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Nutrition animale : entre décapitalisation et épizooties, l'avenir est incertain

Les volumes d’aliments pour animaux produits en France pourraient atteindre les 19,6 Mt en 2024, ce qui conforte le Snia dans son estimation à 20 Mt pour 2025. Mais les professionnels restent prudents.

Vincent Chatellier, ingénieur de recherche et économiste au département EcoSocio de l'Inrae
© Yanne Boloh

L’avenir de la nutrition animale est étroitement lié aux évolutions des productions animales. De nombreuses études montrent les inquiétudes sur deux fronts : la décapitalisation des cheptels par des éleveurs qui abandonnent la production en raison d’un manque de rémunération ou de perspectives face, notamment, aux règlementations ou aux incertitudes des accords internationaux, et les épizooties

Lire aussi : Nutrition animale - près de 19,7 Mt d'aliments composés attendues en 2024

Des épizooties en pleine expansion

Quatre épizooties sont déjà présentes ou proches de la France :

  • L’Influenza aviaire (IA) revient avec quelques cas épars en Bretagne et l’inquiétude de la nouvelle saison automne-hiver, malgré la nouvelle campagne de vaccinations a démarré en canards le 1er octobre. 
  • La fièvre porcine africaine (FPA) frappe à nos portes, que ce soit à l’Est ou au Sud : l’Italie est ainsi sous pression depuis 2022 et a enregistré, entre le 1er juillet et mi-octobre 2024, 29 cas en élevages de porcs et 117 cas en faune sauvage. 
  • Concernant la FCO (fièvre catarrhale ovine), 6074 foyers du sérotype 3 étaient recensés au 10 octobre, principalement dans le quart nord-Est et dans la zone Sarthe-Orne, seuls la pointe de la Bretagne et l’extrême sud (sud-ouest comme sud-est) étant hors de la zone régulée. 
  • Quant à la MHE (maladie hémorragique épizootique), biologiquement assez similaires à la FCO même si elle concerne les bovins et est transmise par des culicoïdes, 2306 foyers ont été recensé depuis le 1er juin 2024 et bloquent les échanges commerciaux d’une grande partie ouest de la France, d’où la politique de la vaccination sur la frontière de la zone contaminée de la Manche au nord aux Bouches du Rhône. 

La MNE bloque les échanges commerciaux dans l'ouest de la France

Biosécurité, économie des filières et formation des éleveurs, des défis majeurs à relever

Selon Vincent Chatellier, ingénieur de recherche et économiste au département EcoSocio de l'Inrae, les défis à relever pour les productions animales françaises sont nombreuses avec, en tête de liste, le fait d’assurer la biosécurité tout au long des filières. 

Du côté économique, il estime que « la compétitivité prix n’est pas réservée aux autres pays ! Les efforts engagés de modernisation et de rationalisation des outils (élevage, abattage et découpe) doivent se poursuivre avec comme ambition première celle de reconquérir le marché intérieur », estime l’économiste qui trouve que le concept de montée en gamme, reste un terme « assez flou ». Pour lui, les productions animales françaises et les produits issus des filières de qualité, que ce soit le label ou l'agriculture biologique, doivent apprendre à mieux se vendre dans la restauration hors domicile et sur les marchés extérieurs. 

Vincent Chatellier pointe aussi le besoin d’accompagner, de soutenir et de former les jeunes agriculteurs ainsi que l’importance de favoriser les investissements et la transmission de capital entre générations. 

Lire aussi : Intérêt des coproduits dans la réduction de l'empreinte carbone de l'élevage

La recherche au cœur de l'adaptation au changement climatique

Fidèle à sa posture de scientifique, Vincent Chatellier insiste sur la nécessité de communiquer sur les bonnes pratiques et les modèles productifs, en donnant davantage de crédit aux démarches scientifiques dans les débats. 

L’Idele montre ainsi l’importance de la R&D face à de nouveaux enjeux comme le réchauffement climatique et les épisodes de stress thermique qui en découlent. Outre l’impact sur la production de fourrages et des cultures, ils vont non seulement avoir comme conséquence de fragiliser les défenses immunitaires des animaux mais aussi de favoriser l’émergence ou la réémergence de certaines maladies comme la récrudescence des tiques.

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