Maïs bio : la France va passer d’exportateur à importateur net sur la campagne 2026-2027
En raison de la production catastrophique en maïs bio qui se profile en France, les fabricants d’aliments pour animaux contractualisent des volumes en origine Union européenne. Mais il leur est difficile de se positionner sur des échéances plus lointaines, étant donné la volatilité des prix de la céréale.
En maïs bio, si Fermes Bio a collecté 2 500 t en 2025, la récolte de 2026 ne devrait pas dépasser les 300 t, en raison d’une baisse conjuguée de la sole et du rendement. « Nous craignons une année quasi blanche en 2026 », se désole Bastien Vincent, ingénieur agronome et responsable commercial de l’union de commercialisation de Probiolor et Cocebi.
À l’échelle nationale, la production de maïs bio s’annonce également catastrophique, elle est estimée entre 70 000 t à 80 000 t, voire moins, selon le dirigeant de Fermes Bio. Pour rappel, la collecte de maïs bio en 2025 s’est établie à 132 553 t, selon les chiffres de FranceAgriMer au 1er juillet 2026. La baisse de production de maïs bio serait ainsi de l’ordre de 40 % d’une année sur l’autre.
A la recherche d’alternatives à la rareté du maïs bio français
Alors que la production de maïs bio s’annonce misérable, blé, triticale et orge bio devront venir en substitution dans les formulations des fabricants d’aliments pour animaux. Dans ce contexte, « le marché de l’orgette bio qui était fortement vendeur à l’exportation sur fin juin-début juillet l’est de moins en moins », commente Maximilien L’Hyver, responsable commercial de Partner Bio.
Pour rappel, les utilisations de céréales bio par les fabricants d’aliments pour bétail en 2025-2026 ont atteint 94 177 t en maïs, 75 614 t en blé tendre, 44 246 t en triticale et 33 701 t en orge, pour un total de 256 964 t sur la campagne, selon les chiffres de FranceAgriMer au 1er juillet 2026. À noter que les stocks céréaliers bio chez les collecteurs, les meuniers et les fabricants d’aliments du bétail s’élèvent en fin de campagne 2025-2026 à 45 212 t en maïs, 85 204 t en blé tendre, 11 188 t en triticale et 20 671 t en orge, pour un total de 204 843 t.
Les fabricants d’aliments pour animaux font appel à l’importation de maïs bio
Si le stock de report 2025-2026 en maïs bio est significatif (au même niveau que les deux précédentes campagnes), la baisse drastique de la production de la céréale en 2026 ne permettra pas d’approvisionner l’ensemble des débouchés, à savoir l’alimentation animale (avec ses quelque 110 000 t incorporées en moyenne sur les sept dernières campagnes), l’alimentation humaine et l’industrie (chimique, papetière, pharmaceutique et textile). Les utilisateurs devront probablement importer du maïs bio. Reste à savoir en quelle quantité ? Pour rappel, les importations françaises de maïs bio sont très variables d’une campagne à l’autre : nulles en 2025-2026, elles se sont élevées à 1 754 t en 2024-2025, et jusqu’à 2 490 t en 2019-2020.
Actuellement, dans certaines régions, notamment le Nord-Est de la France, les industriels de la nutrition animale, qui ont des difficultés à s’approvisionner en céréales fourragères bio françaises, font même appel à l’importation de maïs bio en origine Union européenne (régions nord-est et centre, notamment en provenance de Pologne, Slovaquie et Tchéquie) ou pays tiers (Ukraine principalement). « Alors que la France était jusque-là en autosuffisance totale voire exportatrice de maïs bio, le pays va devenir importateur net », constate Maximilien L’Hyver.
Pénurie ou spéculation : quelle évolution pour le prix du maïs bio ?
La question qui se pose actuellement concerne le niveau de prix du maïs bio.
L’état des cultures en France est très variable en fonction de la géographie, de la climatologie et de l’irrigation des parcelles. Dans les bonnes terres, qui ont reçu des averses ou qui sont irriguées, les conditions de culture sont meilleures que dans les terres moins riches, et/ou non irriguées, qui n’ont pas bénéficié de pluies. Cette hétérogénéité se reflète à l’échelle de l’Union européenne, avec des régions qui présentent pour l’heure de belles plantations et d’autres déjà bien affectées par le manque de précipitations et les températures caniculaires.
De son côté, le contrat maïs sur le marché à terme européen d’Euronext est très volatil et atteint des sommets en raison de la guerre en Ukraine et des bombardements russes qui visent les infrastructures des ports d’exportation.
Le prix du maïs français et importé entre 410 et 430 euros la tonne
Dans ce contexte, le maïs bio ne cesse de renchérir mais il est difficile de faire la part des choses entre pénurie présumée et spéculation sur les prix de la céréale. Aussi est-il complexe pour les opérateurs de se positionner sur des échéances longues. Pour l’heure, les prix du maïs bio importé, que l’on cote depuis cette semaine, s’alignent sur ceux du maïs français, entre 410 €/t et 430 €/t en date du 19 août 2026. Stables entre les semaines 33 et 34, les cotations de la céréale tricolore ont progressé de 10 €/t entre les semaines 32 et 33.