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Luzerne déshydratée
Un marché porteur, des producteurs optimistes, un avenir prometteur

Les surfaces se stabilisent, la demande en fibres et protéines explose, les soutiens financiers se renforcent. L’avenir de la luzerne s’éclaircit enfin.

« CONCERNANT la filière luzerne, nous sommes aujourd’hui positifs en terme d’approche de notre avenir », s’enthousiasme Éric Guillemot, directeur de Coop de France (CdF) Déshydratation. Les semis de juillet 2011 montrent en effet qu’il y a une quasi-stabilité des surperficies pour cette campagne (65.000 ha). « C’est plutôt une bonne nouvelle », continue Éric Guillemot, alors que 2012 marque la fin de l’Organisation commune de marché (OCM) des fourrages séchés et de ses aides directes à la luzerne déshydratée (33 €/t) qui soutenaient jusqu’alors ses prix. C’est le résultat d’un travail de longue haleine mené par CdF Déshydratation, qui a su trouver les arguments pour convaincre les agriculteurs de ne pas abandonner cette production, à la marge brute par hectare guère compétitive par rapport à la betterave ou aux céréales. Aux nouveaux soutiens publics, viennent s’ajouter un marché porteur à l’échelle planétaire et des qualités intrinsèques qui font que la luzerne « apparaît de plus en plus comme un élément de solution globale dans les stratégies d’exploitation écologiquement, économiquement et socialement durable », note le communiqué de Coop de France.

La luzerne intègre le plan Protéine
Les primes perçues jusque-là par les producteurs de luzerne vont être intégrées dans les DPU (droits à paiement unique) des exploitations pour l’intégralité du montant budgétaire de l’ancienne OCM, à savoir 35 M€. Viennent s’y ajouter les 8 M€ provenant de l’entrée de la luzerne dans le plan Protéines pour les deux prochaines années. Au total, cela représente entre 2011 et 2012 « un doublement du soutien pour les agriculteurs », résume Éric Guillemot.

Des containers de luzerne vers l’Asie
Cependant, « s’il n’y avait pas de marché, nous ne serions pas légitimes à demander des aides publiques », convient Éric Guillemot. Or la demande en luzerne va en s’accroissant à l’échelle mondiale. « En France, il y a une nette amélioration de la santé de nos consommateurs finaux que sont les éleveurs, suite à une reprise des prix du lait et de la viande bovine », explique Serge Faller, directeur général de Désialis, qui commercialise trois-quarts des 870.000 t de luzernes françaises. Ces dernières sont également exportées dans l’UE, où « la production ne suit pas la consommation », souligne le dirigeant. On observe ainsi « une forte demande de la part de l’Allemagne, du Benelux, de la Suisse et de la Grande-Bretagne ». Le marché des fibres et des protéines se développe également à l’international. Alors que l’Espagne, « mieux lotie question logistique », approvisionne le Moyen-Orient en balles, la France expédie ses pellets au Japon et en Corée, où elle bénéficie d’« un prix de transport pratiquement annulé par retour de containers ». Après avoir déchargé leurs produits manufacturés en provenance d’Asie, les containers, au lieu de repartir vides, se chargent de luzerne, ce qui rend les prix très attractifs. Ces exportations sur l’Extrême-Orient atteignent « entre 30 et 70.000 t par an, avec une progression annuelle à deux chiffres ». Sur le Moyen-Orient, qui représente « un marché potentiel de 400.000 t » (dont la moitié accaparée par l’Espagne), la France compte s’implanter, avec « un objectif de 100.000 t dans les trois à quatre ans à venir ».
A ce rythme, « nous allons vers un short dans les années qui viennent », s’alarme Serge Faller. Un avis partagé par Jean-Pol Verzeaux, président de CdF Déshydratation : « Nous manquons de progrès génétiques pour augmenter la production et donner un élan à ce marché. » Et ce, malgré « des coopératives qui investissent pour l’avenir et ne sont en aucun cas en phase de désengagement », souligne Éric Guillemot.

Une plante à fort potentiel écologique
La valeur ajoutée de la luzerne ne se résume pas au prix payé à la tonne. En plus du contexte porteur du marché et des compensations publiques dont elle bénéficie, d’autres soutiens financiers sont à l’étude, comme le développement d’une « compensation privée via les Agences de l’eau », ou encore une « monétarisation de la biodiversité ». Si ce dernier axe de valorisation est « complexe » à quantifier, un partenariat avec l’Agence de l’eau de Champagne-Ardenne pourrait voir le jour « à l’horizon 2012/2013 ». C’est sa qualité “épuratrice” de l’eau qui est alors prise en compte. Si l’on y ajoute sa structure en fibres et en protéines remarquable et ses avantages en terme de gestion d’azote, « la luzerne ne peut que servir à construire l’agriculture française de demain », est persuadé Éric Guillemot.
 

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