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SPÉCIAL MARCHÉS À TERME
Le marché à terme, outil incontournable de la filière

Les opérateurs de la filière blé ont apprivoisé en quelques années ce marché permettant de gérer leur risque prix

Que l’on soit meunier, courtier, organisme stockeur, voire producteur, nul n’échappe au marché à terme. Même s’il n’est pas utilisé par tous, il a une influence grandissante sur l’activité de la filière et sa façon de penser ses approvisionnements.

Une solution pour gérer la volatilité
Les meuniers se sont mis assez tardivement au marché à terme. C’est avant tout la volatilité qui les a poussé à y recourir. En 2007, en pleine flambée des prix, celle-ci « est devenue supérieure aux marges. Ce qui devenait ingérable et dangereux », rappelle Axel Bouley, responsable achat de la Générale des Farines, embauché à cette période pour épauler les meuniers du groupement. De plus, « il devenait très dur de trouver des vendeurs ». Ceux qui s’engageaient risquaient de se faire taper sur les doigts, puisque le marché allait être encore plus haut le lendemain. « En parallèle, nous contractualisions de la farine. Tout ce que nous n’avions pas couvert en blé était en contre marge. Cela a déclenché des ouvertures de compte ». 9 des 10 moulins de la Générale des Farines utilisent désormais cet outil. Car, comme insistent les professionnels, il s’agit avant tout d’un outil de sécurisation des marges.

Gestion différentielle selon le profil de la clientèle du meunier
La mathématique est simple pour les meuniers ayant une clientèle industrielle. En effet, ce type de débouché fait l’objet d’un engagement sur l’année formalisé, et s’appuyant sur des contrats à prime. C’est à dire que le prix de la farine s’indexe sur celui du blé affiché sur Euronext. « Dès la sortie d’un rendez-vous commercial, vous vous couvrez sur le marché à terme. Cela permet de réduire le timing entre la vente de la farine et l’achat de la matière première » et d’éviter les décalages de prix. La position sera débouclée une fois le blé contracté auprès d’un OS. Les primes sont renégociées 3 à 4 fois par an. Elles sont néanmoins assez stables, avec un delta de 2 à 3 €/t par campagne. « On maîtrise donc assez bien la marge », assure Axel Bouley ajoutant : « C’est essentiel car elle est faible chez les meuniers ». L’indexation des prix de farine sur le marché à terme était aussi une attente des industriels, pour des questions d’organisation, de clarification du prix et de gestion en temps réel de leur coût matière première. Certaines ventes d’issues de meunerie seraient également encadrées par des contrats à prime.
La couverture des besoins en blé pour la vente de farine aux GMS ou aux artisans boulangers, par exemple, est plus aléatoire. Si la demande est globalement connue sur l’année, les volumes sont morcelés, les clients n’ont pas de période d’engagement et peuvent opter pour une offre concurrente plus attractive à tout moment. Les meuniers visent alors un prix moyen et vont se couvrir au fur et à mesure sur le physique et le marché à terme. Et ils « s’accordent le droit à l’erreur en contractant des options », explique Axel Bouley. Les meuniers ne se couvrent pas toujours totalement à l’avance dans l’espoir d’améliorer leur marge. Leur position leur permettra par la suite de mener une politique de prix de farines plus ou moins offensive.
Le recours au marché à terme reste surtout le fait des gros moulins ou de groupement de moulins qui y interviennent via des négociateurs et jamais en direct. Du côté de la petite et moyenne meunerie en effet, si « une partie des adhérents a suivi les formations dispensées par l’ANMF pendant les deux dernières années, peu seraient titulaires de compte », indique le président du Spmf (Syndicat de la petite et moyenne meunerie), François Hoche. Les coûts d’utilisation (dépôts de garantie et commissions), mais également l’appréhension du risque semblent rédhibitoires. Comme le rappelle Loïc Roy, courtier spécialisé sur le blé meunier, « une intervention sur le marché à terme n’est pas neutre, en terme de risque comme de coûts. Il y a des frais entrée/sortie, une prise de position à l’achat ou à la vente ainsi qu’une gestion lourde d’une double position Matif/physique, d’autant plus difficile si l’on multiplie le nombre de sites ». Depuis quelques mois d’ailleurs, « on note un léger désengagement sur les marchés à terme de la part de ces meuniers. Ils privilégient le physique, quand ils le peuvent, avec une certaine décorrélation prix physique/prix marché à terme » observée dernièrement.
Néanmoins, comme le souligne le représentant du Spmf « une partie de nos adhérents utilise ces marchés de manière indirecte par l’achat avant terme sur le physique auprès d’OS. Ces achats sont bien souvent couverts sur Euronext par le vendeur ». « Depuis trois ans, on constate en effet de plus en plus de contrats à prime, adossés à Euronext », confirme Loïc Roy. « Ils représentent environ 50 % de nos transactions », précise-t-il. Une tendance confirmée par In Vivo, l’union des coopératives françaises, dans son rapport d’activité 2008/09 : « base de la relation commerciale avec les coopératives sociétaires, les engagements d’apports à prix moyen de céréales et oléagineux ont baissé de 6 % à 943.000 t au profit du contrat à prime moyenne qui progresse de 75 % à 276.000 t de blé et de maïs ».
De l’avis de tous, intervenir sur les marchés à terme ne s’improvise pas. Cela demande du temps et des compétences. Ainsi, la Générale des farines a-t-elle formé ses meuniers à son utilisation. Mais pas seulement. « Nous leur apprenons à gérer la comptabilité pour les opérations Matif, car peu de choses sont écrites. Cela évite les problèmes de trésorerie, liés notamment aux appels de marges. Des opérations anxiogènes, surtout au début », témoigne Axel Bouley. Mais, ajoute-t-il, « il est également important de se fixer des objectifs, des règles sur les marges et l’utilisation que l’on veut faire du marché à terme. Bref, adopter un cadre de gestion qui jouera le rôle de garde-fous ».

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