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Spécial Nutrition animale
Pas de contractualisation en amont sans engagement de l’aval

A l’occasion du Space 2013 et du carrefour international des matières premières organisé par Nutrinoé, ce numéro spécial revient dans une première partie sur les difficultés pour contractualiser au sein des filières animales. Une seconde explore les pistes de diversification des sources protéiques dans les formules d’aliments du bétail.

La contractualisation. Une solution miracle qui suffirait presque à régler la crise que traverse actuellement la filière de l’élevage française et son aval, selon certains. Les enseignes de la Grande distribution ne manquent d’ailleurs pas de le rappeler pour ne pas appliquer de hausse à leur prix d’achat, faisant référence à l’accord du 3 mai 2011 prévoyant des contrats interfilières pour limiter la volatilité des matières premières (MP), en particulier en cas de hausse. Mais la contractualisation ne se décrète pas. Elle implique un engagement tout au long des filières, du champ de l’agriculteur qui produit des MP nécessaires aux aliments du bétail, jusqu’au client final, c’est à dire les circuits de distribution vers le consommateur. Coincés entre la hausse des prix de l’aliment et le refus d’appliquer les hausses de la distribution, les éleveurs trouveraient de l’intérêt en achetant leur aliments sur plusieurs mois, voire plusieurs années.

Vendre l’aliment pour acheter les matières premières
« On oublie trop souvent que pour un acheteur, fixer un prix ne concerne pas que l’achat, il faut aussi fixer la vente de l’aliment » explique Jean Michel Gestin directeur des achats de la Cecab.
Vendre de l’aliment en contractualisant sur plusieurs mois nécessite une demande de l’éleveur. Sans client, pas de contractualisation possible. « Les marchés sont très volatils donc dangereux. Notre première préoccupation est d’éviter d’être en position de risques », explique Pierre Lemoine, Directeur des Achats d’InVivo-NSA. « Pour celà, il faut avoir des positions d’achats reliées aux ventes », ajoute-t-il. En d’autres termes, les matières premières sont achetées en fonction du prix de vente de l’aliment. Les fabricants d’aliments ont toutefois besoin de couvrir certains approvisionnements en matières premières pour alimenter leur usine. Dans ce cas, les achats sont faits en fonction d’un sentiment de marché favorable. Les couvertures sur des marchés à terme permettent aussi de se protéger de baisses éventuelles des matières premières.

Une plus grande sécurisation serait pourtant possible avec l’aval, dans une certaine mesure. « Sur des matières premières comme les céréales, nous pourrions sans problème couvrir les achats physiques sur plusieurs années. Les producteurs qui souhaitent contractualiser sur deux ou trois ans existent », assure Pierre Lemoine, directeur des achats d’InVivo NSA. Mais sans engagement tout au long de la filière, difficile pour un maillon de s’engager s’en prendre de risques.
« Notre souhait serait que nos clients puissent s’engager davantage à l’achat. Nous avons mis en place cette possibilité pour que l’éleveur puise acheter de l’aliment à X mois. Dans ce cas, nous couvrons nos besoins en matières premières», explique Christophe Chrétien, directeur de Sanders Bretagne. «Mais globalement, les éleveurs couvrent assez peu leurs besoins en aliments car eux aussi ont un intérêt à connaître leurs prix de vente. En face, peu d’abattoirs sont en capacité de s’engager sur un prix car ils vendent peu à terme », note t-il.
Certaines coopératives présentent des activités d’élevage, de production et de collecte de grandes cultures mais aussi de fabrication d’aliments du bétail. Malgré cette proximité, les différents postes sont souvent conduits unitairement. « Nos activités sont gérées de façon autonome », explique Jean-Michel Adenot, directeur de Garun Paysanne. « Certains de nos éleveurs sont aussi apporteurs de céréales pour l’activité de collecte, pour lesquelles ils souhaitent le meilleurs prix » fait-il remarquer. Et d’ajouter : « certains éleveurs ont ouvert un compte sur le marché à terme. Plutôt que de procéder à des approvisionnements différés, ils se couvrent sur Euronext ».
Du côté des producteurs de céréales, l’attractivité des prix ces dernières années a conduit de plus en plus d’agriculteurs à se positionner sur le marché, plutôt que miser sur le prix moyen de campagne, plus sécurisant, mais moins attractif au premier abord. Pour l’heure, tant qu’une volonté commune de l’ensemble des maillons de la filière, distribution comprise, n’émerge pas, la contractualisation à moyen ou long terme restera un mirage.
Pour Christophe Chrétien, directeur de Sanders Bretagne, « la volatilité est telle que de nouveaux modèles devront être trouvés ». « Nous sommes dans une phase de déficit en MP structurelle. Les produits animaux ne la connaissent pas encore, mais s’y acheminent à grande vitesse à l’échelle mondiale, avec le développement de l’Asie notamment. La phase de transition est compliquée, mais une régulation n’aurait pas de sens car viendra un moment où les GMS, elles mêmes, s’engageront », assure t-il. En d’autres termes, le marché s’équilibrera de lui même. D’ici là, la filière élevage française risque de trouver le temps un peu long.

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