Aller au contenu principal

Meunerie
Le moulin d’Aizerey en toute transparence

Inauguré le 21 septembre dernier, le moulin d’Aizerey marque un tournant dans l’histoire du meunier Decollogne. Après une cinquantaine d’années à Précy-sur-Marne, la production de farines bio, sur meule et cylindres, se délocalisera progressivement vers cette nouvelle unité.

Niché à l’intérieur d’un silo d’une ancienne sucrerie bourguignonne, le moulin d’Aizerey est sans doute l’un des plus originaux sur le territoire hexagonal. Dépourvu de murs externes, les quatre étages ont été montés directement dans une impressionnante yourte de 45 mètres de diamètre et de 22 mètres de haut, laissant ainsi apparaitre les entrailles du moulin aux visiteurs. Une singularité qui est davantage le fruit d’un heureux hasard qu’un pari industriel. « Il n’y a pas eu d’idée géniale au départ, nous nous sommes adaptés au bâtiment que l’on a trouvé », explique Jacques Denizet, l’ancien DG de Decollogne. Le projet remonte à 1998 quand le groupe Dijon Céréales, souhaitant se lancer dans la production biologique, a racheté le moulin Decollogne, basé à Précy-sur-Marne (77). Puis, la demande progressant, l’idée de construire un nouvel outil de production a germé. « Le moulin de Précy (qui tourne à 12 000 t/an) étant saturé, nous cherchions avec Pierre Guez (DG de Dijon Céréales, NDLR), depuis quelques années la possibilité d’un nouveau site de production. » C’est ainsi que le groupe coopératif a racheté un terrain d’une vingtaine d’hectares à Aizerey sur lequel se tenait une sucrerie appartenant à Beghin Say. Plusieurs activités sont nées de ce projet. « Autour du moulin bio, nous avons créé une activité de coproduits avec Bourgogne pellets et une activité de collecte plus traditionnelle pour Dijon Céréales », explique Jacques Denizet. « Environ 5 hectares sont également consacrés à la recherche variétale » de la coopérative, explique Marie-Lucie Jacquey qui dirige aujourd’hui les moulins Decollogne. Le site bénéficiera aussi courant 2013 de la présence du laboratoire Cérélab, situé à seulement quelques dizaines de mètres du moulin. Au global, le projet du moulin d’Aizerey aura coûté environ 6 millions d’euros.

Transférer l’activité biologique du moulin de Précy-sur-Marne vers Aizerey
N’écrasant que du blé biologique, le moulin d’Aizerey est destiné à reprendre l’ensemble de l’activité bio du moulin de Précy-sur-Marne qui se concentrera sur la production de farine conventionnelle. Equipé de 12 meules (3 t/h) et d’une ligne de 8 cylindres (4 t/h), le nouveau moulin est déjà en mesure d’écraser 25 000 t de blé par an.
Pour son approvisionnement en blé biologique, le moulin fait appel à des blés français à hauteur de 60 %. « En France la culture biologique est stigmatisée et marginalisée », regrette Marie-lucie Jacquey. « La Bourgogne fournit environ 30 % de notre activité. Nous nous approvisionnons aussi dans le Centre », précise Jacques Denizet, qui continue de s’occuper personnellement des achats de blé et d’une partie de la commercialisation des farines (aux GMS et industries) pour les deux moulins (il effectue également des missions de conseils au niveau du groupe Dijon Céréales). « Comme la collecte en France en blé bio est insuffisante, nous nous approvisionnons à hauteur de 40 % en blé étrangers, particulièrement d’Autriche, d’Allemagne et d’Italie. Pour passer du conventionnel au bio, il y a quand même pas mal de contraintes. Et puis, les marchés bio se sont surtout développés plus vite que la collecte. Cela progresse… mais pas autant qu’on le souhaiterait », regrette-t-il néanmoins. Et de poursuivre : « Si on veut que le bio se développe, il ne faut pas que les matières premières atteignent des sommets. Surtout qu’en période de crise la consommation de bio se développe moins vite. La progression n’est plus à deux chiffres comme nous l’avons connu auparavant. Les agriculteurs ne doivent pas couper la branche sur laquelle ils sont assis, car les consommateurs n’achèteront plus bio. S’il y a un écart trop important entre le conventionnel et le bio, la filière mourra. Au niveau de nos achats, nous ressentons la hausse alors qu’il n’y a aucune connexion avec le conventionnel, puisqu’il n’y a pas de marché à terme sur le bio. Les volumes progressent toujours, mais moins qu’avant … », assure Jaques Denizet.

L’ambition de Decollogne est de devenir le premier moulin bio européen d’ici cinq ans
« Difficile d’arriver après » Jacques Denizet, assure Marie-Lucie Jacquey, directrice des moulins Decollogne depuis juillet dernier. Après une expérience d’une dizaine d’années aux états-Unis, où elle a travaillé dans l’industrie agroalimentaire, Marie-Lucie Jacquey entre dans la filière meunerie de Dijon céréales en octobre 2011 en tant que directrice adjointe Marketing et Développement. Fraîchement nommée, elle ne manque pas d’ambition pour l’unité de production : « à cinq ans, nous espérons faire du moulin d’Aizerey le premier moulin bio en Europe », lance la nouvelle patronne de Decollogne. « Pour cela, il faudra se développer sur le territoire hexagonal et trouver de nouveaux débouchés. Le moulin d’Aizerey peut largement progresser puisque sa capacité totale d’écrasement est de 60 000 t par an », souligne Marie-Lucie Jacquey.
Pour l’heure, les farines des moulins Decollogne sont déclinées en trois marques principales. La gamme “Bio one” propose des farines exclusivement biologiques, issues de mouture sur meules ou cylindres et destinées à la préparation de pains spéciaux. “Meule de légende” propose de son côté des farines uniquement produites sur meule de pierre pour obtenir des farines « plus grasses et plus riches en fibres, en nutriments essentiels et en vitamines ». Ces farines sont issues uniquement de blés conventionnels. Enfin, les moulins Decollogne conçoivent des farines sur mesure pour leurs clients les plus exigeants au travers de la gamme Decollogne Spécialités. Aujourd’hui, la clientèle se divise en trois catégories homogènes : 30 % d’artisans, 30 % de distributeurs et 35 % d’industriels. Les 5 % restant concernent les ventes de farines biologiques à l’export, notamment vers le Japon et la Belgique.
Si le consommateur n’est pas directement visé par l’offre de Decollogne pour le moment, la situation pourrait évoluer. « Nous réfléchissons à la mise en place d’une ligne d’ensachage qui aura pour débouché le consommateur final, soit par l’intermédiaire de la distribution spécialisée, soit en vente directe. »

Les plus lus

<em class="placeholder">Culture du sorgho dans le Haut-Rhin (chez Daniel Christnacher). Epis. Inflorescences</em>
Sécheresse 2026 : face à la rareté du maïs, les opérateurs à la recherche d’alternatives

Face au risque de pénurie et de hausse des prix du maïs non-OGM, les acteurs de la filière étudient des solutions alternatives…

Marché des céréales du 30 juillet 2026 : Le prix du maïs poursuit sa baisse tandis que le prix du blé réagit aux frappes en Russie

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 29 et le 30 juillet 2026, expliquée par La Dépêche Le…

Marché des céréales du 29 juillet 2026 : une tendance baissière des prix du blé et du maïs qui se confirme

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 28 et le 29 juillet 2026, expliquée par La Dépêche Le…

<em class="placeholder">Champ de maïs victime de sécheresse et de températures caniculaires, Creuse, juillet 2026.</em>
Céréales et oléagineux bio : tension en blé et orge fourragers, sous l’impulsion du maïs

Les prix des céréales bio sur le marché physique français ont progressé entre le 29 août et le 12 août 2026. La…

Graphique prix blé, orge et maïs France au 13 août 2026
Marché des céréales du 13 août 2026 : Hausse du prix du maïs sur Euronext alors que le prix du blé est hésitant

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 12 et le 13 août 2026, expliquée par La Dépêche Le petit…

Graphique prix blé maïs orge France au 10 août 2026
Marché des céréales du 10 août 2026 –  Hausse du prix du maïs dans le sillage du pétrole mais baisse du prix du blé sur Euronext

L’évolution des prix du blé, de l’orge et du maïs français entre le 7 et le 10 août 2026, expliquée par La Dépêche Le petit…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 958€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site La dépêche – le petit meunier
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez votre revue numérique la dépêche – le petit meunier
Recevez les évolutions des marchés de la journée dans la COTidienne