Orge de brasserie : les prix plombés par la hausse de la production d’orge et la baisse de la consommation de bière
Le colloque annuel sur les orges de brasserie organisé par Arvalis s’est déroulé le 9 avril à Arras. L’occasion pour les professionnels de la filière orge-malt-bière de faire le bilan de l’année 2025 et de se projeter sur l’année 2026.
Le colloque annuel sur les orges de brasserie organisé par Arvalis s’est déroulé le 9 avril à Arras. L’occasion pour les professionnels de la filière orge-malt-bière de faire le bilan de l’année 2025 et de se projeter sur l’année 2026.
En 2025, le prix de l’orge de brasserie s’est avéré bas en raison d’une importante production mondiale, conjuguée à une baisse de la consommation de bière. Les bonnes perspectives de récolte en 2026 ne sont pas pour rassurer les opérateurs.
Lire aussi : La brasserie française en plein doute après un bilan 2024 décevant
Une production d’orge en hausse
La production mondiale d’orge a progressé de plus de 10 millions de tonnes (Mt) entre les campagnes 2024-2025 et 2025-2026, passant de 143,63 Mt à 154,78 Mt, selon les derniers chiffres de l’USDA. Pour rappel, elle s’établissait à 143,25 Mt en 2023-2024. « Il n’y a pas eu de gros incident climatique, il s’agit de la quatrième plus forte production depuis 2000 », a précisé Alexandre Benoist, analyste marché de Malteurop, selon nos confrères d’Agrapresse.
Lire aussi : Hausse généralisée des prix des céréales françaises alors qu’Ormuz reste bloqué
Dans l’Union européenne, la production d’orge a gagné près de 6 Mt entre 2024-2025 et 2025-2026, passant de 50,52 Mt à 56,39 Mt, selon les derniers chiffres de l’USDA. Pour rappel, elle s’établissait à 47,90 Mt en 2023-2024.
En France, la production d’orge a gagné près de 2 Mt entre 2024-2025 et 2025-2026, passant de 9,78 Mt à 11,87 Mt, selon les chiffres d’Agreste. Sur ce volume global, près de 40 %, soit environ 4 Mt, sont destinés à la brasserie, ce qui fait de notre pays le premier producteur européen d’orge brassicole, souligne Arvalis.
De bonnes perspectives de production d'orge en 2026
Concernant les perspectives 2026-2027, les conditions de culture sont, pour le moment, bonnes dans le monde. Toutefois, « le phénomène El Niño pourrait frapper durement l’Australie », prévient Alexandre Benoist.
En France, la surface d’orge ensemencée pour la récolte 2026 est en baisse de 1,5 % par rapport à 2025 et de 2,1 % par rapport à la moyenne quinquennale, selon Agreste. Elle passe de 1,81 million d'hectare (Mha) pour la récolte 2024, à 1,79 Mha pour la récolte 2025 et 1,76 Mha pour la récolte 2026. Quant aux conditions de culture, en date du 20 avril, elles sont estimées "bonnes et très bonnes" sur 81 % de la surface d’orge d’hiver cultivée (contre 70 % l’an dernier à la même période) et 92 % en orge de printemps (contre 84 %), selon le dernier rapport Céré’Obs de FranceAgriMer.
Des prix de l’orge brassicole inférieurs à 200 euros la tonne
L’abondante production pèse sur les prix de l’orge brassicole (cf. graphique ci-dessus). En France, les cours des variétés KWS Faro (variété d'hiver) et RGT Planet (variété de printemps) en FOB Creil, leur place de référence, sont passés sous les 200 €/t depuis le 25 juin 2025 (campagne 2025-2026). Les cotations relatives à la campagne 2026-2027, affichés depuis le 22 avril 2026, sont repassées au dessus de cette barre symbolique depuis le 22 avril 2026.
Lire aussi : Orge de printemps brassicole : la variété RGT Planet a-t-elle trouvé son successeur ?
Cependant, les bonnes perspectives de récolte en 2026 pourraient rapidement faire pression sur les prix de la prochaine campagne de commercialisation, à moins qu'un aléa météorologique ne vienne pénaliser le bon développement des cultures ou les travaux de récolte.
Une consommation de bière en baisse
Le repli de la consommation de bière est un phénomène mondial. « Des baisses de consommation de bière ont été constatées dans l’Union européenne, aux Etats-Unis en 2025… Seule l’Afrique a connu une progression », a expliqué Quentin Dyon, analyste business de Malteurop (Vivescia), selon Agra. Il s’attend pour 2026 à « une stagnation, voire à une légère progression de la demande ».
En France, le marché de la bière s’est stabilisé en 2025 « après deux années de baisse (-7 % entre 2022 et 2024) », indique Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France. La bière reste la deuxième boisson préférée des Français, « coude à coude avec le vin », selon une étude Sowine de 2023 relayée par Arvalis. Si l’année 2025 a enregistré 209 fermetures de brasseries, elle a comptabilisé 213 ouvertures, affirme Magali Filhue. Forte de ses 2 500 brasseries, dont 96 % de PME et TPE, « la France reste le pays européen comptant le plus grand nombre d’entreprises et une diversité de modèles », souligne la déléguée générale. A noter que le chiffre d’affaires de la brasserie hexagonale s’élève à 4,1 milliards d’euros.
Lire aussi : Bière - Des difficultés avérées pour la filière brassicole en France
LE SECTEUR DE LA MALTERIE EN DIFFICULTE
L’effritement de la consommation de bière pénalise le maillon de la malterie. « On a connu des fermetures d’usines en Allemagne, aux Pays-Bas… », a indiqué Alexandre Benoist, analyste marché de Malteurop, selon Agra.
Pour rappel, les capacités de production de l’industrie européenne de la malterie ont progressé de 2010 à 2024, passant de 9,96 Mt à 10,24 Mt, selon le dernier "Recueil annuel de statistiques de la filière orge-malt-bière", établi par Malteurs de France. En Allemagne, la capacité de production s’effrite depuis 2022, passant de 2 144 900 t à 137 900 t en 2023 et 2 127 900 t en 2024. Aux Pays-Bas, elle est stable depuis 2022, à 503 568 t.
En France, la capacité de production a connu un léger déclin en 2024, avec une perte de 3 000 t en volume pour atteindre les 1 461 000 t, après une période de croissance de 10 000 t entre 2020 (1 454 000 t) et 2023 (1 464 000 t), selon les données publiées par Malteurs de France. En 2024, 1,7 Mt d’orge brassicole ont été transformées en 1,4 Mt de malt par les trois grands acteurs de la malterie hexagonale, à savoir Malteries Soufflet, Boortmalt et Malteurop, qui exploitent 14 unités sur le territoire national, selon le dossier de presse d’Arvalis. Entre 75 % et 80 % du malt tricolore sont exportés dans plus de 110 pays, principalement dans l’Union européenne et en Afrique, ce qui fait de la France le premier exportateur mondial de malt, et ce, depuis 1967.
Ainsi, 15 % de la bière brassée dans le monde le sont à partir d’orge de brasserie et de malts français, rappelle Arvalis.