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Les options aux contrats à terme sur les grains attirent de plus en plus d’opérateurs

La campagne 2022-2023 s’annonce des plus instables, ce qui est susceptible de maintenir l’attrait pour les options aux contrats à terme, notamment sur le blé, le maïs et le colza.

© geralt-Pixabay

Les options (Call et Put) liées aux contrats à terme d’Euronext adossés aux grains ont le vent en poupe. « Nous observons une hausse de 47 % entre 2021 et 2022 des volumes moyens échangés par jour pour le contrat option blé, dont le sous-jacent est le contrat Euronext (ou future) blé tendre meunier n° 2 », indique Nicholas Kennedy, responsable du département matières premières d’Euronext.

L’engouement pour ces produits financiers permettant de s’assurer contre la volatilité des prix est une tendance de fond. Selon les données d’Euronext (cf. graphe), l’attrait des opérateurs a commencé dès 2007. « Avant 2007, il y avait un problème de liquidité sur le marché des options, qui manquait de vendeurs », relève Gautier Le Molgat, directeur général adjoint d’Agritel.

 

Intérêt des vendeurs anglo-saxons

En 2007, la flambée des prix est arrivée, accompagnée d’un emballement de la volatilité. Des opérateurs du marché physique et les financiers affichent alors un intérêt accru pour les options. C’est ainsi que des vendeurs, surtout anglo-saxons, ont opéré sur le marché, offrant la liquidité qu’il manquait, explique Gautier Le Molgat.

Un certain creux est néanmoins observé de 2015 à 2020 environ. Les fondamentaux propres aux marchés des grains étaient plus lourds à cette époque, et la volatilité – composante majeure du prix de l’option – moindre, rappelle Claude Georgelet, dirigeant d’AgriTechTrade, cabinet d'analyse des marchés des grains, spécialisé dans les produits financiers et l'analyse technique.

Les prix des options flambent

Vient ensuite la période 2020-2022 avec la flambée de la volatilité des prix des futures, provoquant un nouvel attrait pour les options. Mais une explosion de leurs prix est observée au printemps 2022, réduisant les volumes échangés. « Le prix est passé, pour une option Call blé en spot de 10-15 euros/tonne avant la guerre en Ukraine à… 45 euros/tonne après », pointe Gautier Le Molgat. 

Jean-Loïc Bégué Turon, responsable matières premières agricoles au sein de Caceis, corrobore les déclarations de l'analyste d'Agritel, et justifie l'explosion des prix des options : « l’option fonctionne comme une assurance. Plus la probabilité de l’accident est élevé, plus le coût de la franchise est élevée. La volatilité sur les marchés des grains augmentant, le coût de l’option augmente. En juillet 2021, l’option call à la monnaie cotait 18 €/t pour un blé d’une valeur de 200 €/t. En mai 2022, elle valait près de 40 €/t pour une échéance identique de 8 mois pour un blé d’une valeur de 400 €/t ».

Le Call Spread de plus en plus usité

« Pour que l’option soit rentable, sa valeur ne doit pas excéder 5-8 % du sous-jacent. Au printemps 2022, elles valaient plus de 10 % du sous-jacent », prévient Claude Georgelet. Mais ce désintérêt au printemps s’est avéré temporaire. Les échanges ont rebondi en été, grâce aux combinaisons d’options, techniques servant à faire baisser artificiellement leur coût. L’une d’entre elles est le Call Spread, consistant en l’achat et la vente simultanée de Calls, mais à des niveaux de Strike (cf. encadré) différents. Ceci permet aux opérateurs de s’assurer un prix maximum et minimum, mais limite les gains. « Cette stratégie est de plus en plus utilisée », précise Nicholas Kennedy.

 Bertrand Bachelay au printemps 2022, responsable achats matières premières de JYM Nutrition, filiale de Maison Michel, est un exemple d'utilisateur d'options : « J’utilise le call, et le call spread aussi. Toutefois, le call devient de plus en plus cher, et est donc moins intéressant. Pour un blé spot à 400 €/t, le call à la monnaie vaut 33 €/t actuellement (déclaration enregistrée au printemps 2022) contre 15 €/t l’an dernier à la même époque (printemps 2021)… ».

Et à l’avenir ? Gautier Le Molgat s’attend à une hausse de l’usage des options pour 2022-2023 et à moyen terme. « La volatilité reste élevée. Et le contexte actuel de marché, avec la guerre en Ukraine, les incidents climatiques… ne plaident pas pour une détente. […] La nutrition animale ou les organismes stockeurs sont déjà plutôt bien rodés à l’usage de ces produits, bien qu’il existe encore une marge de progression. Les meuniers sont encore des utilisateurs marginaux. » Mais cet intérêt croissant pour les options peut être freiné par la hausse de leurs coûts, tempère l’expert. 

Xavier Cassedanne, expert filière grandes cultures au sein de Crédit Agricole est du même avis que le spécialiste d'Agritel. « Cela devrait inciter l’ensemble des opérateurs (OS, agriculteurs, FAB, meuniers, chargeurs, amidonniers…) à accroître l’utilisation des futurs, des options et des contrats à prime ».

 

Une option, c’est quoi ?

Une option est un produit financier permettant de s’assurer contre la hausse ou la baisse d’un actif (tel le contrat Euronext blé tendre). Il se caractérise par une prime, soit le coût ou prix de l’option (montant de l’assurance), une durée (une option assure contre la volatilité des prix sur une période donnée : trois mois, un an…). On parle de maturité de l’option, et du Strike, soit le prix objectif du sous-jacent pour lequel on exerce l’option. Le Strike peut être « à la monnaie » (cours actuel affiché sur le contrat blé tendre n° 2 Euronext), « dans la monnaie » (prix inférieur) ou « sur la monnaie/en dehors de la monnaie » (prix supérieur). On distingue l’option Call ou d’achat (possibilité d’acheter un future à un prix donné), et l’option Put ou de vente (possibilité de vendre un future à un prix donné).

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