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“Si rien n’est fait dans les trois mois, des milliers d’emplois seront condamnés en Bretagne”

La Dépêche-Le Petit Meunier : La flambée actuelle des matières premières agricoles met à mal la filière de l’élevage. Comment les fabricants d’aliments composés gèrent-ils cette hausse historique de leurs coûts de revient ?
Hervé Vasseur :
Les prix du blé tendre frôlaient les 300 euros la tonne en 2007/2008, nous n’en sommes pas encore là. Mais les prix du tourteau de soja atteignent déjà des niveaux jamais vus, autour de 520-530 euros la tonne en rendu Bretagne. Nous jouons toujours un rôle tampon auprès des éleveurs. Mais notre rentabilité en prend un coup, c’est clair, car on ne passe pas la vraie hausse tarifaire des matières premières, enregistrée lors de nos achats. Si l’on faisait un mélange simple de blé/maïs/ soja en achetant chaque semaine les matières premières nécessaires à la fabrication de notre aliment, cela coûterait 20 à 30 euros la tonne supplémentaires aux éleveurs par rapport au prix de vente que nous pratiquons en moyenne actuellement en Bretagne.
    Cet écart de prix traduit le travail du fabricant d’aliment pour animaux, par sa politique d’achats (de couvertures à terme, d’options, etc.), par le choix de matières premières nouvelles, par l’optimisation de ses formulations et par un travail zootechnique, qui lui permet d’avoir une meilleure appréciation des besoins des différentes espèces animales et ainsi d’optimiser ses coûts. En cela, les adhérents de l’Afab ont effectué un travail très important, pas toujours bien connu.

LD-LPM : Il devient donc urgent pour vous que ce surcoût des matières premières végétales soit pris en compte dans le prix au consommateur du produit fini ?
H. V. :
Nous avons espoir que la grande distribution répercute sur les produits animaux de leurs rayons la hausse des prix des matières premières végétales. Que les politiques et les GMS comprennent l’importance de la valorisation des produits agroalimentaires, que les consommateurs paient au juste prix les produits qu’on leur fournit, que chaque maillon de la filière trouve la juste rémunération de son travail, c’est effectivement quelque chose d’essentiel !
    L’affaire Doux est grave mais, si rien ne se passe dans les trois mois qui viennent en terme d’évolution des tarifs, je pense qu’il y aura encore des centaines de milliers d’emplois qui seront condamnés en Bretagne. Éleveurs, fabricants d’aliments pour animaux et industriels de l’agroalimentaire, nous sommes tous dans le même bateau. Il faut tenir compte du pouvoir d’achat et de l’inflation, mais l’emploi me semble plus important que prendre le risque de sacrifier des filières entières parce que la grande distribution ne répercute pas les hausses de prix. Pour pallier la baisse induite de la production européenne, la tentation sera alors grande de faciliter l’importation, qui certe écraserait l’évolution des prix mais serait dangereuse. Que ce que l’on importe ait au moins un niveau de qualité équivalent à ce qui se produit en France et en Europe, me paraît fondamental. Or on a une tolérance en la matière, au niveau national et européen, qui est déconcertante.

LD-LPM : La Fédération européenne des fabricants d’aliments composés (Fefac) appelle « à améliorer et développer les outils de gestion du risque prix pour les éleveurs et transformateurs de produits animaux, via par exemple des marchés à terme des produits animaux ». Qu’en pensez-vous ?
H. V. :
La mise en place de marchés à terme de produits animaux est une solution pour améliorer la répercussion de nos coûts. Aujourd’hui, il n’est pas normal que l’on achète des produits végétaux qui sont cotés sur les marchés à terme, et que l’on n’arrive pas, en vendant les œufs, le lait et la viande, à trouver notre marge et équilibrer nos comptes. Si je peux vendre mon kilo de porc à un niveau de prix qui me satisfait parce qu’en face j’ai un prix de matières premières et d’aliments qui me convient pour dégager une marge positive, cela me donne une sérénité. Même si seule une partie de la production est concernée, cela donne une sécurité à l’éleveur et au fabricant d’aliments, qui peut s’arbitrer de façon transparente. C’est ce qui se passe aux États-Unis. À Chicago, vous avez les matières premières végétales et les matières premières animales qui sont cotées et les farmers américains s’arbitrent.
    Aujourd’hui, nous sommes au milieu du gué. On a libéralisé les marchés végétaux et on n’a pas réussi à trouver des marchés de cotation en produits animaux. Il en existait un sur le porc à Hanovre en Allemagne, il y a quelques temps, qui faisait référence à l’échelle européenne. Mais il n’a pas percé car il faut beaucoup d’acteurs et que l’aval –les gros industriels de la transformation et la grande distribution– entre sur ces marchés à terme, pour qu’ils fonctionnent. Si les GMS fixaient leurs prix d’œuf et de porc sur la durée, les producteurs seraient à même de s’arbitrer.

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