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Le bilan mondial en maïs pour 2011/2012 sera des plus tendus

La production n’arrive plus à satisfaire une consommation qui s’accroît de façon inquiétante. Biocarburants et OGM sont en ligne de mire.

« Dans mon travail d’analyste, c’est le maïs qui déterminera l’évolution du marché mondial des céréales », indique Daniel Basse, expert américain des marchés agricoles. Fondateur et président d’AgResource Company, il est intervenu le 30 juin à Paris à la conférence InVivo, consacrée à “La géopolitique du blé : visions croisées des rives de l’Atlantique à la Méditerranée”. « La diminution des stocks mondiaux de maïs est assez inquiétante pour l’avenir, souligne le spécialiste. Avec un ratio stocks/utilisations de 18 %, on n’a pas atteint le fond mais on s’en approche. »

Une consommation nettement supérieure à la production qui accroît la volatilité
    Les derniers chiffres du Conseil international des céréales (rapport du 30 juin 2011) concernant le maïs sont là pour le rappeler. « Même en supposant une hausse de la demande inférieure à la tendance (861 Mt estimée pour 2011/2012, contre 849 Mt la campagne précédente, ndlr) et une importante récolte (prévue à 858 Mt, contre 825 Mt), les stocks mondiaux devraient chuter à leur plus bas niveau en cinq ans (à 119 Mt, contre 122 Mt). » Malgré une production qui s’annonce record, le bilan mondial du maïs sera plus que tendu cette campagne encore. En effet, « la consommation mondiale, révisée à la hausse pour tenir compte des nouveaux chiffres de la Chine, devrait rester ferme, la demande pour l’alimentation animale, humaine et les usages industriels étant estimée supérieure à l’an dernier, notamment dans les pays en développement », explique le CIC.
    « Même si les prix mondiaux du blé et du maïs ont eu tendance à fléchir ces derniers jours, ils sont largement supérieurs à ceux de l’an dernier », observe Daniel Basse. Bien sûr la météorologie et ses aléas climatiques font bouger les marchés agricoles. Les évènements géopolitiques ne sont également pas en reste. Cependant, selon l’expert américain, ce ne sont pas les seules raisons de cette volatilité des prix. C’est en premier lieu la hausse continue de la consommation de céréales à travers le monde qui est le principal moteur de cette inflation. La progression de l’absorption de protéines animales en Asie du Sud-Est, en correlation avec l’augmentation du niveau de vie, explique en partie la hausse exponentielle de la consommation de céréales, aliments de base des animaux d’élevage.

La synthèse de biocarburants à partir de grains mise en cause
    Mais le plus inquiétant pour Daniel Basse, c’est la croissance de la production de biocarburants, qui engloutit un volume de plus en plus important de grains, au détriment de la consommation humaine. Aux Etats-Unis, le problème est particulièrement palpable sur le marché du maïs, avec la mise en place d’un taux d’incorporation obligatoire de biocarburants. « Mettre des céréales dans le réservoir de mon véhicule n’est pas une politique sensée, s’indigne l’analyste de marchés. Nous risquons d’aller droit dans le mur. » Heureusement, une prise de conscience semble s’opérer outre-Atlantique, où les autorités américaines vont « supprimer les subventions aux biocarburants d’ici la fin de l’année », souligne Daniel Basse.
    Cependant, l’industrie des biocarburants aux Etats-Unis restera très importante. « Et s’il y avait une grosse sécheresse, je ne sais pas le niveau de prix que l’on atteindrait », s’interroge-t-il. Et d’ajouter : « Des prix de 400 $/t (275 €/t) en maïs et 500 $/t (345 /t) en blé ne sont pas irraisonnables à l’avenir. » D’autant qu’il prévoit déjà sur le marché à terme de Chicago un prix de maïs à la récolte de « 7 à 8 dollars du boisseau » (soit 190 à 217 €/t) et un prix du blé dans la fourchette de « 185 à 260 euros la tonne d’ici la fin de l’année 2011 ».

Les promesses des OGM en terme de rendement non tenues
    En tout état de cause, si l’on veut à l’horizon 2050 pouvoir nourrir les 9 milliards d’habitants de la planète, il nous faut impérativement augmenter la production.
    Concernant la productivité des cultures, les organismes génétiquement modifiés n’ont pas tenu leurs promesses. « On est très déçu des maïs OGM qui n’ont pas de meilleurs rendements », s’appitoie l’expert américain. On assiste plus à une sécurisation qu’à une réelle croissance des rendements.
    Côté surperficies, « les Etats-Unis ne possèdent plus de surface agricole utile non exploitée », contrairement à l’Union européenne qui « a mis de côté (jachère, ndlr) 10 % de sa surface ». Notre salut pourrait venir des terres vierges d’Amérique latine et du pourtour de la mer Noire. Mais les difficultés pédoclimatiques et politiques dans ses régions rendent difficile leur exploitation. Quant à l’Afrique, sans cadre juridique, les investissements étrangers seraient à perte...

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