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Les OS sceptiques sur les objectifs du plan Écophyto 2

Les organismes stockeurs saluent dans l'ensemble le modèle agroécologique prôné par Stéphane Le Foll. Néanmoins, un point noir subsiste concernant l'ambition de réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires de 25 % à l'horizon 2020.

Le 30 janvier 2015, Stéphane Le Foll a présenté, lors de la conférence “L'An I de l'agroécologie” organisée sur Paris, son plan de modernisation de l'agriculture française. « Plus de 50 % des exploitations agricoles devront être engagées dans les démarches agroécologiques à l'horizon 2025 », vise le ministre de l'Agriculture. La profession agricole, que ce soit les organismes stockeurs ou les producteurs, appuie dans l'ensemble le projet, même si le plan Écophyto 2 ne convainc pas.

Inquiétudes sur la compétitivité de l'agriculture française

« Le pari de réduire l'utilisation de produits phytosanitaires de 25 % à l'horizon 2020 est voué à l'échec. Ce n'est pas en cinq ans que l'on va atteindre l'objectif fixé, estime Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France Métiers du grain. Et d'ajouter que « les solu“ ” tions alternatives pour les céréales ne sont pas aussi nombreuses que pour d'autres cultures ». Même son de cloche pour les négociants. « La France possède déjà la réglementation la plus stricte de l'UE en matière phytosanitaire, affectant notre compétitivité par rapport aux autres pays européens. Se baser sur un système punitif n'est pas la solution », précise Sébastien Picardat, directeur général de la Fédération du négoce agricole.

Réduire l'utilisation de phytosanitaires de 25 % d'ici 2020 serait voué à l'échec.

Le plan Écophyto 2 prévoit en effet des sanctions financières si les distributeurs de pesticides ne modèrent pas leurs ventes. L'objectif d'une réduction quantitative en deux étapes, de 25 % en 2020 et 50 % en 2025, se base sur le système d'attribution de certificats d'économie de produits phytosanitaires (CEPP). Pour faire simple, les OS devront réduire leurs ventes aux agriculteurs à l'horizon 2020 par rapport à leurs chiffres de 2016. En contrepartie, le ministère s'engage à délivrer les certificats aux sociétés proposant une gamme de services et de conseils rémunérateurs qui permettraient aux producteurs de réduire les doses épandues, mesurées en Nodu (nombre de doses unités). Les distributeurs devront s'acquitter d'une taxe de 11 € par Nodu en trop, qui servira à financer d'autres projets écologiques.

Plusieurs arguments sont avancés contre une telle mesure, en plus de la perte de compétitivité de l'agriculture française. Tout d'abord, les distributeurs « ne peuvent être tenus pour responsables des décisions des agriculteurs », défend un communiqué commun de Coop de France et de la FNA du 2 février. Par ailleurs, cette mesure ne permettra pas forcément de diminuer les Nodu, puisque les agriculteurs ne pouvant se procurer des pesticides auprès de fournisseurs français le feront à l'étranger, où les contraintes et la fiscalité sont moindres, avance le communiqué. Enfin, « l'efficacité du nouveau plan Écophyto ne peut se mesurer sur la seule base d'indicateurs quantitatifs relatifs à la baisse des usages des produits phytopharmaceutiques. InVivo privilégie, pour sa part, des indicateurs mesurant la réduction des impacts environnementaux », renchérit l'union de coopératives dans un communiqué du 2 février.

Clarifier le rôle du négoce agricole dans l'agroécologie

Les OS paieront une taxe de 11 € par Nodu en trop.

Les sondages BVA (cf. encadré) indiquent que les producteurs s'impliquent dans l'agroécologie. Il en va de même pour les OS. Cependant, le négoce agricole émet d'autres critiques sur le projet du ministre. « Le rôle du négoce n'est pas clairement défini. Les distributeurs indépendants ne sont pas considérés juridiquement comme des organismes de développement agricole, alors que nous fournissons les mêmes prestations que les coopératives, à savoir conseil et services sur l'usage d'intrants », regrette Sébastien Picardat. Et d'ajouter : « Les négociants s'investissent dans les fermes Dephy (exploitations visant à expérimenter des techniques économes en pesticides). Mais, si les critères évaluant les impacts environnementaux sont “ ” bien présents, il manque ceux évaluant la compétitivité, à savoir les critères technologiques et sanitaires des productions agricoles. » Intervenant après le ministre, Xavier Beulin a apporté son soutien à l'agroécologie, à condition qu'elle fasse appel « à l'High Tech, au savoir et à l'expertise », et en prévenant qu'« il faudrait avoir les mêmes discussions au niveau européen, afin d'éviter les distorsions de concurrence ».

Les agriculteurs déjà bien impliqués dans l'agroécologie

« La quasi totalité des agriculteurs français, soit 93 % des interrogés, disent s'être engagés dans au moins une des six démarches liées à l'agroécologie, présentées dans le questionnaire », se réjouit Florence Grammont, directrice du département Agriculture de BVA Services. En détail, 76 % des agriculteurs déclarent avoir limité l'utilisation d'intrants, 72 % amélioré la qualité des sols et limité l'érosion, 62 % préservé les ressources en eau, 51 % favorisé le rôle de la faune auxiliaire, 41 % recherché l'autonomie en limitant les achats extérieurs, et 40 % apporté plus de valeur ajoutée aux productions. Notons néanmoins que seuls 33 % des agriculteurs engagés dans des démarches déclarent vouloir en faire davantage.

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