvé le même boulevard dégagé que lors de cette campagne, car la concurrence de l’origine mer Noire revient sur la place internationale. Ce qui d’ailleurs sera un élément d’équilibre de ce marché privé des mêmes ressources que durant la présente campagne.
    Les estimations de capacité d’exportation (blé tendre et blé dur) de la Russie passeraient de 3,7 millions de tonnes cette campagne à 18,8 Mt, l’Ukraine de 3,8 Mt à 9,3 Mt et le Kazakhstan de 5,2 Mt à 8 Mt. En revanche, les Etats-Unis perdraient 11 Mt, à 23,9 Mt, l’Union européenne se maintenant à peu près à 20,8 Mt et l’Australie tombant de 16,8 Mt à 13,2 Mt. Les exportations mondiales totales progresseraient de 5 % à 127,8 Mt.

Vers une production d’orge en chute libre cette année
    Pour ce qui est de l’orge, une très faible récolte et une hétérogénéité extrême sont inéluctables (au vu des premières coupes réalisées en Poitou-Charentes qui font ressortir des écarts de plus de 50 q/ha). Les premières estimations du ministère de l’Agriculture, dans sa note de conjoncture sur l’état des cultures au 1er juin, avancent une baisse de la production d’orge d’hiver de 18 %, à 6,2 millions de tonnes en raison d’une baisse de rendement de 8 q/ha, pour une moyenne nationale de 57 q/ha et d’une réduction des surfaces. Pour en revenir à l’hypothèse de FranceAgriMer, le rendement moyen se situerait à 56,1 q/ha, la récolte à 8,7 millions de tonnes et la collecte à 7 millions de tonnes, contre 8,4 Mt prévu cette campagne.
    Les utilisations intérieures, importantes en 2010/2011, tombant de 2,8 à 2,5 millions de tonnes. Les incorporations par les fabricants d’aliments du bétail baisseraient en effet de 300.000 tonnes par rapport à l’actuelle campagne où elles ont été importantes, avec report, en partie sur le blé. Les exportations vers l’Union européenne fléchiraient d’un million de tonnes et de 800.000 tonnes vers les pays tiers.

Les fabricants d’aliments pour animaux à l’épreuve
    La faiblesse des disponibilités en orge et des prix sans doute très tendus des céréales fourragères en général poseront encore problème aux fabricants d’aliments du bétail qui ne pourront se reporter que partiellement sur le marché du blé (on ne parle pas encore du maïs dont les rendements demeurent une inconnue à cette époque de l’année).
    Les utilisations de céréales par les professionnels de la nutrition animale, qui pour les dix premiers mois de la campagne se sont maintenues au même niveau que 2009/2010 même période (alors que la production d’aliments a progressé de 1 %), devraient pour des raisons de compétitivité recourir plus aux produits de substitution comme les tourteaux ou les coproduits de céréales provenant de la fabrication des biocarburants.
    Les fabricants d’aliments pour animaux, qui ont dû jongler durant toute la saison 2010/2011 pour contenir au mieux la hausse de l’aliment malgré celle des matières premières, devront user de toute leur expertise technique et de gestion pour continuer à assurer leur rôle d’amortisseurs.

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