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Production / Marché
Parier sur le taux de protéines des blés tendre pour développer l’export

La France, mauvaise élève en taux de protéines parmi les grands pays exportateurs, peut-elle continuer à faire l’impasse sur la qualité ?

L’export represente près de 50 % des débouchés du blé tendre français, a t-il été rappelé lors de la conférence de France Export Céréales, le jeudi 15 mars. Plus de 70 % des exportations vers les pays tiers se font avec l’Afrique du Nord, et servent principalement à la panification. Si la France est bien placée sur les marchés algérien (81 %), marocain (67 %) et sénégalais (84 %), elle n’arrive pas toujours à sécuriser sa position en Egypte, et ne perce jamais dans les pays du Proche ou Moyen-Orient. La demande d’un taux minimum de protéines (TP) de 12 % et d’une richesse en gluten lui en interdit l’accès, ces critères étant basés sur les types de pains consommés. Les blés allemands, australiens, US, canadiens, voire russes sont alors préférés aux blés français.
   
Rendement ou qualité ?
Il s’agit pour la France de faire un choix entre rendement et qualité, entre sécuriser nos marchés actuels et en conquérir de nouveaux. « Parmi les grands pays exportateurs, la France a le taux de protéines le plus bas, à 11,5 %. On a réussi à capter le marché algérien parce que l’Algérie a adapté son cahier des charges en 1998 en revoyant à la baisse le TP qu’elle exigeait », argumente Jean-Philippe Bordes d’Arvalis. Ce marché ne peut être considéré acquis complète Jean-Michel Aspar de Synacomex: « Si le seuil de blé punaisé en Algérie, qui est aujourd’hui de 0,20 % passait demain à 1 %, cela ouvrirait la porte aux origines mer Noire. »
La France a beau avoir 71 % de ses blés classés BPS, seuls 2 % sont des blés de force (TP>14 %). Tandis que les Allemands ont 16 % de blés « élite », des variétés davantage tournées vers l’export avec un TP et un taux de gluten élevés. « Le blé allemand reste une BMW, et le blé français une Renault », constate Jean-Michel Aspar. « Les axes de recherche français ne sont pas encore assez tournés vers la demande étrangère ». Et Philippe Lonnet de chez Florimond-Desprez d’ajouter qu’« en France, à part le TP, il n’y a pas de critères directement axés sur les besoins de l’export ». La recherche variétale se heurte aux corrélations négatives entre rendement et TP, et entre rendement et teneur en gluten. Néanmoins, « elle pourrait contribuer à améliorer l’attractivité de notre offre vis-à-vis de différents marchés export, notamment en faisant un travail sur le critère gluten. »
L’utilisation d’outils d’aide à la décision pourrait aussi aller dans ce sens, comme le prône Jean-Philippe Dagneau de chez CapSeine. Jean-Paul Bordes met également en avant les techniques culturales, avec notamment « le fractionnement des apports azotés qui garantit une certaine régularité de rendement et de qualité ». Jean-Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export Céréales rappelle qu’« aujourd’hui, il y a peu d’incitation pour les agriculteurs à produire de la qualité ». Et d’ajouter qu’ « il faut des signaux clairs du marché. » Robert Bilbot, directeur général de Cerevia, rétorque « qu’au delà du marché, c’est l’OS qui doit être la pierre angulaire du commerce des grains ». Des primes à la protéine peuvent être mises en place comme c’est le cas chez CapSeine, indique Jean-Philippe Dagneau.
Sachant que la production française de blé tendre est limitée par la disponibilité des surfaces, la stagnation des rendements et les nouvelles contraintes de production (Grenelle de l’environnement, Ecophyto, etc), la recherche de qualité est peut être le plus réaliste.

Une logistique à améliorer
Au niveau logistique, des efforts restent à faire. « La France a un réseau ferré devenu inexistant qui restreint la taille de l’hinterland d’approvisionnement de nos ports », déplore Jean-Michel Aspar. « Notre logistique intérieure est beaucoup trop chère », confirme Loïc Desselas. Or le marché export a besoin de blés situés dans d’autres régions que celles limitrophes des ports. Selon Robert Bilbot, une des solutions serait de passer aux doubles trains de 2.500 t. La logistique fluviale présente également des handicaps. Pour chaque aller, il faut anticiper un retour et les coûts de déchargement dans les ports maritimes restent trop élevés.
Néanmoins, le travail d’assemblage  dans les silos semble porter ses fruits. « Globalement les blés français sont bien perçus  à destination » défend Vincent Poudevigne de la Sica Atlantique. « Il y a une homogénéité dans le chargement des bateaux et une constance sur la campagne. » Et de rappeler que « les silos sont le goulet d’étranglement entre la logistique terrestre et la logistique maritime. La fluidité doit être le maître mot. » Une modernisation des infrastructures est nécessaire pour rester compétitif en terme de cadence de chargement, mais cela devrait être pris en compte dans le nouveau plan silo. « Il faut que les exportations françaises de blé tendre vers les pays-tiers puissent se maintenir autour de 10 Mt », conclut Andrée Defois de la société Tallage.

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