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Exportations de farines
L’approvisionnement de l’ouest africain est mis en péril par la hausse des cours

Tension des prix et droits de douanes excessifs réduisent le potentiel d’exportation français vers certains pays africains pourtant incapables de satisfaire leurs besoins

DISTORSIONS. La France, médias nationaux en tête, s’est beaucoup émue ces dernières semaines des conséquences de la tension des matières premières sur le panier de la ménagère. Mais à des milliers de kilomètres de là, l’impact de la hausse des prix est bien plus lourd : elle menace l’équilibre alimentaire de plusieurs populations. Certains pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) continuent en effet d’appliquer des taxes à l’importation de farines élevées pour protéger les industries locales. Ces barrières douanières rendent, dans le contexte actuel de fermeté, leurs marchés inaccessibles à certaines origines et la demande n’est plus satisfaite. Les autorités locales ne réagissent pas, ou si peu.

Aujourd’hui en difficulté sur ces marchés, les meuniers exportateurs français, réunis au sein du Symex (Syndicat français de la meunerie d’exportation), tirent la sonnette d’alarme pour dénoncer cette situation incohérente qui pourrait conduire à des « crises dramatiques ». Ils défendent aussi leurs propres intérêts alors que les exportations hexagonales ne cessent de reculer. En dix ans, les volumes expédiés ont chuté de 1,8 Mt, à 380.000 t en 2006/2007.

Des politiques ultra protectionnistes à l’entrée des pays africains producteurs

Excepté pour l’Angola et la Côte d’Ivoire, les expéditions françaises de farine « ont reculé sur toutes les destinations africaines », regrette Laurent Leraître directeur des exportations de farine au sein du groupe Soufflet. En cause : la fermeté des cours du blé tendre. « Les hausses ont pu être appliquées dans les pays qui ne disposent pas de moulin sur le territoire » et qui ne cherchent pas à limiter les importations de farine, souligne un autre adhérent. En revanche, la marchandise française a du mal à accéder aux marchés de sept des huit états adhérents de l’UEMOA : le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Ces pays ont une industrie meunière. Ne produisant pas de blé, ils ne taxent pas les importations de la céréale. Pour protéger les entreprises locales, les gouvernements ont instauré divers obstacles aux importations. Outre des mercuriales (prix planchers d’entrée sur le marché) ou des cahiers des charges farines « difficiles voire impossibles à tenir » (Cameroun), selon le Symex, ils imposent des barrières douanières pouvant atteindre « 50 % toutes taxes cumulées ». L’inflation enregistrée sur les farines étrangères est donc plus importante que celle des blés dont elles sont issues. Avec des prix en hausse partout dans le monde, certains pays ne peuvent plus prétendre vendre sur ces marchés, ou en tout cas y accèdent difficilement. C’est le cas de la France, premier exportateur européen de farine avec 664.471 t expédiées dans plus de 80 pays en 2006. De 61.697 t en 2005/2006, les exportations françaises vers la zone de l’UEMOA ont chuté de près de 10.000 t en un an. Les expéditions européennes ont, elles, reculé de plus de 40 %, passant de 103.360 t en 2005/2006 à 59.004 t, en 2006/2007. Les ventes de blés français n’ont pas pour autant progressé sur ces destinations.

Dans ces pays d’Afrique de l’Ouest, « les moulins locaux constituent dès lors la seule source d’approvisionnement », explique un adhérent du Symex. Mais la production intérieure est bien souvent insuffisante pour répondre aux besoins des ménages et des boulangers. Des boutiques « ferment faute de disposer d’une matière première en quantité, accessible financièrement », témoigne le Symex. « Il n’y a donc plus de raison objective de maintenir de telles taxes sur un produit de première nécessité », d’autant que le surcoût engendré se répercute sur les prix de vente des produits. Le pouvoir d'achat des populations s’en trouve pénalisé. « Les exportations de farines françaises –qui ne bénéficient plus de restitution à l’exportation– ne menaçant pas l’activité des meuniers locaux », le Symex considère que ces politiques protectionnistes « ne devraient plus être maintenues ».

Des filières parallèles se sont développées face à l’immobilisme des autorités

« Aucune autorité africaine n’a mis en place de politique d’accompagnement » pour relancer les importations et mettre fin à ce déséquilibre entre offre et demande. Elles se sont contentées d’endiguer la progression des prix pour préserver le pouvoir d’achat des populations. « Les velléités de hausse des meuniers et des boulangers locaux ont été réduites à néant », rapporte Laurent Leraître. Seule solution apportée par les gouvernements : « baisser le poids des pains ! »à cette pénurie s’ajoute l’existence de circuits d’approvisionnements alternatifs. Ces marchés sont notamment le siège de flux massifs, et parfois « frauduleux », de farines venues du Nigeria. Produites à partir de blé américain, elles sont vendues à parité avec le dollar. Les productions nigérianes alimentent « tous les pays limitrophes du Tchad au Bénin ». Des importations qui, selon les industriels hexagonaux, ne fournissent pas les mêmes garanties technologiques et sanitaires que les farines françaises, ne serait-ce qu’au niveau de la traçabilité. Qui dit moins bonne qualité, dit recours accru aux additifs, sans exclure le bromate –interdit dans la majorité des pays– que les boulangers se procureraient sur les marchés à des prix incontrôlés. Au final, c’est le consommateur qui en fait les frais.

« Difficile de se battre dans des conditions aussi disproportionnées. » Faisant « appel au bon sens des gouvernants », les meuniers exportateurs français demandent « un aménagement conjoncturel des droits de douanes et autres taxes qui pourrait permettre de réguler les prix à la baisse dans ces pays ». Ils aspirent aussi à réviser, avec les autorités, les cahiers des charges jugés abusifs. D’autant que le développement des importations en fraude constitue pour ces états autant de recettes fiscales en moins.

Les exportateurs hexagonaux espèrent beaucoup des négociations à l’OMC qui pourraient mettre fin à ces distorsions de concurrence. En attendant, ils tentent de faire du lobbying avec « de faibles moyens ». Un peu résigné, l’un d’entre confie avoir l’impression de se battre contre des moulins à vent et ajoute : « rien n’ayant bougé avant le Ramadan on ne s’attend pas à ce qu’il y ait d’évolution après ». à moins que les dirigeants des nations de l’UEMOA finissent par écouter la rue : l’opinion publique gronde en Afrique de l’Ouest.

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