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Prix du gaz en hausse : la facture grimpe de 3 €/t pour l’alimentation animale

Le surcoût global induit par l’augmentation du prix du gaz pourrait se chiffrer à 3 € par tonne d’aliments en raison de la hausse de la facture énergétique chez les agro-industriels français.

Gaz et sigle de l'euro avec flèche ascendante.
Après l’obligation de recourir au GNL en substitution du gaz russe, la France fait partie des pays les plus chers d’Europe pour le gaz à destination des entreprises.
© Image par Gerd Altmann de Pixabay

La guerre au Moyen-Orient a rebattu les cartes sur le marché de l’énergie. Le prix de référence européen du gaz naturel, celui du gaz néerlandais TTF, a bondi de 38 €/MWh fin février à environ 54 €/Mwh au début du mois de mars (+42 %), positionnant le prix à son niveau le plus haut depuis septembre 2021. Depuis le prix oscille autour des 55 € /MWh avec un pic à presque 62 €/MWh le 19 mars.

Lire aussi : Un surcoût de l’aliment pour animaux de 3 €/t en France conséquence de l’augmentation du prix du gazole

Un prix du gaz au plus haut depuis 2021 impactant durement le coût énergétique en France

Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL et fournisseur de l’Union européenne a vu son site de Las Laffan Industrial City fortement endommagé par les frappes iraniennes, avec des réparations qui pourraient demander cinq ans. StanChart prévoit un prix du gaz TTF supérieur à 90 $/MWh (environ 78 €/MWh) d’ici l’été si le conflit n’est pas résolu d’ici là. Plusieurs analystes spécialistes du gaz anticipent, selon différents scénarios, un prix atteignant jusqu’à 240 €/MWh, et ce malgré la hausse des capacités mondiales de production du GNL de 300 milliards de mètres cubes d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Chacun s’accorde à dire que le prix du gaz européen devrait rester élevé même en cas d’apaisement de la guerre au Moyen-Orient.

Le prix du gaz néerlandais TTF perdait 17% ce mercredi 8 avril à 44 €/KWh après l’annonce d’un cessez-le-feu de 15 jours entre l’Iran et les Etats-Unis laissant espérer un retour du prix à un niveau plus acceptable.

Après l’obligation de recourir au GNL en substitution du gaz russe, la France fait partie des pays les plus chers d’Europe pour le gaz à destination des entreprises. Le site spécialisé Globalpetrolprices.com estimait le prix moyen français pour une entreprise consommant 1000 MWh par an à 0,113 $/kWh en septembre 2025 quand il était par exemple de 0,088 $/kWh en Espagne et de 0,023 $/kWh en Argentine.

Des coûts de production en hausse dans les usines de trituration

Le gaz est une énergie utilisée dans les différents maillons de la filière. Dans les usines de trituration fabriquant les tourteaux oléagineux, le gaz est la principale énergie pour la production de vapeur qui représente le premier poste de coût. L’augmentation actuelle de son prix a pour conséquence une hausse des coûts de production des tourteaux proche de 10 $ par tonne, qui une fois répercutée aux fabricants d’aliments, se traduirait par une hausse en moyenne de 2 € par tonne d’aliments. Yvon Pennors, directeur de Bunge France, s’interroge ainsi : « Au Brésil et en Argentine, le coût du gaz est moins cher qu’en Europe et notre compétitivité française se réduit donc. C’est un nouvel élément de la perte de compétitivité de l’industrie française. »

 

Les entreprises françaises de nutrition animale consomment 520 GWh/an

En 2022, Tecaliman estimait à 1300 GWh/an la consommation annuelle d’énergie par les 310 usines d’aliments en France (60 % d’énergie électrique, 40 % thermique). Avec 57 % des consommations, la granulation représente le plus gros poste. Elle représente à elle seule 44 % du coût de fabrication. Le séchage et le refroidissement des aliments humides après la granulation sont des processus énergivores également. Les séchoirs requièrent généralement l’utilisation de gaz naturel. 

 

Les usines de fabricants d’aliments composés font également face à une augmentation des frais

Selon nos estimations, une augmentation du prix du gaz de 38 €/Mwh entraînerait chez les fabricants industriels un surcoût de près de 20 millions d’euros, soit un peu plus de 1 € par tonne d’aliment. Ce calcul ne prend toutefois pas en compte le surcoût du séchage du maïs de cet automne.

Même si les opérateurs peuvent acheter à terme leur gaz et se protéger quelques mois contre toute hausse de prix, la hausse des prix se répercutera à un moment ou un autre sur les industriels.

Selon Fabrice Putier, directeur technique de Tecaliman, le niveau de consommation globale a évolué mais à la marge depuis 2022. Néanmoins, ce dernier tient à préciser que l’intérêt des entreprises à réduire leur coût énergétique est de plus en plus grand sachant que développer sa connaissance de sa consommation de gaz à chacune des étapes de production est la première chose à faire. « Nous avons aujourd’hui plus de 70 usines inscrites à notre Observatoire de la performance énergétique lancé en 2004, un nombre qui ne cesse de croître. »

Au-delà du coût de production des aliments, reste à savoir si, comme l'exprime Denis Olivry, directeur de Cooperl Nutrition : « Les distributeurs accepteront d’augmenter leurs prix d’achat des viandes avec toutes les conséquences sur le comportement des consommateurs ? » Reste à considérer dans l’équation les surcoûts liés aux autres métiers comme l’emballage des viandes, les prix des plastiques ayant explosé dans le sillage des matières premières énergétiques.

Rédaction Réussir

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