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Biocontrôle
Les grandes cultures à la traîne

« Confidentiel. » Tel est généralement qualifié le marché du biocontrôle en grandes cultures aujourd'hui en France. Cependant, de nouveaux produits devraient faire leur apparition d'ici 2018, ce qui pourrait changer la donne.

« L'application de solutions de bio-contrôle nécessite une autre approche du système de culture, qui demande du temps à mettre en place, a reconnu Frédéric Favrot, directeur général de Koppert France, à l'occasion du colloque annuel d'IBMA France le 26 janvier à Paris. Alors que leur développement a concerné jusqu'à maintenant des segments de marché réduits (comme le maraîchage, l'arboricuture ou la vigne), je suis persuadé que la machine est lancée, avec des innovations Produits qui vont pouvoir donné accès à des cultures plus vastes et des segments de marché plus grands. » Selon une enquête en cours auprès des membres d'IBMA France (52 % de taux de réponse), le nombre de solutions de biocontrôle sur le marché des céréales serait a minima doublé d'ici 2020 (de 5 à 10), avec un changement d'échelle d'application (de 100 kha à 200 kha), selon les prévisions des sociétés (cf. illustrations). Cependant, les grandes cultures ne semblent pas leur priorité. Sur les 62 projets R&D en cours au sein des sociétés ayant déjà répondu à l'enquête, les 3/4 concernent la vigne, les légumes et les fruits, contre à peine 1/5 pour les céréales et les oléoprotéagineux.

Un évantail de produits limité

La pallette de solutions de biocontrôle spécifiques aux grandes cultures est restreinte aujourd'hui en France, ce qui constitue un des principaux freins à son expansion, au delà de l'absence de cadre réglementaire clair et précis au niveau français (cf. n°4142) et de son harmonisation au niveau européen. « Ce que nous attendons, c'est avoir à tester des produits efficaces, fiables et rentables en termes de fongicides (septoriose, fusariose), insecticides et herbicides », témoigne la coopérative EMC2, dont les adhérents sont en demande depuis une vingtaine d'années de solutions de biocontrôle. Elles ne représentent des volumes conséquents que depuis trois ou quatre ans.

« Si les surfaces traitées par des solutions de biocontrôle sont importantes en valeur absolue (300 kha de grandes cultures par phosphate ferrique contre limaces, 300 kha de céréales à paille par laminarine pour stimuler les défenses de la plante, 150 kha de maïs par trichogrammes contre la pyrale, 175 kha de colza par microorganismes contre sclerotinia...), elles sont limitées en valeur relative par rapport à la taille du marché, souligne Massimo Toni, Sourcing biocontrôle pour De Sangosse. Si les trichogrammes représentent 20-25 % de parts de marché et le phosphate ferrique 12-15 %, les autres produits n'en atteignent, chacun, pas plus de 2 %. »

Les conditions du succès

Cette situation s'explique, selon lui, par « des critères de réussite plus drastiques en grandes cultures » par rapport à la vigne, par exemple, qui possède aujourd'hui une vingtaine de solutions de bio-contrôle, utilisées pour moitié sur des surfaces de plus de 50 kha. Sont nécessaires un « niveau d'efficacité » du produit au vu du nombre limité de traitement (1 contre 6-78), une « simplicité de mise en œuvre » au regard de la taille des exploitations (jusqu'à 100-150 ha), et un « besoin de suivi, d'accompagnement et de formation » en raison de la moindre expérience des producteurs.

Les trichogrammes, dans la lutte contre la pyrale du maïs, représentent 20 à 25 % de parts du marché.

D'après le représentant de De Sangosse, le deploiement significatif du biocontrôle en grandes cultures passera par la mobilisation et l'implication de tous les acteurs de la filière (distributeurs, prescripteurs...), ce qui sous-entend une meilleure information des professionnels. Pour ce faire, il serait intéressant, selon lui, de travailler avec les agriculteurs pionniers en matière de biocontrôle en grandes cultures, afin d'en partager les expériences et les succès. Et pour convaincre les uns et les autres de l'efficacité des solutions de biocontrôle, des « outils de mesure et de suivi » seraient les bienvenus. Des recommandations en phase avec les attentes de EMC2 : « En plus d'une palette de solutions de bio-contrôle plus large, nous souhaitons également avoir des méthodes d'évaluation, pas uniquement des impacts sur le rendement mais également sur l'environnement et la santé. Parallèlement, il faut que l'on ait une meilleure connaissance des mécanismes d'action pour mieux préconiser ces produits. » 

De nombreux freins à leur développement

Selon une enquête menée par les étudiants de l'Ensaia, à l'occasion de leur colloque sur le biocontrôle organisé le 8 février à Nancy, les agriculteurs apparaissent « méfiants » vis-à-vis de ce dernier, notamment en grandes cultures. Les agriculteurs déplorent le « manque de transparence » des résultats d'études sur les produits de biocontrôle et leur efficacité reste « très variable » selon les solutions et les cultures, aux dires des experts interrogés. Le coût des produits est par ailleurs jugé « encore élevé ». Autre frein, la quantité de main-d'œuvre nécessaire.

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