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L’aide alimentaire : une distorsion de concurrence ?

Lorsque l’aide alimentaire se réduit, en sympathie avec les stocks mondiaux, des critiques émergent quant à son attribution

LES EXCÉDENT de productions, parfois invendables, destinés à l’aide alimentaire entraineraient de nombreuses distorsions de marchés. Outre la déstabilisation des économies locales recevant ces denrées gratuites, dénoncée par certains producteurs de ces pays, quelques meuniers exportateurs dénoncent une concurrence déloyale vis-à-vis des appels d’offre et des activités du Programme Alimentaire Mondial (Pam), qui favoriseraient les origines russes, kazakhs ou turques.

Des prix d’achats au plus bas
Une fois n’est pas coutume, si cette année la Russie et ses voisins ne devraient pas produire d’importants surplus en raison des sécheresses, depuis quelques temps la mer Noire est à nouveau excédentaire en céréales. Cependant, des services logistiques peu fiables, des productions de basse qualité et un respect aléatoire des engagements, ne permettent pas toujours un accès facile au marché pour ces pays. “L’aide alimentaire, moins regardante sur la qualité, est un débouché intéressant pour les pays dont les productions agricoles ont du mal à pénétrer les marchés à l’exportation” explique Abdolreza Abbassian, économiste pour le groupe intergouvernemental sur les céréales de la Food and Agriculture Organisation (FAO). Selon cet économiste, “Des pays tels que la Russie, le Kazakhstan ou la Turquie sont devenus de bonnes sources d’approvisionnement en farines et céréales à bas prix pour le Pam. Cependant, dans l’urgence les volumes sont plus facilement mobilisés depuis l’UE ou les USA”.

Inquiétudes des meuniers français
Les membres du Syndicat français de la meunerie d’exportation (Symex) dénoncent une concurrence déloyale de la part du Kazakhstan ou de la Russie des activités du Pam. Les subventions russes destinées à la modernisation de l’agriculture et à l’amélioration des infrastructures logistiques provoqueraient des distorsions de concurrence. Abdolreza Abbassian signale cependant que “la Russie ne faisant pas partie de l’OMC, elle a les mains libres pour subventionner son agriculture”. Ainsi, selon UkrAgroConsult, une allocation de 33,63$/t est attribuée au blé Kazakh transitant par train en Russie. De plus, le programme de développement de l’agriculture russe prévoirait une enveloppe de 26,60 milliards de roubles, soit 613 M€, jusqu’en 2012.

Une régulation qui reste à établir
“Malgré une convention sur l’aide alimentaire, signée par le Pam et l’OMC, les choses ont peu évolué depuis les années 60” confie Abdolreza Abbassian. Selon lui, “il faut que l’aide alimentaire arrive au bon moment afin de ne pas perturber les économies en place. Le concept d’urgence est encore à définir. Le ciblage des bénéficiaires est aussi important”. “En Éthiopie le dumping engendré par les dons de l’Union Européenne et des États-Unis a détruit les systèmes locaux de production” rappelle-t-il.
La FAO appelle d’ailleurs à plus de transparence en ce qui concerne l’attribution et la distribution de l’aide alimentaire. En effet, de nombreux pays ont besoin d’aide alimentaire, mais tous ne la reçoivent pas. La FAO estime qu’un milliard de personnes souffre de la faim dans le monde, alors que le total mondial de l’aide alimentaire tourne aux alentours des 5Mt de céréales, dont 3Mt de blé. “Une variable d’ajustement pour certains marchés excédentaires comme celui de la mer Noire”, explique Abdolreza Abbassian.

La critique de l’aide alimentaire, un tabou?
“L’aide alimentaire est un sujet sensible lorsque l’on aborde sa régulation ou les subventions la concernant. Mais de nombreuses personnes en ont besoin, et la demande est croissante” d’après la FAO. Cependant, un acteur industriel de la minoterie en Afrique, Jean Sébastien Vilgrain, directeur meunerie du groupe Somdiaa, reconnait que “l’aide alimentaire a parfois des effets négatifs sur le développement des tissus industriels locaux”. Si lui n’est pas impacté, opérant principalement au Cameroun et au Gabon, pays qui ne reçoivent pas ou peu d’aide alimentaire, il observe que “les groupes industriels sont de meilleurs vecteurs du développement, et que les pays recevant des denrées ont tendance à ne pas développer leurs industries de transformations”.
Si certains donateurs privilégient les achats locaux, telle l’UE qui ne transfère plus que 20% de ces excédents, cette solution est contestée. “En Zambie, les achats d’aide alimentaire par la Pam, à destination du Zimbabwe, ont fait monter les prix sur le marché local, réduisant l’accès à l’alimentation d’une population dont le pays n’est pas en crise” témoigne Abdolreza Abbassian. Enfin, il explique que les produits transformés, de types biscuits énergétiques, sont plus efficaces en ce qui concerne la lutte contre la malnutrition et engendrent moins de distorsions de concurrences que les dons de céréales ou de farines.

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