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Meunerie française, une santé fragile et une problématique d’importation

L’Association nationale de la meunerie française (ANMF) publie une étude commandée à la Banque de France sur l’état économique de la filière. Tour d’horizon.

Rayon de supermarché avec des paquets de farine de toutes marques.
Une partie de la farine en conditionnement de 1 kg en grande distribution vient d'Allemagne.
© Thierry Michel

Alors que globalement la filière meunerie française enregistre une baisse des charges de production (notamment sur le prix du blé – qui représente entre 65 % et 69 % du chiffre d’affaires – et de l’énergie) et une augmentation des volumes de farine produits (+3,5 %) en 2024, « la situation économique des entreprises reste fragile », constate la Lettre d’information de l’ANMF (Association nationale de la meunerie française) n° 9 de janvier 2026, publiée le 29 janvier, dans une étude commandée par l’association représentative des professionnels de la filière à la Banque de France. Baisse des charges et augmentation des volumes produits n’aboutissent donc pas à une augmentation du chiffre d’affaires du secteur, au contraire, ce dernier enregistrant une baisse de 6 % sur l’année. Ce qui illustre « une pression importante sur les prix » de vente de la farine, selon les auteurs de la note. Autre surprise à la lecture de ce document, c’est le fait que le secteur de la meunerie n’a pas retrouvé ses niveaux de performance d’avant la crise de la Covid-19.

Lire aussi : Les marges brutes de la meunerie se dégradent à nouveau en 2024

L'étude n'évoque pas les conséquences de ces difficultés de la filière sur les achats de blé nécessaires à la production de farine made in France. 

Trop d’entreprises déficitaires et taux moyen de rentabilité insuffisant

En 2024, 27 % des entreprises de la meunerie hexagonale sont déficitaires. Certes, cela diminue par rapport aux années 2021, 2022 et 2023 (marquées par l’inflation nationale générale et une proportion d’entreprises déficitaires de respectivement 28 %, 41 % et 34 %) mais ce niveau demeure au-dessus des années 2018 à 2020, avec un taux compris entre 18 % et 21 % seulement sur ces trois années.  « A titre de comparaison, les industriels de la boulangerie et pâtisserie ont pu maintenir un taux de déficit entre 22 et 28 % sur la période 2021-2024 », note les auteurs de l’étude.

Une rentabilité autours de 2 %

Autre révélateur de cette fragilité économique du secteur de la meunerie, « sur les sept dernières années, le taux moyen de rentabilité, négatif en 2022, n’a jamais dépassé +2 % du chiffre d’affaires, sauf en 2024 quand il atteint +2,3 % ». En comparaison, les entreprises du secteur des industries agroalimentaires en général « réalisent un taux de rentabilité de +3,9 % en 2024 ».

Ces indicateurs peu performants impactent de façon négative la capacité de financer des investissements dans la filière, alors même que « plus de 50 % des installations de base des moulins ont plus de vingt-cinq ans ». Un chiffre qui indique combien investir et moderniser les infrastructures, pour gagner en compétitivité, devrait être prioritaire.

Désendettement en trompe-l’œil

Un point peut paraître relativement positif cependant : « le taux d’endettement de la meunerie a régulièrement diminué en passant de 114 % des fonds propres en 2018 à 74 % en 2021 », écrivent les auteurs (NDLR : le taux d’endettement oscille entre 74 et 84 % de 2022 à 2024), une bonne chose en soi. 

Une faiblesse des investissements

Mais ces derniers s’empressent de préciser qu’en fait « cette évolution traduit davantage la faiblesse des investissements qu’une amélioration de la structure financière » sur la période considérée. Parallèlement à ce taux de désendettement, on constate aussi que le taux de rentabilité des entreprises de meunerie « ne s’est pas amélioré ». 

Des importations de farine en hausse

A tous ces facteurs pesant déjà sur le secteur, une nouvelle tendance se dessine depuis trois ans : la France exporte moins de farine et en importe plus. D’un côté, on enregistre des exportations augmentant « lentement mais sûrement » entre 2020 et 2022 pour atteindre 200 000 t en 2022 et se stabilisant sur ce niveau depuis 2023 ; de l’autre on constate des importations de farine navigant dans une fourchette de 200 000 t et 300 000 t entre 2015 et 2023 et une brusque augmentation à 400 000 t par an sur 2024 et en prévisionnel 2025 (sans doute plus proche des 430 000 t). Cela représente environ 10 % des farines produites en France et l'équivalent d'environ 500 000 t de blé. 

Des importations réalisées en grande partie par le maillon de la distribution

« Ces importations sont réalisées en partie par les distributeurs et les grossistes pour le marché de la farine en sachet de 1 kilogramme », précise l’étude. A noter que « les entreprises de la boulangerie industrielle tout comme les boulangeries artisanales s’approvisionnent avec des farines françaises ». 

L’Allemagne dans le viseur

On sait également d’où vient cette farine : les importations de l’Hexagone en la matière sont fournies principalement par « l’Allemagne qui représente 70 % des volumes ». De 190 000 t en 2023, la part de l’Allemagne dans les importations a grimpé à 257 000 t en 2025 (estimation), soit une hausse de 29,5 %. 

L’ANMF avait commandé une étude en 2024 « pour comprendre pourquoi la meunerie allemande pouvait avoir un positionnement prix très fort sur le segment de la GMS en farine conditionnée en un kilogramme sur les premiers prix et les MDD ». Ces travaux ont révélé que cette filière d’outre-Rhin possédait 28 moulins de grande capacité (+ de 100 000 t), dont 15 dépassant les 200 000 t, contre seulement 4 en France. 

Renouveler et moderniser les infrastructures pour gagner en compétitivité

Pour les professionnels de la farine hexagonale, renouveler et moderniser les infrastructures en France devaient aider à combler, tout ou partie, ce retard. « Les soutiens publics existent en France mais souvent lorsque nous les sollicitons, on n’entre pas dans les cases car ils sont plutôt fléchés vers l’innovation de rupture ». Or, agrandir et/ou augmenter les capacités de production ne passe pas systématiquement par la notion « d’innovation de rupture », explique-t-on du côté de l’ANMF. D’où une difficulté supplémentaire pour partir à la reconquête de ce segment. Il est à noter aussi qu’une partie des blés utilisés pour ce type de produit est du blé français acheté par les Allemands, mais une partie seulement. A noter que la farine produite outre-Rhin est commercialisée avec un étiquetage français alors qu’il devrait être allemand, souligne l’ANMF.

Une autre question demeure : en admettant que la meunerie française arrive à augmenter ses capacités d’écrasement pour être compétitive sur ce type de conditionnement et de distribution de farine, il sera nécessaire de redimensionner une partie de l’amont (transport et logistique) pour acheminer dans des conditions compétitives les volumes de grain nécessaires à ces moulins de grande capacité. 

Lire aussi : Filière CRC® : en meunerie, elle convainc à l’amont mais peine en aval

Les chiffres de la meunerie française en 2024 :

- 5,21 Mt de blé écrasé entre juillet 2024 et juin 2025 pour produire 4,04 Mt de farine

- 2,01 milliards d’euros de chiffre d'affaires (dont 170 millions d’euros à l’exportation)

- 393 moulins représentant 340 entreprises et 6 200 emplois

- 96 % de la farine produite est utilisée en alimentation humaine

- 141 000 t de farine biologique 

Source : Intercéréales/ANMR/FranceAgriMer

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