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Évènement
OGM : un ouvrage dresse un état des lieux sur la coexistence

Coordonné par Louis-Georges Soler de l’Inra, sous l’égide du Haut comité des biotechnologies, le livre “Impacts des OGM sur les filières agricoles et agroalimentaires” entend identifier les facteurs influençant la coexistence et ses conséquences.

La Dépêche-Le Petit Meunier : ­Certains pays de l’UE, comme l’Espagne ou le Portugal, pratiquent les cultures GM* et non GM. Que retenez-vous de ces exemples ?
Louis-Georges Soler :
Au niveau de la production, la coexistence existe en Espagne et au Portugal. Pour ce dernier, la coexistence s’appuie sur un zonage pour la culture d’OGM** (par bassin de production). Mais au niveau des consommateurs, il n’y a pas de différenciation des produits. Ainsi, les filières ne sont plus différenciées, passé le stade de la nutrition animale. Des lors que l’on dissocie des zones, le risque de pollution est moindre. Et si les productions sont ensuite mélangées, il n’y a pas de surcoût lié à une différenciation au stockage ou lors du transport. Le seul surcoût relève de la logistique contrainte par ce zonage. Dans le système portugais, ce surcoût n’est pas important.

LD-LPM : Quelles conclusions peut-on tirer pour la France ?
L.-G. S. :
En France, une simulation d’une coexistence fondée sur le zonage, avec une différenciation des productions, révèle des surcoûts potentiellement  importants.
Si les consommateurs veulent choisir entre le non OGM et l’OGM, certains mettront en avant le prix ou le mode de production, tout dépendra de la disposition à payer pour ces critères. La question des surcoûts liés à la coexistence est essentielle. Dans le schéma des États-Unis, ce sont les producteurs non OGM qui doivent se protéger d’éventuelles pollutions, car il apparaît normal que l’innovation soit privilégiée. Dans l’Union européenne, et plus particulièrement en France, c’est l’inverse. Les innovateurs doivent protéger les producteurs non OGM des disséminations potentielles. En Europe, l’innova-tion crée de l’incertitude sur son bien-fondé. Cette incertitude est basée sur des craintes environnementales, sanitaires ou d’ordre philosophique. Il est légitime que l’État réglemente une activité, qui générerait des externalités environnementales ou sanitaires. Mais, sur la question philosophique, c’est différent. On pourrait considérer que certains consommateurs souhaitent consommer des produits issus de nouvelles technologies. Dans le livre, nous avons considéré que les autorisations de mises en production ou en marché sont en mesure d’identifier les risques sanitaires et environnementaux. Néanmoins, le risque zéro n’existe pas.
Admettons que la coexistence soit une réalité. Si les parts de marché du non OGM deviennent trop faibles, l’incitation à faire de la R&D en conventionnel disparaît. Il y a alors un risque d’irréversibilité. Et si un risque environnemental ou sanitaire se vérifiait, un retour aux variétés non GM générerait des surcoûts très élevés. Quand bien même un dispositif crédible et efficace d’homologation serait mis en place, la coexistence ne doit pas déboucher, à terme, sur un fort recul des productions non OGM. Ce débat est très important.
Pour autant, malgré ce risque, la société doit pouvoir tirer profit des avantages que procurent ou que pourraient procurer les PGM***. Mais, pour cette étude, nous nous sommes concentrés sur la 1ère génération d’OGM, représentant l’es-sentiel de la production actuelle. 

LD-LPM : Dans l’état actuel, les gains de productivité induits par les OGM seraient-ils suffisants pour générer un différentiel de prix intéressant pour le consommateur français ?
L.-G. S. :
Pour la 1ère génération, il existe des gains d’efficacité même si on ne peut écarter les phénomènes de résistance, par exemple. Globalement, ces gains sont insuffisants pour faire basculer le marché. Dans un premier temps, il faut que le consommateur y gagne en terme de prix. Les semenciers n’ont donc pas intérêt à capter toute la valeur des PGM. Quand le consommateur passe à l’achat, il arbitre en fonction de certains critères, dont le prix. Il y aurait donc une place pour le produit OGM s’il est moins cher. Se pose alors la question de la différenciation des produits au niveau du consommateur. Dans le cas de la volaille, elle existe déjà au travers des labels. Existe-t-il une place pour un segment intermédiaire réservé aux produits non OGM standards, qui ne serait ni bio, ni label rouge, le produit OGM représentant une forme d’entrée de gamme ? Pour moi, non. Une telle segmentation est difficilement lisible pour le consommateur. 

LD-LPM : ­Quels sont les leviers pour permettre la coexistence en France ?
L.-G. S. :
Les leviers sont multiples : les gains d’efficacité de la technologie GM au niveau des producteurs, la tarification de la semence par les semenciers et les règles de compensation liées à la coexistence des cultures (surcoûts de la ségrégation, des pénalités, et leur répartition), sont très importants. Autre critère : la concurrence entre un pays qui ne fait que des OGM, ou de manière indifférenciée, et un pays permettant la coexistence. Le risque de contamination de parcelles non OGM, dont le producteur doit se prémunir, affecte sa compétitivité. Il faut aussi tenir compte des coûts de la ségrégation tout au long de la filière agroalimentaire. Il est difficile de tracer des lignes générales pour l’industrie, la documentation étant limitée. Par ailleurs, les situations sont très différentes selon les types de productions. Au regard des seuils de contamination actuellement mis en place, nous avons l’impression que leur respect n’est pas très facile à garantir. La difficulté est liée aux outils d’analyse et au nombre d’échantillons à tester, et donc à leurs coûts.
Tous ces éléments conditionneront la disposition du consommateur à payer pour des produits OGM ou non OGM. Enfin, à l’avenir, la capacité des OGM à apporter des gains nutritionnels ou environnementaux sera aussi un levier important.

* GM : génétiquement modifié.
** OGM : organisme génétiquement modifié.
*** PGM : plante génétiquement modifiée.

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