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Malterie
Un marché en plein bouleversement

Dans un secteur en phase de restructuration, le groupe Boortmalt tire son épingle du jeu, en consolidant ses activités en Europe centrale

MUTATION. Le dépôt de bilan en début d’année du groupe allemand Weissheimer, dont la trésorerie a souffert de la concurrence des nouvelles malteries en Europe de l’Est et de la chute des cours du malt ces dernières années, est un déclencheur de la réorganisation mondiale de la malterie. Pour les groupes malteurs, c’est la possibilité d’adapter les capacités de production à la demande et ainsi d’assainir le marché, mais aussi pour chacun de se repositionner stratégiquement vis-à-vis de ses clients brasseurs. À l’image du groupe coopératif Épis-Centre, qui a consolidé ses positions dans le secteur du malt.

Une profession en situation critique

Selon les récentes statistiques du Conseil international des céréales (CIC), les échanges de malt d’orge en 2006/2007 sont estimés à 5,5 Mt (en équivalent grain), soit quelque 0,2 Mt de moins qu’en 2005/2006. Bien que la consommation mondiale de bière continue d’augmenter – cette dernière est passée de 1,39 Mdhl en 2000 à 1,60 Mdhl en 2005, à raison d’une croissance globale de 2 à 3 % par an, particulièrement marquée en Amérique du Sud –, les achats de malt par la Russie et plusieurs pays africains devraient reculer.

L’accroissement de la capacité de maltage de l’Australie, l’Amérique du Nord et l’Argentine suite à l’ouverture de nouvelles usines est en partie essuyé par une réduction de la capacité dans l’Union européenne. La faillite au printemps dernier du malteur d’outre-Rhin Weissheimer – qui occupait la 8 e place du classement des principaux malteurs indépendants en Europe, avec un peu moins de 400.000 t de capacité en 2006 – en est le triste exemple et confirme définitivement la situation critique de la profession. Les premières mesures de fermeture ou de ralentissement de production sont en effet prises dès l’été 2005 en Allemagne et au Royaume-Uni. S’en est suivie début 2006 l’annonce de la fermeture de la malterie de Reims (Malteurop) et de celle de Marquette-Lez-Lille (IMC/Lesaffre).

Le repli attendu des échanges de malt d’orge, à son niveau le plus bas depuis 1999/2000, traduit également la précarité de l’offre et la hausse des cours mondiaux, explique le CIC. Les expéditions en provenance de l’Australie et de l’UE, où les cultures ont essuyé des conditions météorologiques adverses, devraient s’inscrire à la baisse. Ainsi les exportations de malt par l’UE sont-elles estimées à 3,0 Mt, 0,2 Mt de moins que l’an dernier, principalement du fait de la précarité de l’offre intérieure d’orge brassicole, d’une capacité de maltage limitée et de la contraction des besoins d’importations de la Russie. Bien qu’il n’y ait guère de malt d’orge disponible sur le marché actuellement, les certificats à l’exportation de malt communautaire n’affichent pour l’heure qu’un léger retrait par rapport à l’an dernier, à 723.000 t.

Boortmalt renforce ses positions

En 2006, la récolte d’orge de brasserie, très moyenne au sud de la ligne Londres-Budapest et qui se révèlera catastrophique au nord, crée ainsi un réel tremblement de terre dans toute la chaîne orge-malt-bière. « Pour la première fois, l’Europe se trouve déficitaire en orge de brasserie. Ce déficit se transpose aussi sur les malts, les quantités même contractées n’existant tout simplement pas dans certaines régions », déclare Épis-Centre, propriétaire du groupe Boortmalt, au 6 e rang des principaux malteurs indépendants de l’Europe, avec une capacité de 565.000 t de malt pour une production en progression de 6,2 % en 2005/2006 à 450.000 t.

Dans un environnement en plein retournement, ce dernier semble de fait tirer son épingle du jeu. Après une année de transition et d’organisation en 2004/2005, la coopérative française a poursuivi ces investissements en 2005/2006 en devenant actionnaire à 100 % du groupe Boortmalt et en renforçant ses positions en Europe centrale, suite au rachat de la malterie hongroise de feu Weissheimer. Située à Dunaujvarös sur le Danube à une cinquantaire de kilomètres au sud de Budapest, l’usine récente et performante, d’une capacité de production de 65.000 t, renforce le groupe coopératif sur son activité malt et lui permet d’assurer un développement en Europe centrale en cohérence avec son entité croate (Nova Gradiska, 60.000 t).

« Alors que l’exercice 2006/2007 s’annonçait comme une année de convalescence, ce sera une année difficile à gérer en terme qualitatif et quantitatif, mais qui contraindra sans doute chaque maillon de la chaîne à redéfinir ses priorités », prédit Épis-Centre.

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