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Sorgho : formation d'une filière structurée en Europe

Réunie pour la première fois en congrès à Bucarest (Roumanie), la filière sorgho, des semenciers aux transformateurs, a milité pour la constitution d'une représentation européenne capable de défendre ses intérêts.

La Confédération européenne des producteurs de maïs et la FNPSMS ont lancé à l'UE un appel à financement de 1,17 M€ sur trois ans, afin de promouvoir la culture du sorgho, en ciblant les quatre États membres leaders en production (France, Italie, Roumanie, Bulgarie), plus la Russie et l'Ukraine (cf. carte). Le budget, réparti à 50/50 entre la zone euro et hors UE, servira à la construction d'une plate-forme variétale, à la communication et au développement technique, précise Luc Esprit, directeur de la FNPSMS

Objectif France : un million de tonnes à transformer

Les 250 participants au 1er congrès de la filière sorgho ont voulu s'inscrire dans la “feed/food chain”. Catalin Fudulu, directeur Nutrition chez Guyomarc'h Roumanie, et Pedro Gallardo, président d'Asaja Cadiz, ont souligné les débouchés du sorgho en alimentation animale. En France, il reste à passer un seuil critique pour intéresser les fabricants d'aliments du bétail, qui auraient besoin d'une offre régulière. Il faudrait 150.000 ha semés par an, donnant 1 Mt de produits, pour qu'ils revoient leurs formulation en faveur du sorgho. France estime à 32.000 t l'usage de sorgho par les Fab sur la campagne 2015/2016.

Démêler le vrai du faux

À des Britanniques qui s'interrogeaient sur le sorgho comme additif sucré en alimentation du bétail, l'Inra a répondu qu'il présente un risque en silo s'il y a trop de glucose soluble. Des visiteurs de l'Est européen redoutaient, quant à eux, la toxicité du produit en ensilage pour les jeunes animaux. Un souci gommé par la sélection variétale, a rassuré l'Inra. Le sorgho est de fait une culture encore méconnue, qui a besoin de références, a estimé la FNPSMS. Il est ainsi toujours suspecté de renfermer des tanins. « C'est dépassé », commente Florentano Lopez, porte-parole de Sorghum Checkoff, représentant la filière aux États-Unis. Les études qu'il finance depuis dix ans ont prouvé que le lien entre couleur et tanin est injustifié. La question ne se pose plus pour le sorgho français : roux, il est utilisé en élevage, tandis que le blanc sert à l'oisellerie.

Un excellent complément de la culture du maïs

Alexis Ferrand, ingénieur chez Arvalis, a insisté sur le fait que le sorgho est un excellent complément à la culture du maïs. Les équipements agricoles des maïsiculteurs peuvent facilement être adaptés pour passer d'une culture à l'autre. Cependant, l'expérience américaine, racontée par Florentano Lopez, est contrastée : les rendements n'augmentent plus depuis 1990 et le prix du sorgho est souvent en dessous de celui du maïs. Il a baissé de 4,6 % sur la ” période 2000-2015, un défi pour le producteur. Il faut dire que seul 1,68 % des financements agricoles américains se porte sur ce produit. L'activité R&D de la filière est financée par un prélèvement sur le CA des producteurs. Ce système, qui a rapporté 60 M$ depuis 2009, pourrait inspirer l'Europe.

Prélever un pourcentage sur le chiffre d'affaires des producteurs pour financer la recherche, un modèle à suivre ?

Autre question essentielle, les débouchés. Avant de monter une filière et d'inciter les producteurs à se tourner vers le sorgho, il convient de savoir si cette culture leur rapportera autant ou plus que celle du maïs, par exemple.

Des perspectives dans la brasserie

Bob Sandrino, consultant pour la brasserie, a mentionné que sur le continent africain le sorgho a un point fort, ses bas coûts d'intrants. Les producteurs africains choisissent le sorgho en raison de leurs préfinancements par les brasseurs locaux, qui s'assurent ainsi une ressource bon marché. Le calcul est le même pour les producteurs du Kansas (États-Unis) qui, en termes de semence, comptent 190 $ par sac de sorgho contre 300 $ pour le maïs, soit un coût par acre de sorgho en zone sèche de 14,25 $ à comparer aux 105 $ en maïs.

Daniel Gueguen, lobbyiste, suggère aux producteurs de sorgho d'agir comme ceux de sucre et du maïs auprès des institutions européennes. Le sorgho, sobre en eau, économe en pesticides et fongicides, peut jouer de ses avantages en termes d'empreinte sur l'environnement pour obtenir des financements, à condition d'être bien représenté à Bruxelles.

La France est le premier exportateur européen de semences de sorgho

Le sorgho se porte bien en France. Notre pays est le leader de l'UE en termes d'exportation de semences, avec 750 ha dédiés, pour 1.700 t expédiées par trois semenciers (parties prenantes à l'organisation de ce congrès). En Europe, la sole en sorgho fin 2015 est de 480.000 ha, donnant 60 % de grains et 40 % de fourrage. L'UE ne compte que 250.000 ha de sorgho. La France (275.000 t sur 61.723 ha) et l'Italie (255.000 t sur 48.000 ha) représentent 70 % de la production de l'UE en sorgho grains, d'après Eurostat et FAM.

Dans l'UE, le sorgho sert surtout à l'alimentation animale, avec un importateur privilégié, l'Espagne. Sur les 150.000 t importées par l'UE, 75 % viennent d'Ukraine. Néanmoins, les trois quarts des échanges mondiaux se jouent entre la Chine, premier acheteur, et les États-Unis, premier exportateur. « L'Europe n'a qu'un rôle d'importateur sur le marché mondial du sorgho », note Luc Bouillet d'Agritel. En 2013/2014, l'UE produisait moins que l'Égypte ou la Tanzanie, au 13e et 14e rang mondial.

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