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Production
Le sorgho est une plante d’avenir qui gagne à être mieux connue et reconnue

Grâce aux progrès réalisés en terme de génétique, de santé végétale et de conduite culturale, le sorghum bicolor est fin prêt pour répondre aux attentes industrielles et sociétales de demain

Avec des surfaces de 53.000 ha en 2010, en hausse de 43 % sur deux ans, la culture du sorgho repart. C’est ce qu’a indiqué Jean-Luc Verdier, animateur de la filière Sorgho à Arvalis, en préambule du traditionnel lancement de la campagne Sorgho, le 1er mars à Paris. « Se rapprocher des 70.000 hectares, ce n’est pas illusoire. C’est à la portée de notre filière, si l’on communique bien dessus », affirme Yvon Parayre, président de la commission Sorgho de l’AGPB. Et d’ajouter : « On a un travail de fond à réaliser au niveau du grand public et du gouvernement pour que cette culture retrouve ses lettres de noblesse.» Car le sorgho répond aux attentes environnementales des citoyens, mais également aux demandes des professionnels de la nutrition animale et humaine, sans oublier du secteur de l’énergie verte.

Une matière première compétitive sur de nombreux débouchés
    « Nous sortons d’une campagne durant laquelle le sorgho a plutôt bien tiré son épingle du jeu en termes de rendements, avec des prix qui n’ont, en général, pas été trop mauvais et qui se sont même redressés en fin de campagne », constate le président de la commission Sorgho. Les prix restent environ de 10 à 15 €/t en dessous de ceux du maïs. Un différentiel qui permet d’asseoir la collecte. Et avec un prix d’intérêt en alimentation porcine qui s’aligne sur celui du maïs, le sorgho est compétitif. D’autant plus qu’une étude à monter que « les formules des aliments Porc intégrant le sorgho étaient parmi les plus économiques, avec le meilleur coût “Energie équilibrée”», explique Jean-Luc Verdier. « Nous risquons d’ailleurs de manquer de volumes en fin de campagne face à la croissance de la demande en alimentation animale en France, mais aussi dans nos marchés de proximité comme l’Espagne ou l’Italie », s’inquiète-t-il.
    En Europe, le premier débouché du sorgho grain reste la nutrition animale en volailles, porcs et, à une moindre échelle, en ruminants. Chez les éleveurs de bétail, la culture de sorgho est surtout connue pour sa récolte en ensilage “plante entière”, le plus souvent comme alternative au maïs fourrage. C’est un marché en plein développement, avec 10.000 ha supplémentaires sur 2008-2010.
    Cependant, avec la croissance de la population maghrébine dans l’UE, qui utilise traditionnellement le sorgho sous forme de farine et semoule, l’alimentation humaine est un « marché potentiel » qui va tendre à s’accroître, considère Yvon Parayre. Un avis partagé par Jean-Luc Verdier, qui cible également les personnes intolérantes au gluten, la brasserie et la distillerie. Sans oublier le débouché prometteur des biocarburants de seconde génération et la méthanisation.

Une culture au caractère durable
    Le sorgho a des besoins en intrants peu élevés, aussi bien au niveau des engrais que des produits phytosanitaires. D’où son intérêt face à Ecophyto 2018. Particulièrement bien adapté aux climats chauds et arides, il est cultivé majoritairement en sec mais a aussi l’avantage de très bien valoriser l’irrigation avec des apports d’eau limités. L’introduction du sorgho peut aider à réduire certaines pressions parasitaires, comme les nématodes et la chrysomèle du maïs. Globalement, la diversification des rotations avec un rééquilibrage entre cultures d’hiver et d’été est un levier efficace pour limiter les problèmes de désherbage. On s’aperçoit par ailleurs que le produit brut du tournesol et du sorgho sont globalement similaires, malgré un prix de marché de l’oléagineux bien supérieur à celui de la céréale, étant donné des charges sensiblement identiques mais des rendements moyens en sorgho nettement supérieurs à ceux du tournesol (58 contre 25 q/ha). « C’est pourquoi de plus en plus d’agriculteurs intègrent le sorgho dans leurs assolements, ce qui a permis à certains l’accès à la prime rotationnelle », déclare Yvon Parayre. Aussi dans l’objectif du “verdissement” de la Pac d’après 2013, le sorgho a sa carte à jouer. « Un traitement privilégié pourrait même être envisageable », estime le représentant de l’AGPB, qui souhaite également développer des partenariats avec la Hongrie et la Roumanie, afin d’accroître la production du sorgho à l’échelle européenne.

Une “petite” filière dynamique et réactive
    Ces dernières années, la filière Sorgho n’a pas ménagé ses efforts pour améliorer sa conduite culturale. Depuis quatre ans, un réseau d’évaluation unique du sorgho grain, en culture sèche et irriguée, représentatif des conditions de cultures dévelopées, a été constitué par le CTPS  et Arvalis. Grâce à cet outil, « plus de 50 % des variétés disponibles sont inscrites depuis trois ans, avec un flux de nouveautés à venir important », souligne Jean-Louis Hubsch, représentant de Pro Sorgho, l’association de sept semenciers qui participe à la promotion de la filière en France. L’effort de sélection portent sur trois axes : le rendement, la précocité permettant des dates de récolte assurant les semis de céréales et l’adaptation aux conditions limitantes qui permet au sorgho de conquérir de nouveaux territoires. Concernant le sorgho grain ensilage, la recherche est en plein essor, avec la création en 2010 –après le réseau CTPS biomasse en 2008– d’un réseau de post inscription Arvalis. Pour les semis 2011, une vingtaine de variétés sont proposées.
    Par ailleurs, le désherbage du sorgho n’est plus un frein à sa culture. Afin de remplacer l’atrazine, de nombreuses spécialités sont venues renforcer l’efficacité des solutions existantes, avec huit nouvelles homologations en deux ans. De plus, la majorité des agriculteurs ont adopté des solutions alternatives ou complémentaires à l’utilisation des produits phytosanitaires, que sont le binage et la herse-étrille. « Aussi y a-t-il de plus en plus de sorgho bio pour l’élevage biologique de poulet de chair », commente Jean-Louis Hubsch.
    Concernant la date de récolte du sorgho, Jean-Luc Verdier insiste sur le fait qu’« aujourd’hui, on peut récolter le sorgho dans de bonnes conditions (avec une humidité de grain de l’ordre de 15-20 %) avant la mi-octobre, à condition d’avoir fait le bon choix variétal en terme de précocité vis-à-vis de sa région ». Et d’insister : « Pour assurer une récolte optimale, il ne faut pas attendre que le sorgho sèche sur pied. Il doit être récolté quand la plante est encore verte. » Ce qui permet d’éviter une reprise d’humidité du grain à la faveur de conditions climatiques défavorables (pluies, brouillard) et l’altération de sa qualité intrinsèque.
    Pour décider les agriculteurs les plus septiques à insérer cette culture dans leurs prochains assolements, Pro-Sorgho et Arvalis ont édité un guide, intitulé “Sorgho grain, culture et utilisation”, afin de « chasser les idées reçues et de montrer tout l’intérêt du sorgho », conclut Jean-Louis Hubsch.

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