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Marché des engrais : le prix de la solution azotée a fortement augmenté en août 2026

Les cours des fertilisants ont évolué en ordre dispersé en ce mois d’août 2026, sur un marché peu actif dans l’ensemble. Seule la solution azotée est sortie du lot, avec des achats conséquents stimulés par l’aide gouvernementale en vigueur jusqu’au 30 septembre 2026.

<em class="placeholder">évolution des prix du gaz naturel (Dutch TTF Natural Gas)</em>
© La Dépêche Le petit meunier

Les prix des engrais azotés ont évolué de façon contrastée entre juillet et août 2026 : stabilité en ammonitrate 33.5, baisse en urée et hausse en solution azotée. Les cours des engrais composés (binaires, ternaires, DAP, SPT) et de la potasse n’ont quant à eux pas évolué d’un mois sur l’autre. Seul le marché de la solution azotée a été particulièrement actif en ce mois d’été, en lien avec l’aide gouvernementale à l’achat d’engrais azotés simples.

Nette hausse des cours de la solution azotée

La solution azotée a renchéri de 35 €/t en août, en raison de la reprise de la demande des agriculteurs face à une offre limitée. Ces derniers veulent bénéficier de l’aide gouvernementale à l’achat d’engrais azotés simples, dont la période d’éligibilité (achat et livraison) s’étale du 1er juin au 30 septembre 2026. « Si l’aide substantielle, entre 50 €/t et 70 €/t, est bienvenue, ses modalités d’obtention sont administrativement lourdes et stressantes pour les agriculteurs, étant donné que les dossiers seront traités par ordre d’arrivée dans la limite des 150 M€ de l’enveloppe octroyée », explique un acheteur d’engrais au sein d’un négoce agricole. Par ailleurs, « la courte période d’éligibilité a conduit à une hausse artificielle des prix de la solution azotée, l’offre étant inférieure à la demande », ajoute un distributeur. Il faut s’attendre en septembre à une tension logistique sur la livraison de ces engrais qui doivent être livrés d’ici la fin du mois.

Le renchérissement de la solution azotée découle également de la hausse du prix du gaz naturel qui atteint des sommets, ce qui augmente par ricochet les coûts de production de l’ammoniac (matière première de la solution azotée). Le prix du gaz naturel (Dutch TTF Natural Gas) est de fait passé de 59,07 €/MWh au 31 juillet à 69,81 €/MWh au 31 août 2026 (cf. graphique), en raison du conflit au Moyen-Orient. Dans ce cadre, les distributeurs et les agriculteurs, qui craignent une nouvelle flambée des cours de l’énergie avec la reprise frappes états-uniennes en Iran, intensifient leurs achats depuis le début de la semaine.

Dans ce contexte géopolitique, le marché de la solution azotée restera tendu, d’autant que les réserves stratégiques européennes sont au plus bas. Le taux de remplissage des cuves n’est que de 65 % actuellement, contre 75 % l’an dernier à la même période. De plus, les disponibilités en solution azotée en origines Trinité-et-Tobago et États-Unis sont faibles.

Baisse des prix de l’urée

Les prix de l’urée en vrac ont reculé. La Chine ayant écoulé 1,5 Mt d’urée prillée sur le marché international pour répondre à l’appel d’offres indien (1,7 Mt), l’urée en vrac doit trouver un nouveau débouché. Cependant, le cours de l’urée pourrait trouver du soutien en septembre dans la demande des grands importateurs, comme le Brésil, les États-Unis et l’Europe.

Stabilité tarifaire de l’ammonitrate

Les cotations de l’ammonitrate sont sans changement entre juillet et août 2026. Le cours du gaz naturel au plus haut depuis maintenant trois ans, qui grève les coûts de production de l’ammoniac (matière première de l’ammonitrate), et la demande, qui s’annonce en septembre, ont soutenu les prix de l’engrais azoté.

Des cotations d’engrais composés élevées mais stables d’un mois sur l’autre

Les prix du DAP et du TSP, sans changement entre juillet et août 2026, demeurent onéreux pour les acheteurs, qui peuvent attendre de meilleurs prix. Rappelons que l’impasse sur les engrais de fond, ou leur limitation, est possible sur une campagne culturale donnée. Cependant, les hauts niveaux des coûts de production (le prix du souffre ayant plus que triplé en un an) et le prolongement des restrictions à l’exportation sur le DAP par la Chine rendent difficile toute velléité de baisse à court terme.

Les cours des engrais binaires et ternaires n’ont également pas évolué d’un mois sur l’autre, sur un marché très calme. La demande est limitée sur un marché qui se « commoditise » depuis quelques années : les agriculteurs s’orientent de plus en plus vers l’achat d’éléments simples (phosphore et/ou potassium), aux prix moindres, en fonction de leurs besoins spécifiques.

La potasse n’a pas vu ses prix bouger sur les quatre dernières semaines. L’offre étant correcte et les besoins planifiés, les affaires se traitent en toute quiétude.

La fermeté des prix des engrais pourrait perdurer jusqu’en 2028

Les prix mondiaux des engrais pourraient rester élevés au moins jusqu’en 2028 en raison de la réduction de la production, des pénuries de matières premières et des perturbations du commerce mondial, selon les prévisions de CoBank.

Le marché des engrais phosphatés reste particulièrement vulnérable, selon Argus Média. La production mondiale de DAP, MAP et TSP pourrait descendre sous les 60 Mt en 2026, contre près de 69 Mt initialement prévues. Une pression supplémentaire provient des perturbations de la production au Moyen-Orient et en Asie du Sud, ainsi que des restrictions de la Chine sur les exportations d’engrais phosphatés.

Les analystes ne s’attendent pas à ce que les prix reviennent rapidement aux niveaux d’avant le conflit au Moyen-Orient, rapporte UkrAgroConsult. En 2027, les prix moyens pourraient atteindre environ 496 $/t pour l’urée, 666 $/t pour le DAP, 660 $/t pour le MAP et 619 $/t pour l’ammoniac. Les coûts élevés des engrais poussent déjà les agriculteurs à réduire les taux d’application, ce qui pourrait nuire aux rendements des cultures au cours des deux à trois prochaines années et soutenir les prix mondiaux des céréales et autres produits agricoles.

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