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Regards croisés sur l’agriculture européenne et sud-américaine

L’AG du Négoce agricole Centre-Atlantique du 27 mai a été l’occasion d’analyser les spécificités de la production agricole du Mercosur.

Dans un marché international et totalement ouvert, les Etats membres de l’UE font face à une concurrence de plus en plus forte des pays d’Amérique du Sud. En 2011, l’agriculture argentine devrait rapporter à l’Etat 13 Md$ sur ses 4 cultures principales, sans compter les impôts fonciers sur les revenus. « Il y a dix ans, on semait 20 Mha, on sème aujourd’hui 30 Mha. La production est passée de 35 Mt il y a vingt ans, à 100 Mt en 2011, avec des possibilités d’expansion phénoménales. Sans compter l’Amazone, il y a encore 70 Mha cultivables non exploités », lance Daniel de Laguarigue, consultant en développement Semence en Argentine.

Une production portée vers l’export
    Les atouts de l’agriculture sud-américaine se fondent en premier lieu sur des aspects géographiques évidents. Composée des territoires  du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay, la superficie du Mercosur – dont le Venezuela, la Colombie, et le Chili sont en passe de devenir membre – représente 3 fois celle de l’UE. A titre d’exemple, l’Argentine est 3 fois plus grande que la France, et le Brésil est lui même 3 fois plus grand que l’Argentine. Ces immenses espaces sont de plus très peu peuplés. La population du Mercosur ne s’élève qu’à 240 millions d’habitants, soit la moitié de la population de l’UE à 27. Cette densité de population très faible (seulement 20 hab./km2) sur un territoire extrêmement vaste est un déterminant fondamental de l’agriculture sud-américaine. Forte d’un déséquilibre entre sa consommation et sa production, elle est donc principalement destinée à l’exportation. En effet, selon Daniel de Laguarigue, « dans tous les pays du Mercosur les exportations sont nettement bénéficiaires (sauf au Paraguay, ndlr). Les produits agroalimentaires représentent 50 % du PIB en Argentine, 40 % au Brésil, et 70 % en Uruguay », explique-t-il, avant d’ajouter que « les agriculteurs du Mercosur sont convaincus d’avoir pour mission de nourrir l’humanité. En Argentine, les exploitants répètent sans cesse : nous devons nourrir 300 millions d’habitants. » Et l’Argentine est de fait le premier exportateur mondial de farine et d’huile de tournesol et de soja. Le Brésil lui est le premier exportateur mondial de sucre et de viande bovine.

Le risque de la monoculture
    Mais les spécificités de l’agriculture du Mercosur ne se résument pas qu’à un simple calcul démographique et kilométrique. Si les pays membres sont riches d’un grand territoire, ils le sont bien moins en question de diversité de cultures. Sur la campagne 2009/2010, le soja a généré 2,682 M$ de chiffre d’affaires au Brésil, contre « seulement » 1,8 M$ pour le maïs. En matière d’assolement, le maïs ne représente que 5 Mha en Argentine (chiffre le plus faible depuis 1902), contre 18 Mha en soja. Une différence de taille avec l’Europe selon Henri Nallet, ancien ministre de l’Agriculture, pour qui « la modernité, la technicité et la diversité, française et européenne, est un argument face à l’agri­culture d’Amérique latine ». Ce chemin pris vers la monoculture s’appuie sur deux arguments, l’un technique, l’autre économique. Le climat du Mercosur est en effet plus propice aux cultures de printemps, et permet donc d’obtenir des rendements très élevés en maïs et en soja. Tandis que le blé, handicapé par ce climat, n’atteint qu’un médiocre rendement moyen de 25 q/ha dans le Mercosur. Et si le soja et le maïs sont les cultures qui offrent les meilleurs rendements dans cette région du monde, ce sont aussi celles qui rapportent le plus aux exploitants.

Coût moindre mais taxe à l’export
    L’agriculture sud américaine se démarque également par un coût de production amoindri par rapport aux pratiques européennes. Et c’est par ces économies qu’elle tire la majeure partie de sa compétitivité. « Sur une ferme de 2.500 ha, il n’y a que 3 tracteurs et 7 ouvriers pour tout faire », avance Daniel de Laguarigue. Et même avec une main d’œuvre réduite, « pulvériser un hectare de terre représente 1minute 30 de travail. Un hectare de maïs, c’est 1 h de travail par an, de la préparation des jachères jusqu’à la récolte. En France cela représente 10 h de travail », selon le consultant. Pourquoi une telle différence ? Grâce à l’évolution des surfaces en semi direct. Plus de 25 Mha sur les 30 Mha cultivés en Argentine sont réalisés avec cette technique qui repose sur trois piliers : le non-labour, la couverture végétal permanente et une rotation des cultures. Seulement, les exploitants sud-américains doivent subir une taxe à l’exportation record qui grève leur revenu brut. Cet impôt s’élève à 20 % en maïs, 23 % en blé, 25 % en tournesol et 35 % en soja. De plus, 80 % de l’agriculture est réalisée par des locataires. Mais cette précarité de l’exploitant agricole dans le Mercosur n’influe en rien sur la compétitivité de l’agriculture. Pour Eric Nallet, cette concurrence féroce et en devenir ne peut être contrée qu’en « protégeant notre agriculture avec un financement de la modernisation et en contrôlant la volatilité des prix ».

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